Hollande : De la métamorphose amoureuse à la révolution culturelle

Par Jean-Marc Sylvestre. François Hollande a annoncé de nombreuses mesures en faveur de l’entrepreneuriat. Pour la majorité des entreprises c’est bien mais pourquoi si tard ?  C’est un François Hollande méconnaissable qui s’est livré, sans pudeur ni réserve, à une déclaration d’amour aux entrepreneurs. « Incroyable », les amis de Jean-Luc Mélenchon ne vont pas en dormir. «Uncredible » disent les alliés de David Cameron, « on aurait cru entendre Tony Blair ». Outre-rhin, les proches d’Angela Merkel ont vérifié que les télévisions fonctionnaient correctement, « unglaublich ! ». Surtout après un week-end d’offensives aussi violentes que débiles contre la politique de la chancelière comparée à Margareth Thatcher.

Si on efface le bilan désastreux de la première année du quinquennat, si on oublie la campagne présidentielle qui, dans le délire anti-économique avait ciblé les chefs d’entreprises, si on gomme le racket fiscal auquel le gouvernement s’est livré dans les six premiers mois, si on fait semblant de ne pas avoir entendu Arnaud Montebourg vitupérer contre les chefs d’entreprise et même si on se bouche les oreilles pour n’entendre ni le Front de gauche, ni le PC, ni la CGT, ni Claude Bartolone  accuser l’Allemagne. Bref, si on oublie tout ce qui s’est passé depuis un an, le discours de François Hollande prononcé à l’issue des assises de l’entrepreneuriat est allé au delà de tout ce que pouvaient attendre les chefs d’entreprise.

Il y a toute une série de mesures fiscales et institutionnelles, très détaillées, qui sont de nature à améliorer les conditions de création et de développement des entreprises. Des baisses de taux sur l’imposition des plus-values, des ouvertures de financement, une mobilisation de l’épargne…  Mais ce qui est aussi important, c’est que ces outils de redressement (dont il faudra  vérifier l’application) s’appuient sur une analyse de la situation que personne ne peut réfuter aujourd’hui tant elle est évidente et sur une ambition de changer un écosystème français qui conduisait au déclin. Et qui nécessitait là encore, avec évidence, une réaction.

L’analyse développée par le président de la République correspond enfin à la réalité. Le Président reprend à son compte ce que tous les observateurs responsables ne cessent de rabâcher depuis un an. En trois points.

1er point, la France est en train de crever de chômage. Pas de travail, pas de perspectives d’en trouver. Tout est paralysé,  impossible de créer des emplois publics, on en a trop et pas d’argent pour les financer. Trop de déficits publics, trop d’endettement que personne ne veut plus payer à notre place.

2ème point, la seule solution pour en sortir c’est de faire de la croissance, le seul moyen de faire de la croissance, c’est de permettre aux entreprises de se développer et pour que les entreprises puissent se développer il faut leur dégager la route et leur redonner des marges de compétitivité. Notre appareil de production ne tient plus en équilibre  dans cet univers concurrentiel mondialisé. C’est tout simple.

3ème point, le seul moyen d’améliorer la compétitivité, c’est d’alléger le poids des charges sociales et fiscales et de promettre aux chefs d’entreprise qu’ils ne seront pas rançonnés, mais, au contraire qu’ils seront récompensés financièrement pour les risques qu’ils ont pris ou qu’ils prennent chaque jour. François Hollande ajoute qu’il lui faut aussi  « réinventer » une culture pro-entreprise. Devant le ministre de l’Education nationale, il a dit qu’il fallait introduire l’entreprise à l’école. Vincent Peillon qui n’a jamais mis les pieds dans une entreprise va avoir du travail à faire sur lui-même. Ce n’est pas un projet, c’est une révolution culturelle. Devant le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, il a carrément dit qu’il avait demandé aux services fiscaux de ne plus harceler les chefs d’entreprise par des contrôles intempestifs.

Le Président a enfin compris que son quinquennat se jouerait sur le dynamisme des entreprises, seules créatrices de richesse.

Beaucoup y verront une rupture avec tout ce qui s’est passé. C’est vrai. Mais le Président et ses collaborateurs s’évertuent à expliquer que tout cela est cohérent et se situe dans la continuité : le pacte de compétitive de Louis Gallois, la rigueur budgétaire, l’adhésion renforcée à la zone euro etc.

Les analystes politiques retiendront surtout que Françoise Hollande a pris ce virage le dos au mur, bloqué par les résultats exécrables, les risques de la récession donc de la faillite et la montée des extrémismes de gauche, qui professent des objectifs allant de la non-croissance au protectionnisme. C’est-à-dire à l’enfermement économique. Hollande a donc écouté le bruit de pigeons, la plainte des patrons du CAC40. Il a aussi entendu l’enthousiasme des entrepreneurs français installés en Chine (il ne savait  pas qu’ils existaient avant) , il a lu et relu les notes d’Emmanuel Macron,  son conseiller économique à l’Élysée qui pleure depuis un an. Le Président a aussi dîné et déjeuné avec Michel Sapin, Manuel Valls, Pierre Moscovici et a reçu beaucoup de patrons. Il a même compris les responsables de la CFDT ou de la CGPME, ou de la CGT qui l’ont imploré de faire quelque chose. Dans un sens ou dans l’autre. Mais de faire, d’agir, de piloter.

Enfin, il ne peut pas, ne pas avoir senti le danger que représentait la tendance très anti allemande de l’aile gauche. Le patronat et l’opposition ne pourront pas être très critiques après cette déclaration d’amour aux chefs d’entreprise.

Sauf qu’après avoir pris du recul, il faudra bien évidemment surveiller deux choses.

La première, c’est l’application de tous ces outils. Et ce n’est pas gagné. Il faudra assumer techniquement la reforme fiscale et sociale, vérifier surtout que la chasse aux patrons a bien été fermée. Mais là, n’est plus l’essentiel. L’essentiel, le test du changement, portera sur la gestion budgétaire et les dépenses publiques. Des consignes ont été données mais rien n’a été fait. Plus grave, le Président a laissé parler ceux de sa famille qui ont d’une façon très démagogique mis en cause l’accord franco-allemand.

La seconde, c’est qu’il faudra voir comment François Hollande gère sa majorité. Il a chaussé les bottes de la responsabilité économique. C’est bien mais ses électeurs se sentent complètement trahis. Comment gérer un programme de croissance avec des alliés écologistes qui ne veulent pas de croissance ? Comment gérer un système fiscal plus favorable aux patrons quand le Front de gauche les traite de voyous. Alors oui, ça pourrait marcher, mais à condition de se fermer les yeux, d’oublier ce qui s’est dit pendant la campagne présidentielle, de gommer les dissensions au sein de l’équipe gouvernementale. Bref, se réinventer. Beaucoup vont avoir du mal à oublier parce que beaucoup politiquement ne savent plus où ils habitent.