L’après-Covid, les entreprises seront moins mondialisées, plus low-cost et digitalisées.

La fin de l’ère de la mondialisation, sûrement pas. Mais pour les entreprises, un changement dans la chaine de valeur des entreprises et une meilleure flexibilité, très certainement. Moins de délocalisation et plus productivité.

Les politiques et les médias ont tendance à survendre les changements qui seront induits par les effets de la pandémie. Les politiques ont d’ailleurs tendance à prendre leur promesse idéologique pour des réalités qui s’imposeront dans le futur.

Ainsi, la gauche extrême voit dans l’épidémie la fin du capitalisme financier, la gauche moins extrême considère que l’épidémie a prospéré sur les déficits de l’Etat. Il faudra donc plus d’Etat. Du côté des souverainistes, on en profite pour dénoncer la porosité des frontières comme si les frontières arrêtaient les virus. Quant aux libéraux, ils dénoncent l’excès d’Etat et ses erreurs. Ils n’ont pas tort, les pays qui laissent plus de responsabilités aux entreprises (comme en Allemagne où le système de santé est privatisé en partie) ou de liberté aux régions, ces pays-là s’en sortent mieux. Donc l’après covid- 19 sera celui du changement, sans savoir quel changement il faudra installer.

Ne tombons ni dans le rêve, ni dans le cynisme. Mais l’après-covid ne fera pas tomber la mondialisation. Il y aura toujours des entreprises pour produire de la richesse et des consommateurs qui auront encore plus d’exigences dans la satisfaction de leurs besoins.

Mais il y aura de facto beaucoup de secteurs où la crise aura des conséquences sur l’organisation. Être plus agile pour surmonter les crises, ça veut dire revoir ses fournisseurs, leur localisation, revoir ses coûts fixes, qui ne doivent pas plomber l’entreprise si celle-ci est à l’arrêt. Être mieux sécurisé, cela entrainera une surveillance accrue des conditions sanitaires. Les entreprises qui respectent déjà la RSE élargiront de fait cette responsabilité à la protection sanitaire. Comment continuer de travailler si l’écosystème dans lequel on évolue est porteur d’un risque aussi grand que celui que la planète toute entière doit gérer actuellement.

 

1er exemple : le secteur aérien. Il n’y a pratiquement plus un seul avion dans le ciel mondial aujourd’hui. Toutes les compagnies aériennes ont cloué leur flotte au sol, ce qui leur coûte affreusement cher. Ajoutons à cela une prévision de reprise de trafic plutôt pessimiste, comme l’annonce l’Association internationale du transport aérien IATA, qui prévoit que le retour à un rythme normal, avant-crise, sera plus lent qu’espéré et se fera par étapes et par régions jusqu’en 2021. Les vols les plus touchés seront les longs courriers, gérés par les grandes compagnies traditionnelles qui devraient redémarrer plus tard et plus doucement. Il y aura donc forcément des faillites ou des nationalisations. Le secteur va se recomposer.

Et les plus protégées seront sans doute les compagnies low-cost, qui opèrent généralement avec des flottes plus petites, sur des trajets moins longs, avec des frais fixes plus modestes ce qui leur permet d’optimiser au mieux leurs charges fixes. Du coup, ce sont même elles qui sont les 1ères à rembourser les clients pour toutes les annulations de vol.

Les plus gros doivent eux se délester. La compagnie Lufthansa, dont il a été calculé qu’elle perdait un million d’euros par heure, se sépare de 42 de ses avions (6% de sa flotte) et réduira son offre de vols d’autant.

 

2ème exemple : beaucoup de secteurs vont sécuriser leurs approvisionnements. Et ce sera le cas de la pharmacie, dont on s’est aperçus à la lumière de la crise, que la dépendance à l’Asie était forte au niveau des ressources de matières chimiques et de la fabrication des principes actifs. Entre 70% et 80% des besoins viennent de Chine et d’Inde, avec seulement une poignée de fournisseurs que se disputent tous les laboratoires. Autrement dit, les pays riches dépendent des pays émergents, c’est un peu, ce qui se passe aussi dans l’électronique (fabrication du hardware digital) ou l’industrie automobile.

Dans la pharmacie, la vague de délocalisations a eu lieu dans les années 90, principalement pour des raisons de coût, ce qui a fait baisser le prix des médicaments alors que la recherche et le développement sont souvent restés sur les territoires d’origines des entreprises (États-Unis ou Europe). La crainte d’une pénurie dans la chaine d’approvisionnement d’un médicament dont tout le monde pourrait potentiellement avoir besoin au même moment met les entreprises pharmaceutiques dans l’obligation de surveiller de plus près leurs approvisionnements, ce qui entrainera des relocalisations dans le pays d’origine d’une partie de leur production, et de fait des hausses de prix.

La pharmacie, est évidemment un secteur stratégique, mais c’est loin d’être le seul.

 

3e exemple : la fabrication de matériel médical. Qui aurait cru il y a quelques mois que la fabrication de masques était stratégique ? Ce qui veut dire qu'une partie des productions textiles peuvent aussi revenir dans leur pays d’origine.

 

4e exemple : La prise en compte des contraintes écologiques va s’imposer plus facilement qu’avant aux entreprises.  La crise sanitaire, l’émergence d’un virus aussi dangereux que le coronavirus a peu de rapport avec le changement climatique.  On aura certains courants écologiques qui essaieront de nous le prouver, ceux-là même qui s’opposaient à la vaccination obligatoire contre la variole. Enfin, quand le risque frappe à leur porte, ces courants-là se font discrets.

Ce qui est vrai, en revanche, c’est que le ralentissent de l’économie mondiale lié au confinement a engendré une baisse de 58% des émissions de CO2 depuis le début de la crise.  C’est donc la preuve spectaculaire que le réchauffement climatique est directement lié à l’activité humaine de production. Cette « expérience » grandeur nature va évidemment servir de jurisprudence. Les pays émergents sont condamnés par la communauté internationale à chercher des modes de production propres, donc plus chers. Les entreprises occidentales, elles, sont condamnées à respecter leur responsabilité sociale, environnementale et sanitaire.

Il n‘y aura plus débat, mais nécessité d’augmenter les niveaux de prix à la consommation ou alors chercher des gains de productivité autrement qu'en déménageant dans les pays émergents à faible coût de main d’œuvre. Le seul moyen d’augmenter la productivité passe par le digital, l’intelligence artificielle et le traitement numérique. Le 19e siècle a été celui de la machine à vapeur et de la révolution industrielle. Le 20e siècle a été celui de l‘électricité et de la mobilité. Le 21° siècle sera digital. Cette pandémie n’aura fait qu’à accélérer cette évolution.