L’apparition des « Black Swan » : Le virus progresse, les Anglais s’en vont et la croissance pique du nez ... mais les marchés financiers s’en foutent. On vit une époque formidable !

Semaine incroyable. Les marchés financiers qui avaient toutes les raisons de paniquer n’ont pas bougé. Les boursiers du monde entier restent sereins et quand ça baisse le mercredi, ça remonte le jeudi. 

Tout se passe comme si « les Black Swan » avaient été aperçus cette semaine sur la scène mondiale. Les cygnes noirs aux pas de deux effrayants mais si chers à Nathalie Portman...

Pour des boursiers normalement constitués, tout ce qui a été annoncé cette semaine aurait dû provoquer une panique mondiale. Il n’y a eu que quelques soubresauts seulement, qui sont le fait d‘actionnaires avisés, qui ont profité de l’actualité pour prendre quelques bénéfices générés dans le secteur du luxe et les réinvestir le lendemain ailleurs. Le résultat sur une semaine est que la bourse américaine a pris le contre pied des réactions en Europe et en Asie où les indices ont baissé un peu. D‘où cet équilibre global qui étonne tous les observateurs qui ont vécu tellement de crises dans le passé qu’ils ne pouvaient que s’inquiéter de tout ce qu’il s’est passé.

La liste des évènements qui se sont produits depuis dix jours est impressionnante.

 

La progression du coronavirus, dans le monde entier va évidemment bloquer l’activité économique chinoise et contaminer le reste du monde. Des industries entières sont déjà en risque : le transport aérien, l’hôtellerie, le luxe, l’automobile, le pétrole et pas seulement parce que l’économie chinoise est devenue en 20 ans la locomotive de la croissance mondiale et si la Chine est contaminée par la grippe, le monde entier sera atteint. En Chine, le pic de cette épidémie n’a pas encore été atteint mais les autorités ont recensé, près de 2000 nouveaux cas par jour, portant le total des patients contaminés à plus de 10 000 en cette fin de semaine. Le nombre de décès n’est pas supérieur à celui d’une épidémie de grippe banale, mais il progresse vite. L’OMS a jugé la situation assez grave pour décréter un état d’urgence de santé publique mondiale et recommander de limiter les voyages aériens et déplacements de population. 

Alors les effets ne sont actuellement pas très visibles, mais ils sont évidemment porteurs d’une grande incertitude qui aurait dû bouleverser les investisseurs. Or, actuellement, la sphère économique qui était positive sur l’année qui a démarré, reste assez sereine. 

C’est d’autant plus curieux, que l’actualité nous a délivrée une moisson d’informations chargées d’incertitudes.

Le Brexit n’a pas été une surprise, le Brexit a fait l’objet de fêtes populaires attendues, mais tout reste à venir. Aujourd’hui, le Brexit ne se traduit que sur le terrain politique et institutionnel, parce qu’il n’entraine aucun changement sur le terrain économique. Tout va se jouer pendant la période de transition ou l‘Europe et la Grande Bretagne vont s’accorder sur les modalités du divorce et sur le type de relation qu’il faudra tenir après le Brexit c’est à dire au mieux dans un an. Mais c’est peu probable qu’on y parvienne. 

 

Au même moment, les indicateurs de croissance du troisième trimestre ne sont pas bons pour la France, alors que l’Europe des 27 comptait sur l’effet d’entrainement de l’économie française. La France paie là un mois de grève et de désordre qui a pourri l'activité commerciale de fin d’année. Pas de consommation, donc ralentissement des commandes et des rythmes de production alors que les compte d’épargne sont bourrés d’argent cash et notamment des gains de pouvoirs d’achat distribués dans les foulées des manifestations des gilets jaunes. 

La croissance américaine, elle-même, s’est essoufflée a 2,3% en 2019, alors qu‘elle avait bondi de 2, 9% en 2018.  Donald Trump en est évidemment énervé parce qu’il compte sur le carburant de la croissance pour gagner ses élections. 

 

Tous ces évènements sont des évènements majeurs et quelques observateurs y voient des « Black Swan », les fameux cygnes noirs qui, dans l’histoire, apparaissent dans un ciel idyllique alors que personne n‘avait prévu.

 

L’affaire du coronavirus n’a pas provoqué de panique financière parce que, contrairement à des évènements semblables qui se sont déroulés dans le passé, le monde entier a su très vite que le gouvernement chinois avait pris la mesure de la gravité de cette affaire. Le gouvernement central et autoritaire a très vite sommé les autorités locales de faire la transparence et de prendre des décisions d’une sévérité et d’une ampleur colossale pour limiter la contagion. Aucun pays démocratique dans le monde n’aurait sans doute réussi à confiner aussi rapidement 55 millions d’habitants, fermer les usines et les bureaux, interdire les fêtes du nouvel an, et tous les déplacements à l'intérieur de la Chine et fermer les frontières. Mesures incroyables fortes et discipline incroyable du peuple qui a suivi les instructions. 

Ne parlons pas des décisions immédiates de construire des hôpitaux et d’échanger avec l’OMS ou avec les pays étrangers toutes les informations concernant ce virus et ses mutations. Cette mobilisation aurait pu inquiéter l’opinion parce qu’elle apporte la preuve de la catastrophe, mais elle rassure aussi le monde des affaires en démontrant leur capacité à gérer. 

Les Américains ne s’y sont pas trompés, puisque très vite, les tweets de Donald Trump ont plutôt félicité le pouvoir chinois plutôt que de l’accabler de sarcasmes, d’autant que l‘Amérique est encore en pleine guerre commerciale. 

 

L’affaire du Brexit n’a pas provoqué la panique à laquelle on aurait pu s’attendre. Pour une bonne raison, imputable sans doute au talent de Boris Johnson qui a su donner le sentiment qu’il voulait organiser un divorce par consentement mutuel afin de préserver les intérêts fondamentaux. Boris Johnson a conquis le pouvoir en abusant de démagogie et de mensonges vulgaires, mais une fois au pouvoir, il fait preuve du plus grand pragmatisme et de la plus grande habilité pout protéger le lien tissé avec les courants les plus déshérités de la Grande Bretagne, tout en gagnant le soutien des élites. Il a besoin des élites et les élites ont besoin d’une grande Bretagne apaisée avec des classes populaires qui adhèrent au système, si le système ne les rejette pas. 

Boris Johnson, c’est sans doute du Machiavel pur jus dans ce qu‘il avait de plus intelligent dans la conception d’une gouvernance politique. « Quelle que soit la forme du pouvoir, les gouvernants et les élites ne doivent jamais oublier ceux qu’ils gouvernent, si non ils se rebellent d’une façon ou d’une autre. » 

Les chefs d’entreprises le savent bien. Leur position de pouvoir dépend de leurs clients, de leurs actionnaires et de leurs salariés. 

Boris Johnson fonctionne un peu comme un chef d’entreprise. Il a des clients, des salariés et des actionnaires. Le monde des affaires en Europe a peut-être compris que cette nouvelle équation mise en place vise à préserver les intérêts de tout le monde. Donc l’inquiétude s’est peu à peu dissipée. 

 

Reste la panne de croissance qui touche d’abord la France au dernier trimestre. Là encore, les milieux financiers minimisent les effets de ce trou d’air parce que les fondamentaux ne sont pas hypothéqués : l’emploi, l’investissement, l’attractivité et la compétitivité. Reste que tout va dépendre du premier trimestre de l’année; le problème français pour les chefs d’entreprise est principalement politique et porte sur la difficulté que nous avons à réformer les structures et à diluer les conservatismes qui sont très anciens (statut, poids de l’administration, rentes liées au centralisme etc.). Emmanuel Macron s’était juré de moderniser le pays, de nettoyer ses vieilles structures, l’entreprise de rénovation paraît bien difficile à poursuivre. Cela dit, quand on voit la Grande Bretagne désormais capable de trouver son chemin en échappant au chaos, de l’anarchie ou de l’extrémisme dont elle était menacée depuis trois ans, on peut imaginer des solutions responsables. 

En Chine, le mot crise n’existe pas. Ou plutôt, il signifie opportunité. En d’autres termes, la crise rend intelligent. 

 

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