Hollande seulement capable de gagner du temps

Par Jean-Marc Sylvestre. De Bamako à Bruxelles, en passant par Strasbourg. Du stade de France à Paris. Tout ce que fait François Hollande et tout ce qu’il fait faire à ses ministres depuis un mois ne sert qu’à une chose :  Dissimuler son incapacité à obtenir de sa majorité qu’elle accepte  les mesures nécessaires pour sortir de la crise. Si on ne comprend pas que la France est aujourd’hui en quasi-faillite, et que pour des raisons politiques,  François Hollande est incapable d’obtenir de sa majorité les mesures de redressement. Si on ne comprend pas la réalité de cette situation, on ne comprend absolument rien de ce que fait le président de la République pour sauver les apparences. Il s’agite à Bamako, il plaisante à Strasbourg, il transforme le Parlement français en école maternelle, et surtout portant haut un statut de chef de guerre, il bloque l’évolution vers une Europe plus politique.

Angela Merkel n’est pas dupe, David Cameron rappelle qu’il accueille par train entier les Français qui demandent à s’installer à Londres et Mario Monti préfère se rapprocher de l’Allemagne.

Depuis plus d’un mois,  il occupe l’opinion publique avec le spectacle d’un chef d’Etat devenu chef de guerre. Il occupe la représentation nationale avec un débat tordu et volontairement polémique sur le mariage pour tous. Une réforme importante certes. Mais pas de la plus grande urgence.

De l’autre, il négocie des délais de paiement pour des échéances à venir et va même jusqu’à demander des crédits à nos partenaires européens en contrepartie de son engagement militaire en Afrique. Idem quand  il part discrètement pour 24h au Qatar où personne ne croit qu’il va là-bas inaugurer une filiale du Louvres mais bien arracher un engagement d’investissement. Une ligne de crédit en quelque sorte en remerciement des services rendus contre l’Islam radical.

Décryptage. Mises bout à bout, les actions du Président de la république sont habiles mais cousues de fils blancs qui trahissent son absence de stratégie globale pour sortir de la crise. Un exemple ? Le Mali. L’engagement français était sans doute indispensable. L’action des militaires français a été efficace. Tout le monde le reconnait. La France a empêché l’installation d’un état terroriste au cœur de l’Afrique. Cela dit, la France n’a reçu aucun soutien véritable de la communauté internationale autre que verbal. La France n’a aucune solution durable de repli et de solution définitive à ce risque d’islamisation. Or, le risque d’islamisation n’a jamais été aussi fort. Donc , la France n’a pas trouvé de solutions définitives au problème de gouvernance au Mali. En revanche, François Hollande a magnifiquement utilisé cette opération pour occuper les JT en France et faire oublier aux Français qu’il y a une crise, du chômage. D’ailleurs le parlement est volontairement occupé par des veines polémiques et des veines provocations  autour de la loi sur le mariage pour tous. A croire que Madame Taubira est en service commandé quand elle ouvre la porte à la PMA. Véritable tabou pour la majorité des Français.

Un autre exemple ? L’Europe.

La semaine s’est terminée sur un sommet européen lamentable sans vision, sans ambition et sans stratégie. François Hollande est satisfait de ce sommet. Il a préservé ce qu’il considère comme essentiel : la Politique agricole commune qui coûte des tonnes d’argent et des marges financières pour financer des actions de soutien à la croissance.  François Hollande a réussi cette performance de demander à tous les pays membres de l’ Euro d’accepter des économies au niveau du budget sans lui-même parvenir à en faire. Pour le reste, il a fustigé l’euro fort (ça fait toujours plaisir en province) et plus important, il a dit et répété qu’ il menait des actions internationales fort utiles mais fort couteuses.

Les Allemands sont fous furieux.

Ils auraient voulu des projets politiques. Angela Merkel a toujours pensé que les Anglais avaient raison. Pour l’instant pas question de faire des chèques à qui que ce soit. La France devra se contenter de la garantie allemande, tant que la France n’aura pas donné des preuves de sa volonté de réformes. Angela Merkel en avait informé François Hollande à la mi-temps du match France-Allemagne au stade de France. Ce soir-là, mercredi dernier, au football la France a perdu. C’était peut-être prémonitoire.

Tout cela veut dire quoi ? Tout cela veut dire que la France est incapable de tenir ses engagements de réduire ses déficits et par conséquent ses dépenses publiques sans hypothéquer les chances de relance économique.

A partir de cette incapacité, la France négocie deux choses. D’une part un report à 2014 ou 2015, l’obligation de ramener le déficit public à 3 %. D’autre part, il prépare la facture de l’opération africaine qu’il présentera  d’une façon ou d’une autre aux Allemands et aux Anglais. Le résultat de tout ce cinéma, c’est que l’on n’a pas avancé sur une stratégie de défense commune et sur un modèle de croissance commun qui profiterait à tous les européens. Aucune avancée politique.

Bref, rien sur un futur gouvernement européen et surtout un budget dont l’objet ne serait pas de protéger des intérêts corporatistes (l’agriculture par exemple) mais d’initier une politique de compétitivité.

Concrètement à ce que croient les ministres français qui s’occupent d’économie (Moscovici et Montebourg), le problème n’est pas de mettre de l’argent dans tel ou tel secteur industriel ou telle ou telle entreprise. Le problème, c’est de savoir ce qu’il faut faire pour rendre les entreprises plus compétitives. Les Allemands ont trouvé les outils et les ont mis en œuvre, avant la crise. L’Italie a désormais les moyens de relever la tête, l’Espagne aussi. Il n’y a guère que la France qui se refuse par exemple à préciser les coupes budgétaires qu’elle fera, pour respecter ses engagements. Tout le monde sait qu’il faudra s’attaquer au salaire des fonctionnaires, aux retraites, à l’éducation nationale et aux frais généraux des collectivités locales mais personne n’en parle.

François Hollande occupe donc le terrain avec toute autre chose parce que sur le terrain rien n’a été fait.

Sur  la fiscalité et sur  la flexibilité du travail, on n’a pas avancé. Les pigeons seront finalement plumés de leurs plus-values de cession, la taxation à 75 % des très hauts revenus  a été retoquée mais les ministres n’arrêtent pas de promettre une nouvelle formule de taxation. Tout cela fait que les chefs d’entreprise français ne réussissent toujours pas à accueillir des cadres étrangers, tout cela veut dire que les jeunes n’ont qu’une envie c’est de partir à l’étranger. A ce propos, on n’a guère apprécié à Matignon, le reportage remarquable sur les jeunes qui travaillent à l’étranger diffusé sur France 2 dans Complément d’Enquête. Il faut dire que ce reportage revenait à une campagne d’incitation et de justification à l’expatriation. Compte tenu des audiences réalisées jeudi soir, le public a apprécié.

Point dur de la compétitivité et de l’attractivité françaises ,  la règlementation du travail ne sera guère assouplie. Laurence Parisot,  qui avait signé un accord qualifié d’historique, a été obligée de durcir sa position devant la gronde des barons du patronat. Il est vrai qu’elle n’a pas abandonné l’idée de faire un 3e  mandat, mais il lui faut aussi obtenir auparavant une réforme de statuts. Donc elle donne des gages. Personne n’est dupe. En attendant la négociation sociale ne fait aucun progrès.

Angela Merkel a toute les raisons de s’inquiéter de cette situation.

Ses conseillers l’ont dit et répété à ceux de l’Elysée. C’est l’Allemagne qui apporte toutes les garanties financières dont les marchés ont besoin, d’où la faiblesse des taux d’intérêt. En fait, nous profitons du triple A allemand, et les investisseurs ont confiance dans l’Europe d’où la force de l’Euro. La valeur de l’Euro ne gêne pas les allemands puisque 80 % de son commerce extérieur se fait dans la zone euro. Pour le reste, la compétitivité des industries allemandes leur permet de gagner et de préserver des marchés.

Les seuls pays gênés par l’Euro, sont évidemment ceux de l’Europe du sud qui importent plus qu’ils n’exportent. Le déficit extérieur de la France coute d’autant plus cher que l’Euro a de la valeur. Le seul moyen d’assumer cette situation serait de faire de gros efforts de compétitivité. Mais quand il parle de l’Euro François Hollande a déjà oublié les leçons de Louis Gallois qu’il encensait il y a moins d’un mois.

Au passage et en coulisse du dernier sommet européen, Mario Draghi, le président de la banque centrale européenne, celui que le monde entier considère comme le vrai sauveur de la zone euro , a assez peu apprécié les remarques publiques du président français concernant la valeur de l’euro laissant entendre que la BCE pourrait peser sur le taux de change.

« C’est stupide, a dit Mario Draghi à son ex-collègue italien de chez Goldman Sachs Mario Monti, la France ferait mieux de faire le ménage dans ses affaires plutôt que de désigner en permanence des bouc émissaires. Tantôt ce sont les chefs d’entreprises qu’on traite de voyous, maintenant c’est la banque centrale qu’on accuse d’excès de rigueur, demain on reprochera aux Italiens d’avoir réussi à se redresser plus vite que prévu.»

Mario Draghi était furieux.

Il exprime d’ailleurs un sentiment de plus en plus partagé par les dirigeants en Europe à savoir qu’en démocratie, on n’est quand même pas obligé de mentir sur la réalité pour être élu. Notamment en période de crise.

Le monde des affaires de son côté, ne comprend toujours pas quelle est la stratégie française pour sortir de la crise. L’écosystème géré par le gouvernement est toujours  aussi dissuasif et pénalisant. Le discours anti patrons, et les attitudes ont quand même évolué mais on ne comprend pas quel est le rôle de l’Etat. Un Etat qui s’occupe plus des entreprises en difficultés que de celles qui devraient naitre, croitre et se multiplier. Les positions officielles des membres du gouvernement à propos des difficultés de l’industrie automobile sont caricaturales.

-Pour beaucoup, au parti socialiste, le problème est une question de pouvoir d’achat. Les français n’achètent pas de voitures neuves parce qu’ils n’ont pas assez d’argent .Il faut aider les clients  en ressortant le principe des primes . Personne n’ajoute qui paiera les primes.

-Pour certains, plus rares, il faut aider les constructeurs par une baisse des charges ou des aides à l’innovation.. Personne ne dit avec quel argent.

-Pour d’autres, enfin, il faudrait nationaliser PSA Peugeot Citroën …le comble est d’entendre les écolos se plaindre des prix de l’essence ou des difficultés de la circulation. Bref, tout faire pour faciliter la circulation automobile. Les difficultés de Peugeot-Citroën vont susciter un festival d’explications les plus extravagantes. Attendons mardi, PSA publiera ses résultats.