Jean Arthuis : « Deux tabous sont levés mais le compte n’y est pas ! »

François Hollande a répondu aux questions de près de 400 journalistes à l’Elysée lors de sa première grande conférence de presse. Les thèmes économiques ont été largement abordés à commencer par le rapport Gallois et le Projet de Loi de Finances 2013 qui a suscité la colère du monde de l’entreprise. Jean Arthuis, ancien ministre et ancien président de la commission des Finances du Sénat, décrypte son intervention.

Globalement, comment jugez-vous la prestation de François Hollande. Beaucoup lui reprochent de ne pas avoir fixé de cap, l’a-t-il fait ce soir ?
Non, on n’a rien appris de nouveau. Sur la forme c’est vrai que François Hollande est à l’aise dans son expression. C’est un exercice auquel il se livre avec une certaine gourmandise. Dans le fond, la direction est bonne car deux tabous sont levés : l’allègement des charges sociales et l’augmentation de la TVA, mais le compte n’y est pas. Je n’ai rien appris, on aurait pu écrire son discours compte tenu de ce qui a été dit jusqu’à maintenant.

François Hollande est revenu sur le rapport Gallois en indiquant que « l’économie n’aimait pas les chocs ». Pourquoi ce revirement selon vous ? Ce pacte peut-il avoir un effet bénéfique pour l’économie française ?
Tout simplement parce qu’il est empêtré par ses engagements. Le vrai choc de compétitivité aurait pu résulter d’un allégement de 40 à 50 milliards compensé par une hausse immédiate de la TVA. Mais il ne peut pas faire ça parce qu’il doit tenir le déficit à 3% sur 2013. Avec 0,8% de croissance, il est déjà dans le décor. Il est donc obligé d’annoncer quand même une baisse des cotisations sans le faire. C’est ce qu’il a fait ses derniers jours avec son pacte : Il ouvre un droit en créance des entreprises sur l’État qui ne sera mobilisable qu’en 2014.Mais ça ne marchera pas car c’est vraiment trop marginal. Il manque un assouplissement du droit du travail et une remise en cause des 35 heures.

A ce propos, François Hollande parle d’un effet immédiat de son crédit d’impôt. Qu’en pensez-vous ?
Je trouve que la mesure n’a pas l’ampleur requise. En dessous de 50 milliards, on n’a pas de choc de compétitivité car ça suppose que ce soit immédiat. Comprenez-bien qu’annoncer une hausse de la TVA un an à l’avance, ça va inciter en 2013 tous ceux qui sont dans le taux intermédiaire. Par exemple, dans le bâtiment, ils vont dire à leurs clients « Faites-le maintenant, car en 2014 c’est 10% au lieu de 7%». Ca suppose donc, à moins d’augmenter encore la TVA, que le gouvernement va provoquer un ralentissement début 2014.

Le Président de la République a confirmé le souhait d’arriver à 3% du déficit public en 2013. Est-ce réalisable ? Peut-il trouver les 10 milliards d’euros manquant chaque années et où ?
Il va venir avec une loi de finance rectificative dès début 2013. C’est-à-dire qu’on nous demande de voter une loi de finance qui sera rectifiée dès demain pour tenir compte des annonces faites par Ayrault cette semaine. Donc je pense qu’ils vont devoir réduire les dotations aux collectivités territoriales s’ils veulent être dans les clous.

François Hollande a estimé que « sur le chômage tout a été fait mais tout n’a pas été tenté ». A votre avis, quelle sera sa marge de manœuvre ?
Dans un premier temps on délocalisait les activités et les emplois. Maintenant on délocalise les prestations de service pour les entreprises qui ne sont pas délocalisables. Ca veut dire que les salaires sont payés en Pologne, les charges sociales sont payées ailleurs… C’est un phénomène qui se développe intensément. C’est sur cette question qu’il faut se pencher. J’ai demandé un rendez-vous à Michel Sapin pour dire au gouvernement « ne restez pas inerte par rapport à cette situation ».

Sur ces questions d’emplois et de compétitivité, comment se positionne l’UDI que vous venez de rejoindre ? Comment faire pour aller à l’encontre du PS sans rentrer dans les thèses de l’UMP ?
La TVA sociale, ça fait 20 ans que je la prône. Sur le crédit d’impôt, c’est de la poudre aux yeux. J’ai à l’esprit ce qui disait Louis Gallois : « Est-il normal que la protection sociale soit financée par les cotisations assises sur les salaires ? » Si on veut une politique lisible, il faut le faire sur la consommation. Je note, qu’on a enfin compris qu’à privilégier le consommateur on étranglait le producteur. Si tout le monde se met à parler comme Michel-Edouard Leclerc, c’est formidable mais vous verrez monter le chômage.

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Jean Arthuis est un homme politique français. Après avoir été diplômé de l’Ecole supérieure de commerce de Nantes et de l’Institut d’études politiques de Paris, Jean Arthuis a successivement été sénateur et plusieurs fois ministre notamment des Finances. Il fut président de la commission des Finances du Sénat. Actuellement sénateur de la Mayenne, il est vice-président de l’UDI, le nouveau parti de Jean-Louis Borloo.

 

 

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