L‘après G7 : les leaders populistes vont s’obliger à changer de logiciel s’ils ne veulent pas perdre leur électorat.

La visite surprise du ministre iranien a fait l’effet d’un coup de théâtre. Si le G7 de Biarritz se termine sans décision de coordination très spectaculaire, il va obliger les grands leaders populistes comme Donald Trump et Boris Johnson à changer de cap pour ne pas perdre leur électorat. 

La visite du ministre des affaires étrangères iranien ne changera pas l’ordre du monde, mais il peut le faire évoluer. C’est toute l’ambition de la diplomatie française.Le rôle d’un G7 ou même d’un G20 n‘est pas de faire acte de gouvernance mondiale. On n’est ni à l’ONU, ni au FMI, ni même à l’OMC ou dans l’Union européenne. Le G7 est une instance de communication et de dialogue multilatéral à partir de laquelle chaque pays membre peut prendre ses propres décisions. Dans ce sens-là, le G7 tient compte des droits démocratiques beaucoup plus que la communauté européenne ou même l’Organisation des Nations Unies. Le G7 n’a aucune administration propre, aucun appareil bureaucratique que celui des Etats membres, et il n'aurait pas la légitimité à prendre des décisions qui n’auraient aucun fondement juridique. 

Seuls les chefs d’Etat peuvent le faire dans le cadre de leur mandat national. 

Ce faisant, le dialogue a été tel lors de ce G7 2019, qu’il en restera des traces importantes. 

Ce G7 s’est ouvert dans une ambiance de crise, compte tenu de tous les déséquilibres qui menacent la planète. Ces déséquilibres ont tous la même origine. L’incapacité du système à préserver les mécanismes créateurs de progrès pour tous. D’où les inégalités, la détérioration de l'environnement et le dérèglement climatique, les crises migratoires, les risques de guerre etc. etc. L’examen de tous ces problèmes a mis en évidence, l’incapacité des réponses apportées par beaucoup d’Etat à dissoudre ces déséquilibres. Mais au contraire, on sait que les mesures de protection ne peuvent déboucher que sur des guerres commerciales et monétaires qui aggraveront les situations et peuvent les rendre irréversibles. 

Les grands leaders des pays les plus riches qui se sont fait élire sur des programmes protectionnistes et « populistes » sont arrivés au G7 précédés  de leurs certitudes

Donald Trump, avec un bilan économique dans son pays ultra confortable, bien décidé à poursuivre l'offensive menée contre la Chine et les pays émergents. 

Boris Johnson, le tout neuf Premier ministre britannique, a débarqué lui avec le brevet populiste qui l’a fait roi et le projet de Brexit dur. Tous les deux ont été précédés dans leur entourage par une campagne hostile à ce type de réunion multilatérale et favorable au repliement sur soi.

 

Le paradoxe des paradoxes, c’est que ces deux chefs d’Etat se sont sentis obligés de baisser d’un ton leurs exigences. Leurs commentaires ont commencé à s’infléchir. Et cela pour trois raisons :

La première raison, parce qu’ils sont venus. En dépit des critiques qu'ils ont formulées avant, dénonçant l’inutilité d’un système de gouvernance mondiale. La logique aurait voulu qu‘ils défendent une politique de la chaise vide. Au contraire, ils sont venus dans le cœur du cœur, l’origine historique du multilatéral. Et pour rien au monde, ils n’auraient cédé leur place. D’autres, comme la Russie et la Chine, ont à nouveau frappé à la porte. 

La deuxième raison est que la pression des acteurs économiques dans leur propre pays les oblige à accepter le caractère irremplaçable des échanges économiques internationaux.Les chaines de production sont tellement éclatées qu'on ne peut guère s’en passer ou on se résout à une croissance zéro ou négative. Donald Trump, qui est arrivé avec un programme ultra protectionniste, prêt à rapatrier l'essentiel des productions industrielles, a réalisé très peu de ses promesses... Plus grave, il est arrivé au pouvoir en considérant l'industrie digitale américaine comme trop mondialiste, il en est aujourd’hui un des défenseurs les plus agressifs.  

La troisième raison est que les études se multiplient pour montrer que les menaces de guerre commerciale pèsent sur l'activité économique mondiale. Très précisément, les prévisions nous annoncent une prochaine récession d’ici 2022 si le jeu concurrentiel ne se calme pas. Donald Trump, à qui ça a été expliqué pendant les réunions de travail à Biarritz, a sans doute compris, que si la guerre commerciale continuait, le monde entier serait impacté. Il peut faire des tweets, mais il ne peut pas passer à l’acte. Or, Donald Trump a besoin d’une économie prospère et dynamique pour être élu. Il fera tout pour cela, y compris de changer son logiciel.

Quant à Boris Johnson, qui pensait encore pouvoir aller jusqu’au Brexit sans deal, il a sans doute compris,d’abord que le monde n’accepterait pas un retour aux risques de guerre civile en Irlande. Ça lui a été dit entre quatre yeux par Emmanuel Macron et Angela Merkel. Il a aussi compris qu’il ne pourrait pas transformer la Grande Bretagne en un Singapour européen, paradis fiscal et moins disant environnemental et social pour préserver sa compétitivité. Le monde entier ne peut pas combattre les paradis fiscaux et les blanchisseries fiscale et accepter que l’Angleterre s'y mette. Enfin, et toutes les études qui sortent en Allemagne (IFOR), à la Banque d’Angleterre, à Bruxelles, à Washington (FMI) lui indiquent que le Brexit, sans le maintien de l'Union douanière, couterait près d’un point de croissance mondiale. Tout le monde serait perdant, à commencer par les Anglais eux-mêmes. Bref, Boris Johnson, qui a promis à ses électeurs plus de postérité, ne pourra pas prendre le risque de les appauvrir. 

Le rôle du G7 n’est évidemment pas de donner des leçons aux pays qui sortent des clous de "la bienpensance mondiale", mais quand le G7 fait circuler des faits et des chiffres qui appartiennent plus à la raison et à la vérité qu’aux fake news ou même aux logiques électoralistes, le G7 est totalement dans son rôle. Aux chefs d’Etat d’en tenir compte et de prendre leur responsabilité. Machiavel disait qu’ « un gouvernant peut faire ce qu’il veut pour accéder au pouvoir, mais pour y rester et gouverner, il doit délivrer des résultats ».