Hong-Kong s’enflamme, sa jumelle historique, Singapour, récupère les flux de capitaux et veut empêcher la contagion...

Hong Kong et Singapour sont considérées par les marchés internationaux comme les deux perles de l‘Asie. Mais si Hong Kong plonge dans le désordre, Singapour craint aussi pour sa propre stabilité.

Pour la première fois depuis le début des évènements, les autorités de Singapour sont intervenues publiquement pour expliquer leur inquiétude de voir l’ancienne colonie britannique de Hong Kong touchée par la tentation de la révolution et pour la première fois, ils ont reconnu qu’il y avait également à Singapour des ferments de désordres graves liés à l’organisation, à la gouvernance et surtout à la répartition des richesses. 

C’est le gouvernement lui-même qui a reconnu qu’il y avait des profondes inégalités dans la société singapourienne et qu’il fallait sans doute les corriger si on voulait éviter que le mécontentement dégénère. « On ne peut pas imaginer que la richesse à Singapour reste concentrée dans une petite partie de la population, et qui va se transmettre cette richesse de génération en génération sans se préoccuper de ceux qui sont restés de côté. »

Pour les autorités singapouriennes, il existe un risque que la jeunesse prenne modèle sur les jeunes de Hong-Kong et revendique avec violence plus de liberté d’accès à la richesse et au pouvoir. L’avantage pour la gouvernance de Singapour, c’est qu’ils sont beaucoup moins sous la pression de Pékin que Hong-Kong. Leur histoire et leur géographie les protègent un peu de l‘empire chinois avec lequel les liens économiques sont néanmoins très forts.

Jusqu'alors, les Singapouriens ont simplement assisté à la multiplication des manifestations qui ont bouleversé la colonie de Hong Kong et perturbé la relation avec la Chine. Certains ont même pensé qu’ils allaient en profiter. 

« Si Hong-Kong explose, Singapour récupèrera l’activité ».

Selon une note de Goldman Sachs, 3 à 4 milliards de dollars en dépôts auraient quitté Hong-Kong pour se réfugier dans les établissements de Singapour depuis le mois d’aout. Parallèlement, les investisseurs étrangers refusent désormais d’aller à Hong-Kong et se tournent vers d’autres lieux plus sécurisés, dont Singapour. 

C’est évidemment la montée de la violence et le risque d’intervention de l'armée chinoise qui inquiètent tout le monde parce qu’à ce moment-là, Hong-Kong serait complètement discrédité pour les milieux d’affaires. Dans la tourmente, tout le monde reste extrêmement prudent.

Les leaders des manifestations en sont parfaitement conscients, mais ils considèrent que c’est sans doute le prix à payer pour leur liberté et leur autonomie. La Chine sait aussi qu‘elle aurait gros à perdre si Hong-Kong devenait inutilisable comme plateforme financière, même s’ils ont installé des moyens sur le continent, à Shenzen par exemple. 

Les autorités de Singapour, enfin, sont également très attentives. 

De tout temps, le sort de Singapour et celui de Hong- Kong sont liés. 

Ces deux perles de l’Asie sont très jumelles. Ces anciennes colonies britanniques ont toutes les deux la même croissance, la même prospérité, actuellement entre 3% et 4%, avec des éco systèmes ultra dynamiques, des aides publiques et des fiscalités light comme rarement dans le monde. Singapour et Hong-Kong sont des foyers d’hyper libéralisme où toutes les opérations (ou presque) sont permises en toute discrétion. Très peu de fiscalité, très peu de régulation administrative et sociale.  Elles servent toutes les deux de refuges aux acteurs du capitalisme occidental, et de sas pour les Chinois pour beaucoup d’opérations financières et commerciales avec le reste du monde. Elles sont donc toutes les deux branchées sur le continent chinois, et en subissent toutes les deux l’impact de la conjoncture. Le ralentissement de l‘économie chinoise et le coup de frein au commerce international a d’ailleurs touché immédiatement l’activité dans les deux anciennes colonies britanniques. 

Parfaitement conscientes toutes que le monde est arrivé à un tournant technologique, les deux jumelles de l’Asie savent qu‘elles vont devoir changer de modèle. La haute technologie sur laquelle elles veulent massivement investir doit leur permettre d’assumer et de gérer la transition. 

Les deux jumelles ne cessent pas de se comparer mais elles ont développé des spécificités différentes, Singapour accueille les grandes fortunes, les grands fonds, les investissements et le grand trading des matières premières.

Hong Kong s’occupe du versant financier des transactions commerciales et comme la Chine habite la porte à coté, Hong-Kong gère les tractations financières entre l’usine du monde et ses clients. C’est en ce sens où Hong-Kong paraît indispensable à la Chine. C’est pourquoi Hong-Kong a la première fois senti le besoin de s’affranchir. 

Comme de vraies jumelles, elles parlent la même langue, l’anglais, et profite du meilleur standing de vie au monde. L’une comme l‘autre tient à protéger cette prospérité. 

Leur succès tient à leur liberté. Alors, quand la multiplication des manifestations remet en cause leur stabilité, les milieux d’affaires paniquent un peu. 

Hong Kong essaie de juguler les mouvements et la violence.  La Chine essaie de ne pas commettre l’irréparable, mais aujourd'hui tout est possible. 

C’est la raison pour laquelle la gouvernance de Singapour ne se réjouit pas de récupérer le business de Hong- Kong. Alors Singapour a décidé de s’occuper de son peuple parce qu’à Singapour plus qu’ailleurs, la richesse a engendré beaucoup d’inégalités. 

Le gouvernement cherche donc à organiser plus de redistribution de la richesse aux populations locales, plus d’attention aux étudiants d’université et de formation, afin d’éviter que les foyers de révolte ne s’embrasent comme à Hong Kong. 

Toute la question pour Singapour et Hong-Kong est de protéger les leviers de leur prospérité (fiscalité light, dérégulation, activité à très haute valeur ajoutée etc... ) et la redistribution de cette richesse au plus grand nombre.