Jacques Séguéla : « François Hollande devra être un grand Président rassembleur »

Jacques Séguéla, publicitaire, analyse les postures adoptées par chaque candidat à l’élection présidentielle, et celle que devra adopter le nouveau président de la République, François Hollande.

Qu’avez-vous pensé de la posture de chacun des deux candidats durant la campagne ?
Les postures se sont renversées. Nicolas Sarkozy a démarré la campagne en président presque sûr de sa réélection, en tous cas très engagé dans sa réélection. François Hollande, lui, était dans la position du challenger. Au début de la campagne, le taux de « présidentialité » de Nicolas Sarkozy était de 65%, celle de François Hollande de 35%. Or Nicolas Sarkozy a été obligé de rester dans sa fonction de président, sinon les Français ne le lui auraient pas pardonné. Finalement, François Hollande a trouvé sa posture. Il l’a gagné dès son premier meeting, aux accents « mitterrandiens », puis dans le débat de l’entre-deux tours. Maintenant, il doit montrer qu’il a une carrure. Le fait qu’il ait gagné l’élection est un premier pas.

En quoi le programme économique des deux candidats s’est-il reflété dans leur posture ?
Il ne s’est pas vraiment reflété dans leur posture respective. Le candidat le plus humain, touchant et sensible a été, contrairement à ce qu’on aurait pu croire, Nicolas Sarkozy. On se serait attendu à ce que ce soit François Hollande. Ce dernier a été plus maîtrisé , retenu, rigoriste. Il est resté dans son sillon, sa cohérence. Mais de toute façon, les Français n’ont pas jugé sur ce programme économique. Ils ont voté pour le changement. C’est normal, quand un pays souffre, il veut le changement, l’alternance. Exactement comme quand un malade souffre, il cherche un autre médecin.

François Hollande a été élu avec une courte majorité. Quelle est sa légitimité ?
Sa légitimité est totale, il a gagné l’élection. C’est le jeu de la démocratie. Désormais, Français Hollande devra être un grand président rassembleur, y compris vis-à-vis des extrêmes. Il devra être ferme, rigoriste, peut-être un peu trop. Il devra sans doute gouverner plus au centre. Il faudra aussi qu’il soit habile, car toutes ses promesses ne pourront pas être réalisées. Au final, l’économie restera le juge de paix de ce quinquennat.

Nathalie Ratel