L’économie chinoise ne redémarre pas aussi vite que ce que ses dirigeants affirment. Ou bien ils ne savent pas, ou bien ils mentent. Mais pourquoi ?

La situation chinoise est loin d’être aussi claire que ce que les dirigeants chinois ont voulu montré. L’épidémie n’a pas été éradiquée partout, le confinement n’est pas levé et les usines n’ont pas toutes redémarré.

Il y a un problème évident avec les informations qui viennent de Chine. Les bonnes nouvelles remontent et circulent très vite. Les mauvaises restent planquées et sortent au compte-goutte.

Le problème, c’est que l’Occident a très peu de preuves de ce décalage entre la réalité telle qu‘elle est et celle qui est communiquée.

Cela dit, quand on sait que les entreprises étrangères installées à Wuhan n‘ont pas repris leur cadence de production. Quand on attend avec beaucoup d’impatience les livraisons de produits médicaux qui ont été commandés, que ces livraisons n’arrivent pas en bon état (le cas des masques par exemple) ou quand les acheteurs occidentaux ont du mal à contacter leur correspondant chinois. Quand on sait par les Chinois eux-mêmes que la consommation locale n’a pas repris ce qui jette un coup de froid sur la production. Quand on apprend par les réseaux sociaux que la population est parfois au bord de la colère dans certaines régions et refuse d’aller travailler parce qu’elle estime que les garanties sanitaires ne sont pas suffisantes...les questions se bousculent pour connaître la réalité de la situation.

1er point : il est à peu près évident maintenant que les Chinois ont pris au départ un mois de retard pour reconnaitre la gravité de l’épidémie. On a dû cacher au pouvoir central, ce que les médecins de Wuhan avaient découvert. Et pendant ce mois là, on estime que plus de 7 millions de chinois ont circulé en Chine et ailleurs et qu’ils ont porté avec eux un virus sans même le savoir ;

2e point : le confinement total est une chose, mais il est vraisemblable qu’il y a eu en Chine plus de morts que ce que les autorités ont affirmé. A la fin de ce mois de mars, le nombre de victimes du Coronavirus en Europe fait peur : plus de 11 000 en Italie, 8 000 en Espagne, 2 600 en France. Aux Etats-Unis, le nombre de contaminés s’élève à 143 000 contre 82 000 pour la Chine, alors que la Chine est le pays le plus peuplé du monde. C’est donc très étrange.

La Chine aurait donc un systeme de soins de meilleur qualité qu’en Occident ou alors le gouvernement aurait mieux agi pour le bien de sa population. A moins qu’il ne se soit trompé dans les statistiques, c’est ce que laisse entrendre les réseaux sociaux locaux.

3e point : l’activité économique n’a absolument pas retrouvé son niveau habituel. L’activité est en reprise certes, ce qui veut dire qu’en réalité, elle est meilleure qu’à la fin février où tout était arrêté.

 

Le problème de l‘économie chinoise aujourd’hui est très simple. Il y a un scénario très noir et très cynique qui circule dans certains milieux d’affaires et qui revient à expliquer que cette pandémie rend service au pouvoir chinois, parce qu’elle permettrait à Pékin d’asseoir un pouvoir total sur le monde entier. Mais ce scénario qui partirait de l'idée que la Chine, n’ayant pas le potentiel militaire pour affronter les Etats-Unis de Donald Trump, aurait finalement opté pour cette guerre bactériologique et pandémique, ne tient pas la route. La Chine va avoir besoin, demain comme hier, de l’Occident et réciproquement. Cette épidémie comme toutes celles qui dans l’histoire sont parties d’Asie, la dépasse et lui fait autant de mal qu’aux autres. L’idée que cette épreuve donne au pouvoir central, l’occasion de renforcer encore davantage son emprise sur la population, paraît peu crédible. La Chine est certes structurellement et culturellement une organisation autoritaire, mais la Chine moderne a des contre-pouvoirs et les dirigeants chinois doivent tenir compte de leur opinion publique.

Bref, les dirigeants chinois doivent régler trois questions qui hypothèquent l‘évolution du pays.

D’abord, ils doivent remettre la population au travail qui traine des pieds et se méfie des conditions du confinement. Nous ne sommes pas en Corée du Sud qui a réussi à isoler les malades, contagieux des personnes saines et fragiles en attendant de trouver le médicament ou le vaccin. Il n’est pas sûr que le contrat de confiance qui lie le pouvoir central à son peuple n’ait pas été fissuré par la façon dont cette crise a été gérée. La Chine est peut-être aujourd’hui dans la même situation que l’Union soviétique après Tchernobyl.

Ensuite, il faut que cette population retrouve l’envie de consommer comme avant. Ce qui n’est pas le cas.

Enfin, il faudrait que les clients occidentaux retrouvent leur équilibre et leurs dynamismes, ce qui est loin d’être le cas. Les Chinois sont certes en concurrence avec l’Occident pour exercer une hégémonie économique sur le monde, mais pour y parvenir, elle a besoin de clients solvables qui sont pour l’instant à genoux. Notamment les américains.

 

La solution la plus responsable et la plus efficace passe par la transparence de linformation... on en est loin. Elle passe aussi par la coopération internationale au niveau de la recherche du virus, et des traitements et là, le comportement des chinois a complètement changé par rapport à ce qu’il était lors des précédentes épidémies. Les scientifiques, les experts et les médecins chinois collaborent et échangent les informations. La Chine a pris du retard pour reconnaître que le virus est parti de chez elle, mais dès qu‘elle a reconnu l’épidémie, on a connu l’identité du virus, « la carte du génome », et les experts de Wuhan ont communiqué l’information scientifique, ce qui a permis aux laboratoires du monde entier de se mettre au travail. Pour la communauté scientifique internationale c’est le signe que les autorités chinoises veulent sans doute trouver une solution (traitement et vaccins) et vite.

On ne rappellera jamais assez que les chercheurs français qui ont découvert l’identité du virus du Sida ont mis plus de 8 ans à établir une carte d’identité génétique. Et les laboratoires pharmaceutiques ont mis presque 10 ans à mettre au point un traitement. A noter qu on n’a toujours pas de vaccin contre le Sida et que cette maladie a fait à ce jour 37 millions de morts dans le monde. Soit presque 3 millions par an.