Jacques Calvet est mort. En sauvant Peugeot après le choc pétrolier, il était devenu une star du patronat français.

L’ancien PDG de Peugeot, emblématique capitaine d’industrie des années 80, s’est éteint à 88 ans. Avec sa détermination, Jacques Calvet n’a pas seulement sauvé le groupe, et protégé la famille, Jacques Calvet est devenu une vedette du monde patronal. Par son franc parler, ses postures, il détonnait.

Nous l’avions rencontré il y a 4 ans pour le tournage de la Saga consacrée au Groupe Peugeot. Jacques Calvet était revenu sur ses années Peugeot, de bons souvenirs de sa carrière d’industriel. Comment a-t-il réussi à séduire la famille Peugeot ? Lui assurait que son jeu au tennis n’y avait pas été pour rien, car il jouait au tennis beaucoup mieux que ses prédécesseurs. Jacques Calvet avait un sens de l’humour et du cynisme qui n’était pas toujours bien reçus. Mais son autorité et sa compétence lui ont permis de délivrer des résultats.

Pour la famille Peugeot, à la sortie des chocs pétroliers et alors que le groupe va mal - il manque d’argent, Jacques Calvet va devenir l’homme providentiel. C’est un sorcier de la finance, haut fonctionnaire, passé par la Cour des comptes, ancien directeur de cabinet de Valery Giscard d’Estaing, ancien directeur de la B.N.P. mais limogé par François Mitterrand au moment des nationalisations. Avec un tel parcours, il ne pouvait pas déplaire aux Peugeot.

Chez Peugeot, la situation qu’il trouve est désastreuse. Jacques Calvet se donne comme priorité de redresser financièrement le groupe, il faut donc réduire les coûts, et commencer par fermer ce qui lui semble irrécupérable. Première opération, il ferme Talbot, ex-Simca qui avait été acheté 5 ans avant. C’est dur, humainement, socialement, les syndicats se déchainent. Jacques Calvet encaisse. Par chance, il trouve « la 205 », projet dessiné par son prédécesseur qu’il décide de lancer. Le succès est colossal.

Dans l’industrie, Jacques Calvet se fait une place. La presse adore ou déteste mais parle de lui. Le personnage est tellement atypique qu’il va entrer aux Guignols de l’info. Du coup, la France entière le connaît. Le problème, c’est que quand, un soir sur deux, la marionnette de Calvet fait son entrée en balbutiant « désolé d’être en retard, ma 605 est encore tombée en panne... », les commerciaux de Peugeot n‘aiment guère. Et la famille non plus.

Le coup de la panne, Jacques Calvet n’est pas d'accord. Pour lui, c’est clair, net et précis : « Les pannes n’existaient pas. » Mais cet épisode va lui faire prendre conscience que la clef du succès, c’est évidemment la qualité du produit. Il va donc veiller personnellement aux lignes des voitures, choisir avec soin les designers, ouvrir des marchés étrangers et gonfler les moteurs. Ça l’a toujours passionné. Et ça change de Bercy et de la BNP où il a passé la première partie de sa vie. D’autant que si la France n’a pas de pétrole, comme dit Giscard, Peugeot a le secret pour que les voitures en consomment moins. Le secret, pour lui, c’est le diesel. Bien aidé par la fiscalité d’Etat, Peugeot va devenir un champion du diesel.

C’est à 65 ans révolus, pas un jour de plus, après 13 ans de service que Jacques Calvet va quitter l’entreprise. Il aurait sans doute voulu prolonger un peu le débat, mais la famille qui contrôle le conseil d’administration ne fera pas d’exception. Peut-être que Jacques Calvet les agaçait un peu trop, les Peugeot. Qui sait ?

En fait, il fallait tourner la page, Jacques Calvet avait redressé et assaini financièrement le groupe PSA Peugeot-Citroën. Rétabli les marges de rentabilité. Il avait fait le job.

 

L’histoire de Peugeot a fait l’objet d’un film vidéo diffusé sur BFM, écrit et animé par Jean-Marc Sylvestre avec la participation des principaux témoins et dirigeants, dont Jacques Calvet: