Hollande gagne encore du temps

Par Jean-Marc Sylvestre. François Hollande a un talent formidable. Celui de n’être jamais en France quand il s’agit d’annoncer et d’assumer des mauvaises nouvelles. Cette semaine il a choisi d’aller en Grèce au moment où le gouvernement prépare un nouveau plan de rigueur. Le ministre du Budget va donc envoyer des lettres de cadrage pour gratouiller encore 5 milliards de restrictions budgétaires de façon à calmer Bruxelles et les marchés. Du coup, ça grogne dans tous les ministères mais le patron n’est pas là. On verra plus tard. Le séminaire gouvernemental se tiendra à Matignon pour annoncer aux ministres, qui n’auraient pas compris, un rabotage des allocations familiales et une fiscalisation supplémentaire des pensions de retraites. Et oui ma bonne dame, on trouve l’argent ou on peut.

La semaine dernière quand le rapport de la Cour des comptes est sorti, et qu’on a demandé à Didier Migaud d’annoncer que les 3% ne seraient pas atteint (ce que tout le monde savait), François Hollande était en Inde. La semaine précédente, il était à Bamako. On a l’impression depuis un mois que l’agenda des voyages du Président est calé sur le calendrier des mauvaises nouvelles et que l’essentiel de son énergie est d’organiser ses absences afin de gagner du temps.

Sur le fond, la situation française est complètement paradoxale.

D’un côté les fondamentaux sont bons, mais les perspectives sont épouvantables. D’un côté on sait ce qu’il faudrait dire et faire mais de l’autre on évite de le faire. Résultat personne n’est content et le résultat est désastreux en terme de performance économique et de sondage politique. Cette situation ne pourra pas durer bien  longtemps.

Oui, les fondamentaux sont bons. C’est vrai qu’en situation de crise, la France n’a pas plus souffert que les autres pays européens. Plutôt moins. Ajoutons même que les promesses faites pendant la campagne présidentielle par François Hollande n’étaient pas plus coûteuse que celles faites par Nicolas Sarkozy. Ajoutons enfin que celles qui ont été réalisées, l’ont été à minima. La correction sur les retraites à 60 ans ou la création d’emplois nouveaux dans l’éducation nationale n’a pas coûté des fortunes. En juin-juillet de l’année dernière, François Hollande a réussi à ne pas payer trop cher son élection en terme budgétaire.

Ce qui a tout mis par terre, c’est une erreur de diagnostic. François Hollande a, dès son arrivée au pouvoir, pris acte du déficit de croissance. Ce n’était pas une découverte.

Il a cru qu’en relançant l’activité, et particulièrement la consommation, il allait retrouver de la croissance. La thérapie classique des keynésiens. Du coup, il a préservé l’ensemble des dépenses publiques et sociales qu’il a considéré comme des outils de soutien à la consommation. Ce qui a permis, au passage, de répondre à la demande politique de sa clientèle. Et pour assainir les finances publiques et réduire les déficits de façon à garder la confiance des marchés qui nous accorde des taux d’intérêt raisonnables, il a cherché des recettes supplémentaires. Il a commencé par demander aux européens un plan de relance qu’il n’a pas obtenu. Du coup, il s’est rabattu sur les hausses d’impôts alors que la pression fiscale  était déjà trop forte.

La réalité de la situation, c’est que le déficit de croissance n’était pas dû à un défaut de consommation. C’est le seul moteur qui a toujours à peu près fonctionné. Le déficit de croissance est dû à un défaut de production. L’appareil économique français ne produit pas assez de biens et de services vendables sur les marchés étrangers. Le problème français est un problème de compétitivité. Trop de frais généraux, pas assez de productivité, d’innovations et d’entrepreneurs.

On s’est donc retrouvé au 2ème semestre de l’année 2012 avec une politique fiscale qui a matraqué les seules couches de la société capables de produire de la richesse. Non content de les presser fiscalement on les a diabolisés. Les patrons d’entreprise, les créateurs, les inventeurs, les diplômés de grandes écoles, les artistes se sont retrouvés accusés de tous les maux de la terre.

Le résultat, c’est qu’ils se sont complètement découragés.

Les plus riches et les plus malins sont partis à l’étranger. Ils ont tout vendu d’où la baisse des prix de l’immobilier dans l’Ouest parisien, dans le Luberon ou sur la Cote d’Azur. Ceux qui ne pouvait pas partir se sont refermés sur eux même en attendant que ça passe. Le résultat c’est qu’au 2ème semestre 2012, on a construit des budgets 2013, de prudence et non d’expansion. Tous les acteurs susceptibles de créer de la richesse se sont mis aux abris.

2012 s’est terminée sur une croissance nulle. L’année 2013 ne sera pas meilleure. Et si le climat ne change pas d’ici l’été, les budgets que l’on va commencer à écrire pour 2014 seront encore catastrophiques. Les patrons vont encore étudier leur déménagement et les BAC +7 qui sortiront en juin vont une fois de plus s’expatrier.

Le pays n’a pas besoin de relance sur fonds publics, de soutien à la consommation, il a besoin d’un écosystème favorable aux créateurs de richesse, d’investissement et d’emplois.

Le chef d’entreprise a besoin de savoir qu’il ne va pas se faire taper par Arnaud Montebourg dès qu’il sort la tête de l’eau avec un projet, et pas se faire racketter par le fisc dès qu’il aura réussi.

Quand on reproche aux Allemands ou à la commission de Bruxelles d’imposer des plans d’austérité, on se trompe. Angela Merkel, Mario Draghi ou Bruxelles ne souhaitent pas un étouffement des économies européennes. Ils n’ont jamais demandé une généralisation des plans d’austérité. C’est stupide, si les marchés européens s’étouffent, l’économie allemande s’asphyxie. L’Allemagne n’a aucun intérêt à l’austérité pour tous. L’Allemagne fonctionne comme le banquier qui réclame des engagements  précis et des perspectives de croissance.  Tout ce petit monde souhaite simplement que la France retrouve de la production et de la richesse. Ils souhaitent donc qu’on laisse travailler ceux qui savent produire de la richesse ou de la valeur ajoutée. C’est ce qu’a fait Mario Monti en Italie, c’est ce qu‘essaie de faire  Mariano Rajoy en Espagne. Et l’un comme l’autre en assument les conséquences politiques. Leur pays se redressent.

Qu’on réduise les dépenses publiques, bien sûr !

Elles sont exorbitantes. A population égale et à service publics comparables, les Allemands dépensent 100 milliards de moins que nous. Il doit y avoir un problème. Alors il ne s’agit pas de réduire les dépenses publiques pour gêner les fonctionnaires, il s’agit de réduire les dépenses publiques pour libérer des moyens utilisables pour le secteur productif. Mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel est de laisser vivre les créateurs de richesse.

En France, les fondamentaux du pays sont bons. Il y a de l’intelligence, de l’épargne, du patrimoine, des idées, des ambitions, du talent ! Mais il y a aussi un discours public qui fait que l’on a peur de la mondialisation, que l’on a peur de la concurrence et que l’on a peur du progrès technique et scientifique. C’est-à-dire que l’on a peur de tous les facteurs de la modernité qui construisent l’avenir. C’est quand même extraordinaire.

Que le gouvernement change de discours et beaucoup de chose changeront.

Mais changer de discours pour les membres du gouvernement reviendrait à renier les engagements de campagne. Le président de la République avait le choix entre se battre contre les chiffres ou expliquer à ses troupes que la réalité n’était pas exactement celle qu’il avait décrite pendant la campagne. François Hollande n’a toujours pas choisi de prendre en compte cette réalité.