Impôts : Les patrons en font quand même un peu trop…

En signant une pétition pour payer plus d’impôts, une poignée de patrons du CAC 40 viennent de frôler le ridicule à moins qu’ils ne se moquent ouvertement du monde. Il y a d’autres moyens de payer plus d’impôts sans être obligé de manifester et de le claironner comme ils le font.

Qu’il y ait besoin de trouver des recettes fiscales supplémentaires c’est évident, et où les trouver si non chez les riches? Que l’on puisse taxer les hauts revenus c’est absolument indispensable, mais de là à réclamer qu’on le fasse, c’est assez incroyable. En terme de communication, c’est une erreur qui risque de se retourner contre eux, et contre le gouvernement qu’ils cherchent à servir. Pourquoi ?

Pour trois raisons :
1° Les patrons donnent le sentiment de faire acte de charité. Voilà un peu d’argent à la sortie de la bourse comme d’autres en donnent à la sortie de la messe. On vit quand même dans un autre monde. Ce n’est pas de charité chrétienne dont on a besoin c’est d’un prélèvement équitable.

2° Les patrons demandent à être surtaxés alors qu’ils dépensent des sommes colossales en conseillers juridiques et fiscaux, en avocat internationaux pour optimiser leurs impôts. Le président de Total nous a expliqué avant l’été pourquoi il ne payait pas d’impôts en France, compte tenu de ce qu’il en payait a l’étranger. Aujourd’hui il pétitionne. Très bien, mais le personnel et les actionnaires auront du mal à s’y retrouver.

3° Enfin, en demandant à payer plus d’impôts, les patrons accréditent l’idée qu’ils n’en payaient pas assez avant. Donc ils donnent raison à tous ceux qui réclamaient une réforme de la fiscalité contre laquelle ils se battaient.

L’économie a besoin de clarté, de transparence, encore plus en période de crise. Question de confiance. Comme toujours quand ils tombent dans la communication, les patrons en font ou pas assez ou beaucoup trop. Quand ça ne va pas, ils se cachent. Quand ça va très mal, ils s’exhibent.

Maintenant messieurs il va falloir ramer pour éviter les railleries et les dégâts collatéraux, et ramer ça veut dire qu’il va falloir rentrer dans le vif du débat. L’Etat n’a pas besoin de faire la charité, l’Etat a besoin de ressources fiscales qui préservent par ailleurs la compétitivité et la performance. Ne demandez pas une sur-taxation qui viendrait encourager certains à s’exiler en Suisse ou en Belgique. En revanche regardez bien le système américain dont vous avez plagié l’idée.

Quand Bill Gates ou Warren Buffet font campagne pour payer plus d’impôts, ils donnent trois séries d’explications pédagogiques. D’abord, ils considèrent qu’à l’échelle d’un homme ou d’une famille l’accumulation de richesse financière n’a plus de sens. Elle est exorbitante. Il faut donc la redistribuer.

Ensuite, il faut en redistribuer les revenus pour que le processus de dons soit récurrent. Ca ne servira à rien de prélever un million d’euros dans la cagnotte de quelques PDG, mieux vaut un système de fondations qui permette de dégager un million par an sans hypothéquer la machine à produire de la richesse.

Enfin, les Américains admettent que les donateurs exceptionnels puissent avoir un droit de regard sur la destination des fonds distribués. Les très riches Américains reconnaissent qu’ils sont devenus excessivement riches. Ils reconnaissent aussi, et c’est nouveau dans un écosystème libéral, que l’économie de marché est incapable d’organiser un certain nombre d’activités et de produire un certains nombre de services. Il existe tout un pan de l’économie qui ne peut se développer que hors marché, dans le domaine social, de la santé ou des grands équipements collectifs.

La rentabilité de certaines activités ne peut pas se comparer aux exigences de « return » capitaliste. Ces très riches Américains souhaitent donc participer à ces activités sans lesquelles l’ensemble du système aurait du mal à fonctionner.
On est loin d’une simple pétition qui fera causer dans les salons en ville et sur le net …

Mais on est au bord d’un débat très important qu’il faudra bien aborder : à partir du moment où une économie a atteint les standards de la compétitivité internationale, que fait-on des surplus et comment les affecte-t-on?

Photo : Christophe de Margerie, PDG de Total et signataire de la pétition.