Il y a quatre moyens d’augmenter le pouvoir d’achat, mais tous sont plus politiques que vertueux

Il y aurait quatre moyens d’augmenter le pouvoir d’achat, mais dans la conjoncture actuelle, tous ne sont pas vertueux. Comme souvent, la reprise de l'activité et l’approche de l’élection présidentielle favorisent les initiatives aux effets pervers.

Depuis la rentrée, toutes les conditions se sont mises en place pour faire redémarrer un débat sur la nécessité d’augmenter le pouvoir d’achat. Ce débat est à la fois un marqueur de reprise économique et un expédient incontournable d’une campagne électorale qui s’annonce confuse et sans doute violente.

La situation est évidemment bien meilleure depuis quelques mois, et au-delà de l’effet rattrapage, la conjoncture s’annonce plutôt dynamique si le virus ne redresse pas la tête, ce qui est toujours possible. Ceci étant, l’horizon est pour l’instant beaucoup plus clair. Les systèmes de production sont repartis très fortement (plus de 6% de croissance cette année) avec comme à chaque fois dans ces phases de rattrapage violent, des tensions sur les prix de l’énergie et des matières premières, des ruptures d’approvisionnement dans certains secteurs et des pénuries d’emplois. Tous ces facteurs se traduisent par des augmentations de prix qui se répercutent au niveau du consommateur. Une poussée inflationniste de ce type a deux effets : le premier est d’alimenter un risque de ralentissement du mouvement de reprise. Le second sera d’alimenter une revendication sur le pouvoir d’achat dont les responsables politiques et syndicaux peuvent s’emparer d’autant plus vite que nous sommes entrés en pré-campagne électorale

Pour répondre à ce type de débat, il y a quatre moyens d’augmenter le pouvoir d’achat et ces moyens sont loin d’être tous très vertueux, dans la mesure où ils provoquent des dégâts collatéraux.

Le premier moyen serait de baisser les taxes sur les produits touchés par les hausses de prix. Sur l’énergie par exemple, le moyen le plus rapide et le plus spectaculaire de baisser la facture d’électricité ou de gaz, d’alléger le prix du plein d’essence, ce qui serait rendu possible en rabotant les taxes perçues par l’Etat. Entre 25% sur l’électricité et 66% sur le carburant. Cette manœuvre a deux effets : elle provoque une diminution des recettes de l’Etat, qui en a pourtant bien besoin. Le second est de donner un très mauvais signal à la lutte environnementale et aux écologistes, qui plaident justement pour une transition rapide vers les énergies propres.

Le deuxième moyen est de distribuer du pouvoir d’achat sous forme de prestations et d’allocations. La France est déjà le champion du monde de la redistribution sociale, avec 63 % du PIB en dépenses publiques de fonctionnement et en dépenses sociales. Ces dépenses-là sont financées par l’impôt et les charges perçues sur les salaires, ce qui pèse sur la compétitivité des produits made in France. A noter que tout euro distribué selon une logique sociale freine d’autant l’appétence à produire une richesse équivalente par le travail. Bref, si le modèle social est trop généreux, il dissuade les agents économiques de produire. D’où la prudence du gouvernement qui cherche à viser des populations particulières, les jeunes notamment et tous ceux qui n’ont ni formation, ni éducation pour s’insérer dans les circuits économiques.

Le troisième moyen est de booster les salaires de façon règlementaire. Le gouvernement a deux leviers : les salaires de la fonction publique et le Smic. Compte tenu de l’inflation de cette année, le salaire minimum va augmenter mécaniquement au 1er octobre en France. Depuis le 1er janvier 2021, le SMIC horaire s’élevait à 10,25 €, soit 1 555 € brut par mois pour 35 heures hebdomadaires de travail. Après revalorisation, il sera porté à environ 1 589 € brut mensuels, et le Smic horaire à environ 10,48 €, soit un gain de 34 € par mois.

Le Smic est évidemment au centre du débat parce que pour les uns, il n’est évidemment pas suffisant, et pour les chefs d’entreprise, il risque d’entrainer un effet de contagion sur les autres salaires sans rapport avec la productivité interne.

Cela dit, quand on compare le niveau du Smic français avec le salaire minimum dans les grands pays occidentaux, on est obligé de dire que la France n’est pas mal lotie, puisque le niveau français est l‘un des plus élevé du monde.

Face à cette situation, les chefs d’entreprise ne manquent pas de souligner que le prix de revient des salaires est l’un des plus élevés du monde, compte tenu des charges sociales qui sont calculées sur les salaires (plus de 60 % en moyenne)

Le quatrième moyen, le plus vertueux, serait de coller le niveau de salaire à la réalité économique et à la productivité du travail. C’est évidemment ce pour quoi plaident les chefs d’entreprises, pour lesquels l’augmentation générale des salaires n’a de sens que si on diminue les charges fiscales ou si on augmente la production par le travail. Le montant des charges est de la responsabilité politique, la productivité dépend de la quantité de travail et de l’innovation.

A noter que le modèle français a une spécificité originale, qui est curieusement de favoriser des montants d’épargne liquide et disponibles qui sont considérables. Cette épargne représente donc un pouvoir de dépenser important et non utilisé.

 La vraie question que doivent se poser les politiques serait de savoir pourquoi les Français, toutes catégories confondues, épargnent tant. Pourquoi cette épargne de précaution, qui ne rapporte pourtant rien à personne. Pourquoi ? Parce qu‘ils ont collectivement peur de l’avenir au-delà des conditions sanitaires qui se sont améliorées. Le modèle socio-économique français, qui coute pourtant très cher, ne sécurise pas l‘opinion française.