Hollande ou la gouvernance de celui qui crie le plus fort

Par Jean-Marc Sylvestre. Incompréhensible, illisible et inefficace. Alors que cette semaine François Hollande avait un boulevard pour reprendre la main et redéfinir une cohérence, il a continué de naviguer de travers sur les différents courants de l’opinion. Le gouvernement avait un boulevard d’abord parce que l’opposition de droite a implosé, que les chefs de l’opposition se sont fusillés et qu’il leur faudra des mois, voire des années pour reconstruire une légitimité. Nicolas Sarkozy était illisible puisqu’il était de son côté occupé par les juges chargés de l’affaire Bettencourt. Quant au niveau européen, il avait également la voie libre pour reprendre un leadership.

Dans ce désert politique, François Hollande avait toute la liberté pour redéfinir sa stratégie et se positionner en chef d’État responsable. Il n’a rien fait du tout. Plus grave, lui et son gouvernement ont continué de tergiverser. Les exemples ne manquent pas :

1) Moody’s : Quand le mardi matin on apprend que Moody’s a dégradé la France, l’occasion était belle de repositionner la politique économique de la France sur la nécessité de faire des réformes de structure profondes. Bref, l’occasion était bonne pour creuser le sillon ouvert par le rapport Gallois. Eh bien, il n’en a rien fait. Ses ministres ont simplement expliqué que la perte du triple A était imputable à la politique Sarkozy. Très bien mais encore ?

2. Le mariage gay : Quand le week-end dernier, les manifestations anti-mariage gay obtiennent un succès que personne n’avait prévu, le gouvernement s’en inquiète un peu et commence à distiller un discours du type : il faudra discuter, négocier etc… Les associations remontent au créneau et aussitôt, le gouvernement stoppe la dérive verbale. OUI mais c’était sans compter la prudence de François Hollande, invité mardi à parler devant les 36.000 maires de France. Le Président de la République leur annonce qu’il comprend leur inquiétude et leur réserve morale et leur dit qu’ à la rigueur il est prêt à accepter qu’un Maire ait des problèmes de conscience et refuse de célébrer un mariage homosexuel. Il ajoute après que le Maire peut très bien designer un adjoint. C’est ni plus ni moins la position que François Copé adoptera si la loi doit être votée. Le problème c’est que François Hollande ne dit rien au cas où aucun adjoint n’acceptera pas de remplacer le maire. Ne disant rien, la moitié des Maires de France comprennent que pour des raisons de conscience ou d’éthique certaines mairies pourront ne pas appliquer la loi. Le lendemain, les associations gay manquent de s’étrangler, elles demandent audience au Président de la République. Elles obtiennent le rendez-vous, ce qui est extraordinaire (pour avoir rendez vous il suffit de demander et on l’obtient). Et du coup le président de la république rassure l’inter-LGBT, c’est- à-dire les défenseurs des lesbiennes, des gays, des bisexuels et des transgenres. Les murs et les tapisseries de l’Élysée en tremblent. Le général De Gaulle, François Mitterrand se retournent dans leur tombe et Valery Giscard d’Estaing s’esbaudit d’une telle modernité. Les maires eux ne comprennent plus rien.

3. Le crédit d’impôt : Ce qui s’est passé en fin de semaine sur le crédit d’impôt de compétitivité est encore plus cocasse. Quand le projet a été annoncé, les chefs d’entreprise qui attendaient un effort de baisse du coût du travail se sont dit qu’après tout le crédit d’impôt calculé sur la masse salariale et versée à toutes les entreprises, qu’elles fassent des bénéfices ou pas, était toujours bon à prendre. 20 milliards ce n’est pas rien. Ceci dit, les patrons d’entreprise se doutent qu’il doit y avoir une entourloupe quelque part mais ils n’osent pas monter à l’assaut de la citadelle Bercy, d’autant qu’ils viennent de remporter une victoire sur la fiscalité des plus-values. Quand Henri de Castres président d’AXA proteste violemment, il n’a guère d’échos. Pas plus que Xavier Fontanet, l’ancien président d’Essilor, qui s’est exprimé dans Le Point. Au contraire, l’un comme l’autre se sont fait assassiner dans les milieux gouvernementaux.

Ceci étant, Jean marc Ayrault, Premier ministre qui a entendu la grogne, annonce pour calmer le jeu que le crédit d’impôt sera mis au point avant la fin de l’année 2012 et versé dès 2013… Jean-Marc Ayrault remonte dans l’estime des chefs d’entreprise, mais l’espace de … 24 heures seulement! Hier, recevant Bernard Thibault de la CGT qui s’offusque de cadeaux faits aux riches et notamment aux grandes entreprises, le Premier ministre annonce que le versement du crédit d’impôt sera conditionné (Par quoi ? On ne sait pas mais on se doute qu’il sera conditionné par des créations d’emplois) mais qu’en plus ce crédit d’impôt sera repris par l’État si les conditions ne sont pas remplies.

Bref, tout cela rend le système complètement inopérant. Les chefs d’entreprises ont besoin d’un écosystème juridique et fiscal simple, sécurisé et pérenne. Les chefs d’entreprise ne peuvent pas travailler dans un système qui change tout le temps au gré des humeurs et des sondages. Conclusion, la gouvernance Hollande dépend de celui qui parle le dernier et le plus fort. Dans une situation politique fragile, un gouvernement a certes intérêt à ménager sa majorité. Dans une situation politique forte ou l’opposition n’existe plus, il pourrait au moins être courageux.