L’échec de la Grèce, le nouvel exemple de ce qu’il ne faut pas faire en politique

La Grèce n’en finit pas d’échouer. Après un accord la semaine dernière avec les Européens, le gouvernement grec ne parvient pas à présenter le plan de réformes sur lequel il s’était engagé.

La crise grecque servait déjà de cas d’école pour comprendre les dysfonctionnements de la zone euro. Maintenant, les tergiversations du gouvernement offrent une caricature de ce que permet la démocratie en période de crise. Quelle leçon pour les autres gouvernements européens. Si on voulait résumer ce qui s’est passé en Grèce depuis six mois, il suffit de décortiquer une équation très simple.

Le gouvernement grec a fait une campagne sur le thème de la rupture avec la politique menée jusqu’alors. Il a été élu en promettant de condamner tout ce qui touche à l’euro, à son statut, à ses institutions.

Une fois élu, ce gouvernement n’a pas organisé la rupture, il a fait le tour des capitales européennes qui ont toutes refusé une aide. Le gouvernement grec s’est donc couché en acceptant des compromis pour pouvoir survivre. Mais une fois rentré à Athènes, le Premier ministre et son ministre de l’Economie ont ressorti leur scénario de rupture pour éviter de se faire lyncher. Bien ! Mais ils se retrouvaient en faillite donc ils repartaient voir les banquiers au lieu de rompre comme ils l’avaient annoncé.

La semaine dernière, c’est Angela Merkel elle-même qui a, pour des raisons politiques, sifflé la fin des hostilités en invitant le Premier ministre grec à trouver un compromis. L’Allemagne et l’ensemble de la zone euro étaient prêts à transiger, à condition que la Grèce s’engage à rembourser ses dettes.

A partir de là, tout était négociable : le montant de la dette, le calendrier, les modalités et même les réformes structurelles à présenter. Pendant le week-end, Alexis Tsipras s’est présenté devant sa majorité qui lui rappelle qu’il s’est engagé à obtenir l’abandon du remboursement de la dette. La situation impossible et sa copie refusée à Bruxelles.

Personne ne voit comment cette affaire va se terminer. Ou bien les Grecs acceptent le compromis ou bien le gouvernement s’entête et devra démissionner. Tout cela administre une terrible leçon aux grands démocrates qui gouvernent la planète et qui souhaitent avec raison que la démocratie soit un modèle d’organisation universelle. Une leçon en trois points.

Tout d’abord, un gouvernement qui fait campagne sur un scénario de rupture doit avoir le courage, une fois élu de provoquer la rupture. Sinon, le peuple se sent trahi, c’est ce qui s’est passé à Athènes mais c’est aussi ce qui s’est passé en France. Le peuple de gauche se sent trahi par François Hollande qui a été dans l’incapacité de délivrer les promesses de campagne.

Ensuite, un gouvernement élu sur un scénario de rupture et qui change de position par réalisme se doit de l’expliquer clairement à sa majorité. Il doit trouver des justifications qui vont lui permettre de ne pas faire ce qu’il avait dit qu’il ferait. François Hollande a attendu deux ans pour raconter la vérité économique à ses troupes. Il a attendu trop longtemps.

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Enfin, la démocratie peut amortir le mensonge politique en période de croissance. La croissance permet de payer les chèques qui ont été tirés. Mais en période de crise, la démocratie n’accepte pas les mensonges parce qu’elle ne peut pas acheter ses électeurs. Il faut donc faire campagne sur la vérité d’une situation réelle et sur des difficultés. Du rêve oui, pourquoi pas, à condition de dire comment il sera payé.

Conclusion, une campagne de rupture, une campagne démagogique ou populiste mène les gouvernants au désastre. En revanche, une campagne de vérité appelle des hommes politiques très forts et très respectés. Irréprochables.

Il y a peu d’exemples dans l’histoire, Pierre Mendes France, le général de Gaulle, Winston Churchill ou encore Margareth Thatcher. L’Europe toute entière ne compte plus les donneurs de leçons, mais elle manque cruellement de responsables politiques qui diraient la vérité.