Hollande, un recentrage aussi mou que flou

Par Jean-Marc Sylvestre. François Hollande a été extraordinaire. Une caricature de « Hollande ». Il est apparu gentil, intelligent, attachant, parfois courageux, toujours généreux, serein et souriant. Et même drôle. Ça, c’est pour l’apparence. Mais ce n’était pas le sujet. Le sujet c’était de se hisser à la hauteur de la crise qui détruit le tissu économique et social. Sur le fond, on a donc appris que le cap de la stratégie politique c’était « la croissance » ouf ! On a frôlé la catastrophe. Il a réussi cette performance de confirmer et d’accroitre la déception et le désamour de ses partisans  sans pour autant satisfaire ou retourner ceux qui attendaient des réformes capables d’amorcer le redressement de l’économie du pays. Bref, les gens de gauche vont continuer de lui en vouloir de ne pas respecter ses engagements de gauche et ceux de droite vont persister à penser que, décidément, le Président est incapable de prendre en compte les réalités.

Le comble de cette ambiguïté, c’est d’avoir commencé cette communication  par affirmer ce que personne en France ne peut croire.

Quand il affirme haut et fort qu’il renversera la courbe du chômage avant la fin de l’année, personne ne peut le croire parce que c’est  impossible. Quand il ajoute que son objectif sera atteint parce que « la croissance reviendra », tous les spécialistes savent bien que la croissance ne reviendra pas avec les « outils » qui ont été mis en place. Il peut sans doute rêver de créer des emplois publics, des emplois jeunes, des emplois aidés, mais ce n’est pas le sujet.

Le sujet est « qu’est ce que l’on fait pour que les entrepreneurs aient envie de développer leurs affaires, que les investisseurs puissent investir et que l’industrie se reconstruise ». Les réponses sont à côté de la plaque. Complètement coupées de la  réalité des Français et des contraintes  des marchés.

Les électeurs de gauche ont été forcement déçus. Ils l’ont été parce que le président de la République a reconnu qu’il s’était trompé dans l’évaluation de la crise : « plus longue et plus grave». Au passage, ça revient à reprocher à ses collaborateurs de ne pas avoir été assez précis, fiables et professionnels.

Mais ils seront encore plus déçus  quand  ils s’apercevront que les promesses de campagne, les plus emblématiques sont abandonnées devant le mur des réalités.

Les riches qui devaient être punis par un impôt de 75% pourront se faire payer cette sur-fiscalité par l’entreprise. On peut faire confiance à l’entreprise pour s’adapter au système. Quant aux autres très riches, les écrivains, les stars du sport ou les acteurs à succès, qui ne sont pas rattachés à une entreprise, ils vont passer entre les mailles du filet et c’est tant mieux. Mais le projet qui plaisait tellement aux amis du Front de gauche a perdu toute vitalisation politique.

Autre réforme emblématique, la retraite. François Hollande ouvre la porte à une réforme fondée sur l’augmentation des années de cotisation. Il transgresse donc un tabou, il franchit une ligne jaune que les syndicats et l’extrême gauche avaient érigés en dogme inviolable. C’est une prise en compte de la réalité mais c’est une trahison de promesse électorale forte. Cela dit, ils lui reprocheront aussi l’intention qu’il a de baisser les dépenses publiques, d’arrêter de remonter les impôts des plus riches et d’avoir mobiliser tous les outils possibles et imaginables sans aucuns résultats tangibles. Ils ont donc le sentiment de faire beaucoup d’efforts sans aucuns bénéfices possible.

Bref, il y du recentrage évident dans l’air et dans l’orientation de la politique de François Hollande par rapport à ce qu’il avait annoncé au départ.

Et c’est bien ce qui a entrainé l’effondrement de sa popularité. Ses électeurs sont découragés. Ils ne savent plus où ils habitent politiquement. Mais ce recentrage est tellement mou et surtout flou qu’il n’est pas en mesure de restaurer la confiance de ceux qui peuvent réactiver la croissance. Ses amis sont fâchés. Ses adversaires ne sont toujours pas contents.

Les électeurs de droite, et surtout les agents économiques en mesure de créer des richesses n’ont aucune raison d’être rassurés. Ils ont besoin de visibilité, de stabilité et de confiance. Ils n’en ont pas trouvés. François Hollande a dit et répété que tous les outils du redressement avaient été mobilisés, mais tous les chefs d’entreprises savent que ces outils ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Le pacte de compétitivité est insuffisant et compliqué à mettre en œuvre. Les 20 milliards qui reviendront aux entreprises compensent à peine les augmentations de prélèvements.

Idem en direction des « pigeons » . Il dit avoir compris leur révolte, il annonce qu’il reviendra sur les dispositions fiscales qui pénalisent la création des entreprises. Mais outre le fait que cela fait désordre (le monde de l’entreprise n’est pas un terrain d’expérimentation fiscale), il aurait pu être plus précis dans l’expression de la réforme  des plus-values. Parce que les chefs d’entreprises concernés ne sont pas plus avancés aujourd’hui qu’ hier. Tout est possible.

Quant à la promesse d’un choc de simplification, ça va faire beaucoup rire dans les bureaux de France et de Navarre.

Depuis au moins 30 ans les gouvernements racontent qu’il faut simplifier les procédures et les normes administratives. Or, ça fait plus de trente ans que les milliers d’articles du code des impôts enrichissent les conseillers fiscaux, que les milliers d’articles de lois administratives font vivre des fonctionnaires. Que les circulaires et les formulaires et les normes s’accumulent et nous asphyxient. Donc, dit comme cela, le choc de la simplification, personne ne va y croire. D’ailleurs, un État ou une administration ne peut pas être simple. La complexité administrative est un marqueur de pouvoir pour les fonctionnaires.

L’annonce d’une baisse des dépenses publiques oui, mais elle aurait été beaucoup plus crédible  et forte si on avait expliqué où et quand l’État diminuera son périmètre. Où est la grande réforme du fonctionnement de l’État ? Où est la réforme des collectivités locales, de l’hôpital ? Pas même un mot sur la réforme de l’école ?  Le seul changement notable d’ordre structurel et crédible est l’annonce d’une réforme des retraites.

Bien que flou et mou et d’expression prudente, le Président a reconnu l’essentiel : allonger la durée  de cotisations. C’est ce que le monde de l’entreprise retiendra  parce qu’il augure un changement dans la gestion du modèle social. Les syndicats ne s’y sont pas trompés. Ils ont réagi très vite. Mais au-delà de tout cela, ce qui est  frappant c’est que le président de la République s’accroche à une vision encore très théorique de l’entreprise avec des jugements plus moraux que pragmatiques. Une vision étatique aussi dans l’obsession de créer des filières industrielles comme si le marché était incapable de le faire si on lui en laissait la liberté.

« Si l’entreprise ne veut pas payer l’impôt de 75%, il faudra qu’elle explique à ses cadres que les temps sont dures et qu’ils peuvent attendre deux ans pour être payés plus de 1 million, dit-il en substance.

On ne punit plus le contribuable on culpabilise l’entreprise qui réussit. Là encore, on est complètement hors sujet. Le rôle d’une entreprise n’est pas de faire la morale, le rôle d’une entreprise est d’être efficace, donc d’investir et de créer des emplois. L’entreprise n’est efficace que si son écosystème le lui permet, c’est-à-dire que si elle n’est pas empêchée d’être compétitive (donc des frais généraux fiscaux qui ne soient pas pénalisants). Si elle peut prendre des risques et si elle conserve en rémunération des produits de ces risques.

Dans ces conditions, le chef d’entreprise qui se bat tous les jours sur les marchés internationaux a sans doute été agréablement surpris d’apprendre, que depuis qu’il était en fonction, le Président  s’était mis à voyager mais il n’a guère trouvé d’éléments capable de lui indiquer quelle était l’horizon visé par la France. On sait que « l’objectif c’est de combattre le chômage et le cap c’est la croissance ». On se demande d’ailleurs quel responsable économique ou politique pourrait dire que son cap  n’est pas la croissance ? On sait que tous les outils ont été mis en place. Mais quels sont les éléments qui permettraient de connaitre le rôle de la France dans la mondialisation ? Quel intérêt un jeune  étudiant ou un jeune créateur d’entreprise peut trouver à travailler en France ? Pourquoi il faut nécessairement rééquilibrer les finances publiques ?

Bref, une fois de plus François Hollande a essayé de gagner du temps en essayant de rassurer tout le monde. Il a sans doute déçu et inquiété le plus grand nombre. Une fois de plus.