Joe Biden va faire valser les milliards pour amadouer les Américains qui n’ont pas voté pour lui tandis que Donald Trump va, lui, compter ceux qui lui restent.

Etat de grâce du vainqueur. Tous les yeux vont se tourner à partir de maintenant vers Joe Biden. Toutes les faveurs aussi. Les milieux d’affaires vont le soutenir sans sourciller alors que le président sortant va lui avoir plus de mal à relancer et protéger ses propres affaires.

Joe Biden doit présenter aujourd’hui la stratégie économique qu’il compte mettre en place pour répondre à la crise économique et sociale qui menace le pays. Le président élu va profiter de l’euphorie des démocrates et du désarroi de ses adversaires républicains, très perturbés par les conditions du départ de Donald Trump. Il va dépenser sans compter et calmer les esprits. L’argent doit lui permettre de tourner la page. D’où l’euphorie des investisseurs et des dirigeants d’entreprises qui veulent une reprise économique, rapide et durable, alors même que la situation conjoncturelle n’est pas très affectée.

Pour des raisons politiques plus qu’économiques, Joe Biden ne devrait pas lésiner à mettre les milliards sur la table. Le président élu a déjà fait comprendre que le plan de soutien de 900 milliards de dollars, négocié fin décembre avec les républicains, n’était qu’une étape. La relance de l’économie doit être encore plus puissante. Joe Biden va donc mobiliser tous les outils d’intervention qu’il peut utiliser pour financer cette relance.

 

D’abord, en empruntant massivement. La banque centrale américaine a déjà fait en sorte que les taux restent à zéro jusqu’en 2023. Le nouveau président va creuser les déficits, mais personne ne lui en tiendra rigueur. C’est de l’argent gratuit alors pourquoi s’en priver ? L’administration américaine n’aura pas de mal à mobiliser les investisseurs, qui s’attendent à une émission importante de Bons du Trésor en début d’année et devraient y répondre en nombre. Il n’y a pas d’émetteur plus sûr que la première économie mondiale et pas de monnaie plus crédible que le dollar.

 

Ensuite, Joe Biden va travailler le Sénat où il a désormais une majorité prête à défendre le plan d’investissements sur l’environnement, qui doit se chiffrer à 2000 milliards de dollars.

 

Enfin, Joe Biden va se servir de la gravité de la situation pandémique et de ses conséquences sociales pour faire appliquer son programme fiscal, qui consiste en une augmentation de 5 points de l’impôt sur les sociétés. Les entreprises n’auront pas le choix, elles paieront plus d’impôts mais elles sauront pourquoi. Au passage, cette mesure lui servira à équilibrer davantage son budget.

 

Au total, Joe Biden va faire du Keynes comme rarement un président américain depuis Roosevelt aura fait. Il va réussir à faire passer la pilule de l’endettement en continuer de distribuer cet argent, et notamment en donnant des chèques aux ménages les moins favorisés. 600 dollars, voire jusqu’à 2000 dollars. L‘hélicoptère-monnaie. Beaucoup y avait pensé, mais peu de présidents ont osé le faire décoller. Deux précédents : Trump qui a fait la même chose dès que le virus est arrivé et George Bush après les attentats de 2001.

Ça calme l’opinion et ça évite les ruptures de liquidités dans la vie quotidienne. Théoriquement, ça marche parce que ça part directement en consommation chez Walmart ou Amazon et ça entraine une hausse de la production dans les mois qui suivent. Par conséquent, l’emploi suit. En théorie ça marche parce qu’en pratique ça peut aller en compte d’épargne ou à la bourse. Mais ça donne six mois de répit au président et à ses équipes.

 

Donald Trump est en revanche le grand perdant de ce début d’année. Il va devoir céder le pouvoir avec la suspicion d’avoir voulu porter atteinte à la démocratie américaine, mais il est surtout en train de perdre les soutiens économiques qu’il pouvait avoir jusqu’à présent.

Beaucoup d’entreprises préparent un boycott du personnage, désormais infréquentable, et de ses affaires personnelles. Il y a d’abord eu les GAFAM, les réseaux sociaux - Twitter Facebook entre autres - qui ont suspendu les moyens de communication de Donald Trump. Il y a maintenant les plateformes logistiques qui coupent les vivres des Républicains. Salesforce, par exemple, vient d’arrêter le service de mailing qu’il gérait pour le parti. Les donateurs traditionnels, grands financeurs de la campagne présidentielle américaine, ont aussi choisi d’arrêter les approvisionnements : American Express, Marriott, Citibank et même Blackstone, pour n’en citer que quelques-uns.

Le comportement des dirigeants d’entreprises est assez moutonnier mais pas surprenant. Ils cherchent surtout à préserver leur image et leurs intérêts. Le vent a tourné, du coup, plus question de fermer les yeux sur le comportement du président maintenant qu’il n’est plus à même de défendre des baisses d’impôts ou une plus forte dérégulation.

Les démocrates au pouvoir seront désormais mieux placés pour protéger leurs affaires. C’est vrai dans toutes les démocraties du monde.

Sur un plan plus personnel, Donald Trump va avoir du mal à trouver de nouveaux crédits bancaires s’il veut continuer de faire du business. La banque qui l’a suivi dans toutes ses aventures, Deutsche Bank, a décidé de prendre ses distances tandis que Signature Bank a tout simplement fermé ses comptes personnels.

L’empire Trump va devoir se battre pour échapper au déclin. Signe des temps, les partenaires historiques de l’homme d’affaires, et notamment les principaux sponsors des compétitions qui le suivaient sur tous les parcours signés Trump - et il y en a une vingtaine dans le monde - se seraient déjà retirés.

Ces abandons sont des marqueurs forts du désamour porté à l’ancien président, mais marginaux en valeur. Le plus important va être de suivre ce qui va se passer sur ses projets immobiliers à New-York et en Floride, ou ceux en cours de négociation à Moscou ou en Chine. Signe de l’inquiétude, la distance prise par la propre fille de Donald Trump et de son gendre, pourtant aux affaires, et qui ont désavoué publiquement les propos de l’ancien Président peu de temps après l’affaire du Capitole.