L’économie française va mieux, oui mais c’est un trompe l’oeil

Tous les facteurs de changements existent et sont perceptibles mais ils ne doivent rien à l’action du gouvernement.

La croissance est un peu plus ferme c’est vrai, le chômage a légèrement baissé en janvier c’est vrai. Les investisseurs ont tendance à retrouver la route de la France, c’est vrai. Mais les actions de François Hollande et de son gouvernement sont complètement étrangères à ce mouvement.

Aucune des réformes de structure qu’il aurait fallu faire ont été entamées. La seule réalisation est très modeste, elle est contenu dans le pacte de compétitivité et la loi Macron qui a tendance à libérer les entreprises de quelques carcans. Mais sur l’essentiel, c’est-à-dire la réforme du droit du travail, la réforme fiscale pour encourager l’investissement industriel et la baisse des dépenses de l’Etat et des collectivités locales, il ne s’est rien passé de sérieux. Et il ne se passera rien puisque le Président a déclaré qu’il ne changerait rien, ni sa politique, ni son gouvernement.

Remarquez, il faut se mettre à sa place : il ne fait rien mais la situation a l’air d’évoluer favorablement sans qu’il y touche. Que demander de mieux ?

Maintenant, il va arriver un jour où l’électeur va bien s’apercevoir que si la situation s’améliore un peu sans que le Président en soit responsable, il va s’apercevoir que le Président ne sert à rien. Plus grave, son inaction et sa passivité freine le mouvement.

Le mouvement de redressement est imputable à trois séries de facteurs qui sont complètement exogènes au système français.

Tout d’abord ceux qui sont à l’origine du syndrome des fourmis. Quand un homme ne bouge pas, il a des fourmis dans les pieds. Les acteurs de l’économie sont pareils. Ils bougent un peu parce qu’ils ont des fourmis dans les pieds. Ils ont des stocks à reconstituer, ils ont du matériel à changer sinon ils ne vont plus travailler. Mais pas question de s’agrandir et d’embaucher ou même de lancer une nouvelle activité.

Ensuite, la fatigue des boucs émissaires. Ces derniers ne peuvent plus porter le chapeau de nos difficultés, et pour cause, la Commission européenne est adoubée par un nouveau parlement, donc elle est plus légitime. La BCE vient de consentir un énorme effort de mise à disposition des économies de la zone euro. Ce qui, théoriquement, devrait permettre d’avoir du carburant dans le réservoir.

Enfin, une conjonction de vents favorables à la reprise. L’euro s’est affaibli à la hauteur du dollar, l’argent se prête à taux zéro ou presque et le pétrole a baissé de 50% depuis un an. Toutes ces données sont autant de vents porteurs de compétitivité.

Le gouvernement Français est completement étranger à la mise en route de ces trois séries de facteurs. Tous ces facteurs touchent l’ensemble de l’Europe. Cette météo est européenne.

Tout se passe comme si la France, embarquée sur la zone euro comme sur un porte avion, profitait des moteurs du porte avion. Parce qu’en Europe, il n’y a pas que l’Allemagne qui marche mieux, il y a aussi tous les pays du Sud qui ont mis en place des plans de redressement et d’assainissement budgétaire.

Ces plans ont été très douloureux, la France ne s’est pas privée de refuser de tels médicaments. Mais aujourd’hui le climat va globalement mieux. Le retour des investisseurs étrangers, et notamment américains, dont la France se vante est un retour en Europe. Les fonds américains par exemple considèrent que les valeurs US sont trop élevées : ils viennent donc en Europe.

Cette situation est favorable pour le pouvoir politique. Il est dispensé du moindre effort de réforme et par conséquent du moindre risque. Cependant, cette posture tient à deux conditions.

La première, c’est que nous respections les règles de fonctionnement de la zone euro. C’est la zone euro qui nous apporte les vents portants. Nous devons donc supporter la règle. Ce que la France essaie de faire avec difficulté, sur la maitrise des dépenses publiques.

La deuxième condition serait que nous promettions de faire les réformes structurelles sur la retraite, le travail et l’impôt. Donc nous promettons. Personne n’est dupe. Le résultat c’est que l’anticyclone qui domine l’économie européenne n’a, en France, que des effets à la marge. Faute d’avoir fait ce qu’il aurait fallu faire comme réformes, notre croissance sera plus faible. Notre chômage sera plus lourd et notre endettement sera plus pressant. L’amélioration de la situation française est un trompe-l’œil.