Jean-Hervé Lorenzi – BPI : « Dufourcq et Royale doivent aller au-delà des idéologies ! »

Quel rôle pour la BPI ? C’est toute la question qui sera au menu du conseil d’administration ce lundi après la passe d’armes entre la vice-présidente, Ségolène Royal et le directeur général, Nicolas Dufourcq. Ségolène Royal avait qualifié vendredi « de grave dérapage » les propos du directeur général de cet établissement qui a déclaré mercredi que le sauvetage de Petroplus ou des hauts-fourneaux de Florange n’aurait pas représenté « un bon business ». Une polémique inutile selon le président du cercle des économistes Jean-Hervé Lorenzi qui estime que la BPI devra faire comme toutes les banques dédiées aux entreprises. 

Nicolas Dufourcq veut une BPI qui encourage les filières d’avenir et Ségolène Royale estime que la banque doit soutenir les entreprises en difficultés. Qui a raison ?
C’est un distinguo un peu compliqué, c’est l’histoire du sexe des anges ! Quand vous regardez l’histoire d’Oséo, l’organisation a parfois joué les deux rôles. Ce fut le cas juste après l’affaire Lehmann Brothers car certaines entreprises avaient des besoins en fond de roulement. Le FSI l’a également fait. Je crois qu’il faut aller au-delà des idéologies pures.  Personne ne va imaginer que la BPI va essentiellement développer ses activités vers des secteurs en déshérences. La BPI doit financer des secteurs porteurs évidemment ! Mais de temps en temps, si des entreprises en difficulté ont un besoin temporaire, et bien faisons-le ! C’est ce que font toutes les banques.

Cela veut-il-dire que Nicolas Dufourcq doit revoir ses méthodes de management issues du privé ?
Il faut surtout dire que Nicolas Dufourcq est un pur produit de la fonction publique ! Il est passé par Cap Gemini oui, mais Nicolas Dufourcq est surtout inspecteur des finances ; son papa était secrétaire général du quai d’Orsay et sa maman ministre de la Recherche. Tout le reste est une fausse vision, un faux débat. Ségolène Royal, c’est quelqu’un qui a fait 18 millions de voix, elle a cette légitimité. Nicolas Dufourcq lui, est quelqu’un qui a une expérience complète à la fois du publique et du privé c’est un homme de la modernité. Il ne faut pas rentrer dans les querelles de personne.

Pour satisfaire l’ensemble des dirigeants de la BPI, faudra-t-il consentir à une évolution des missions d’Oséo et du FSI, une fois la fusion effectuée ?
Je ne crois pas. Oséo c’est plutôt du crédit et de la subvention à la recherche. Le FSI c’est plutôt du capital. Les deux sont des formidables réussites et nous avons là toute la palette de ce qu’est une bonne banque pour les entreprises. Il y a des centaines de boites qui sont aidées par Oséo aujourd’hui. L’Affaire de Florange ou de Pétroplus, qui a provoquée la polémique, ce sont des sujets quantitativement assez petits par rapport aux 10.000 entrées et sorties sur le marché du travail chaque jour en France. Nous avons tous les outils qu’il faut, alors je leur dis, travaillez !