Jonathan Benassaya : «Pour voir grand, la France doit prendre conscience qu’elle doit s’ouvrir»

20h à Paris – 11h à San Francisco. Jonathan Benassaya s’installe derrière son micro en confiant que Skype est son outil favori pour travailler. Le Montpelliérain de 32 ans, diplômé de l’ESSEC, est devenu l’une des figures de l’entrepreneuriat français en co-fondant Deezer en 2007. Trois ans plus tard, il quitte la direction de la société, mais conserve ses parts, après avoir fait grimper le site au rang de leader international de son domaine. Et puis, Jonathan Benassaya s’exile en Californie, au cœur de la Silicon Valey, pour fonder Plizy, son nouveau défi américain. Deux ans après son lancement, le jeune homme, toujours jovial, se dit satisfait, mais regarde avec un œil triste, parfois amère, la situation économique française et les récentes décisions politiques.

20h à Paris – 11h à San Francisco. Jonathan Benassaya s’installe derrière son micro en confiant que Skype est son outil favori pour travailler. Le Montpelliérain de 32 ans, diplômé de l’ESSEC, est devenu l’une des figures de l’entrepreneuriat français en co-fondant Deezer en 2007. Trois ans plus tard, il quitte la direction de la société, mais conserve ses parts, après avoir fait grimper le site au rang de leader international de son domaine. Et puis, Jonathan Benassaya s’exile en Californie, au cœur de la Silicon Valey, pour fonder Plizy, son nouveau défi américain. Deux ans après son lancement, le jeune homme, toujours jovial, se dit satisfait, mais regarde avec un œil triste, parfois amère, la situation économique française et les récentes décisions politiques.

+

Vous avez fondé Deezer en 2007, puis quitté le board en 2010 afin de vous expatrier aux États-Unis pour lancer votre nouvelle création, Plizy. En quoi cela consiste ?
Plizy est un moteur de recommandation de vidéo qui répond à une problématique très américaine. Ici, on a un marché qui est énormément orienté sur le streaming. Une société comme Netflix, c’est 30 millions d’abonnés, HBO, 40 millions. Il y a une offre tellement large que l’utilisateur est vite paumé. Donc, si je veux voir un super film d’action maintenant, j’ai la possibilité de chercher dans les différents services pendant deux heures ou alors j’utilise un système comme Plizy. Mais ce service ne sera accessible qu’aux Américains, car des marchés dominés par des Netflix ou HBO, il y en a peu dans le monde. Plizy est véritablement un concept qui s’adresse à un marché américain.

La terre américaine est-elle plus fertile pour des entrepreneurs comme vous ?
Oui, tout est beaucoup plus facile. Les relations entre les collaborateurs d’une entreprise ne sont pas du tout les mêmes. On a à faire à une mentalité qui est complètement différente. Je comprends pourquoi les Américains ont créé le management ! Tout se résume dans cette phrase : Aux États-Unis, on vit pour travailler, en France, on travail pour vivre. Je trouve dommage que l’on ait cette relation-là au travail en France.

« C’est le modèle d’internationalisation qui ne marche pas en France. »

Que manque-t-il en France ?
La France est dotée d’un très bon système d’investissement : beaucoup de business angels, de fonds d‘investissement. Mais la France a du mal à comprendre que c’est un petit pays. Or, quand on est sur Internet, les succès se comptent quand on a des dizaines de millions d’utilisateurs. C’est le modèle d’internationalisation qui ne marche pas en France. Sur cette question, les Allemands sont bien meilleurs que nous. Aujourd’hui, on compte seulement deux sites français dans le monde qui ont plus de 20 millions d’utilisateurs et qui sont de vrais modèles d’internationalisation : Dailymotion et Deezer. La France doit prendre conscience qu’elle est un petit pays et que, pour voir grand, elle doit s’ouvrir. Si elle essaie de devenir grande par elle-même, c’est qu’elle n’a rien compris car Internet n’a pas de frontière. L’autre problème, c’est qu’il y a un éco-système « start-up – grands groupes » pas assez existant.

C’est-à-dire ?
En France, il faut d’abord acquérir ses lettres de noblesses avant d’avoir le droit de bosser avec les grands groupes français comme Lagardère, Orange, Vivendi… Avec Deezer, nous avons eu beaucoup de chance parce que l’on a eu le partenariat avec Orange. Ce succès phénoménal a fait changer l’entreprise de dimension. Et puis, je trouve qu’il n’y a pas assez de compétition. Regardez, Xavier Niel qui a lancé Free Mobile. Il a complètement explosé le marché. Mais la question, c’est pourquoi les autres ne l’ont pas fait avant ? La réponse est simple : parce qu’ils se mettaient autour de la table pour être sûr qu’ils avaient les bons prix qui généraient le plus de marge. Aux États-Unis, ça ne marche pas comme ça ! Je peux vous assurer que les opérateurs ne se mettent pas autour de la table, il s’entretue en permanence !

C’est le boulot du gouvernement de faciliter cela ?
Le gouvernement n’a rien à faire là-dedans. Ce n’est pas à lui d’aller voir l’état major d’Orange et Lagardère et de leur dire d’aller bosser plus avec les start-up contre des avantages fiscaux. C’est trop facile de faire ça. Ce n’est pas sain dans une économie. Le seul boulot du gouvernement serait de motiver la concurrence, et d’être sûr qu’il n’y a pas d’entente.

« On doit libérer tout ce qui est un catalyseur pour créer de l’emploi et de la valeur »

Le gouvernement qui s’est fait retoqué sa taxe à 75% présentera bientôt un prélèvement similaire. Que pensez-vous de ce projet de taxation ?
Ca m’inspire simplement qu’on est paumé. Pourquoi irait-on confisquer l’argent des gens qui créent de la valeur et de l’emploi pour essayer de régler un problème structurel en France ! Il y a quelque chose qui ne va pas. Il y a tellement d’autres problèmes en France, on ne règle pas ça avec des impôts. Un truc comme ça, ne passerait jamais ici. Par exemple, pour combler le déficit américain, certaines taxes comme celle sur les investissements de long terme va passer de 15%… à 20% ! On ne passe pas de 33% à 75%, mais bien de 15 à 20! Je dois avouer que je ne comprends pas ce qui se passe en France. Franchement, c’est quoi l’objectif ? Au contraire, on doit libérer tout ce qui est un catalyseur pour créer de l’emploi et de la valeur.

Et concernant les polémiques autour du salaire des grands patrons ?
Je pense qu’il ne faut pas être hypocrite. Qu’est ce qu’on vient embêter le salaire des grands patrons. Ces gens gèrent des dizaines de milliers d’employés et permettent de faire vivre leurs familles. On a une relation avec le profit qui n’est pas bonne. Le profit, c’est le succès et on devrait tous être intéressé par le succès. Dans notre vie, chacun doit le chercher et surtout respecter celui des autres.

Que diriez-vous à un jeune étudiant à la sortie de son école de commerce. Venir chez vous ou rester en France ?
Si l’étudiant est un constructeur, un faiseur, un entrepreneur, je lui dirais de venir ici. Si l’étudiant est plutôt quelqu’un dans les relations, dans le développement, il reste en France. Pour être grand en Europe, il faut être international, pour être grand aux États-Unis, il faut être américain. Régulièrement, je rencontre des jeunes entrepreneurs qui viennent de Paris et qui me présentent leur projet. Ils commencent toujours par « on va commencer par la France et puis…» Non ! Je leur réponds « lance en Anglais ! Il ne faut pas faire petit, fait le monde direct !» Ici, c’est ce que tout le monde fait. Pourquoi ne peut-on pas faire la même chose depuis la France !

« Il faut faire les États-Unis d’Europe contre les États-Unis d’Amérique »

Ca veut dire que vous ne croyez pas à une Silicon valley française ?
Je crois plutôt que l’on peut construire des succès internationaux à partir de l’Europe. Des sociétés comme Soundcloud, c’est plus de 30 millions d’utilisateurs, et ils sont à Berlin. Spotify en Suède, Deezer, Dailymotion en France… Vous savez, la France, c’est l’équivalent de la Californie. Il faut plutôt penser à prendre les 27 États européens et faire les États-Unis d’Europe contre les États-Unis d’Amérique.

Avez-vous toujours la nationalité française ?
Oui et je ne compte pas en changer.

Songez-vous à rentrer en France ?
Je n’ai pas de plan. On est bien ici vous savez, au-delà du boulot, le cadre de vie est génial, il fait beau et on a l’avantage de vivre avec des gens qui ont une culture très internationale. Mais surtout, il y a un côté positif, on ne ressent pas vraiment de marasme, ça pèse sur le moral.

C’est aussi une question de fiscalité…
Je n’ai jamais fait partie des gens qui disaient que l’argent faisait le bonheur. Je pars du principe que l’on doit être tous capable d’en gagner. Mais je blâme un gouvernement qui ne met pas tout en œuvre pour donner des emplois aux citoyens et qui ne permet la réussite.

Et vous, c’est quoi la recette de la réussite ?
Je pense que c’est la liberté. Et l’argent est un élément important pour rester libre.

Par Julien Gagliardi
Chargement des commentaires ...