L’économie sort de son coma artificiel mais la convalescence va être très longue et dangereuse.

Commerces de nouveau ouverts et liberté de circuler quasi-restaurée, l’idée est bien évidemment de remettre la France au travail. L’Etat ne pourra pas arrêter ses perfusions du jour au lendemain, il va devoir investir dans certaines entreprises pour éviter la faillite, à commencer dans les entreprises de tourisme.

Alors que les opérations de déconfinement ont commencé, cette semaine a été marquée par deux évènements qui résument ce qui nous attend :

En début de semaine, le gouverneur de la Banque de France a fait savoir que l’activité avait encore baissé de 30% en avril, c’est à dire autant qu‘en mars, ce qui veut dire que mécaniquement, l’économie française a perdu 6 points de croissance entre le mois de mars et avril. 6 % de croissance sur un mois. Les mêmes experts pensent que sur l’année, le PIB sera à moins 10%.

En fin de semaine, à l’issue d’une réunion de crise avec les industriels du tourisme, Edouard Philippe annonce qu‘il va falloir aider toutes les entreprises du secteur et qu’il en coutera dans un premier temps 18 milliards d’euros. Les Français pourront partir en vacances mais en France seulement. Le secteur va se remettre sur pied mais ce sera long. Il faudra aussi aider le secteur aérien, Air France, l’aéronautique avec Airbus et toute la filière automobile.

Quelle semaine ! Les uns fêtent le déconfinement en abusant un peu des apéros en plein air avec les copains, d’autres pleurent sur leur bilan vidé de tous ses clients.

L’économie s’est retrouvée anesthésiée, comme si on l’avait mise en coma artificiel.

Les entreprises se sont retrouvées à l’arrêt complet. Pas de commerce de détail sauf l’alimentaire, pas de commerce extérieur, pas d’investissement, pas de consommation donc pas de chiffre d’affaires. 55 jours plus tard, l’exercice de déconfinement s’avère des plus  délicat puisqu’il s’agit de faire repartir l’économie sans réveiller la bête, c’est à dire le Covid 19.

 

Si on peut critiquer le gouvernement sur la gestion de la crise sanitaire, sur les masques, les tests, il est beaucoup moins critiquable sur la gestion de la crise économique et sociale. Il a mis le paquet et il y a assez peu de gouvernements qui ont mis autant d’argent dans le système pour que le système ne s’autodétruise pas.

Pour l’instant, l‘Etat a fait en sorte que l’économie ne s’effondre pas, ni pendant le confinement, ni pendant la réouverture progressive.

Les perfusions ont été nombreuses. Des prêts garantis, du chômage partiel, des aides directes aux indépendants, aux petits artisans et maintenant des annulations de charges.

L’Etat n’a pas eu peur de creuser le déficit, dans un moment où les recettes fiscales sont beaucoup moins nombreuses à rentrer : moins d’impôts et de taxes, ni charges. Le déficit public devrait monter à 180 milliards d’euros auquel il faudra ajouter le déficit de la sécurité sociale, celui de la SNCF et à la RATP.

Et c’est bien la raison pour laquelle il fallait redémarrer et on voit combien ce redémarrage est difficile et risqué. Une partie de la France piaffait d’impatience, mais une autre partie hésite à mettre le nez dehors, surtout s’il s’agit de reprendre les transports en commun. Pour beaucoup, ça craint. D’où l’angoisse, la défiance. Mais on ne pouvait pas imaginer rester confiné indéfiniment.

 

Les perfusions de l’Etat vont donc perdurer, maintenant de façon plus ciblée, ce qui reprend exactement le schéma de 2008.

Premier temps, on aide à maintenir les entreprises en vie et à se réveiller. Il va falloir investir pour s’adapter aux nouvelles conditions de vie, et appliquer les normes sanitaires. Ce qui demande des ressources, en termes d’argent, de temps ou de personnel.

C’est ce qui va se passer dans les transports ou la restauration, pour respecter les gestes barrières, où l’on va espacer les clients, avec nécessairement des recettes divisées par deux, ou des plages de travail plus longues. Aujourd’hui, il faut remettre tout en route dans des conditions sanitaires très strictes. C’est le cas de l’école et des transports en commun, des centres commerciaux, des grands magasins. Des usines aussi, et on voit avec la fermeture de l’usine de Renault-Sandouville que la mise en place de ces mesures n’est pas si simple.

Une entreprise n’a généralement pas les capitaux pour cela puisqu’elle s’est développée sur des coûts moindres. Elle doit donc revoir son modèle ou augmenter les prix. C’est à dire prendre le risque de perdre ses clients avant même qu‘ils ne soient revenus.

 

Deuxième temps, on va remuscler l’entreprise pour s’assurer un avenir. Ce qui va être le cas pour Renault, Fnac Darty, CMA CGM qui ont obtenu des prêts garantis par l’Etat qui vont leur assurer de disposer d’une trésorerie suffisante. Et leur permettre de saisir les opportunités de reprise de l’économie. Il ne faudra pas par exemple que Renault prenne du retard dans le développement de la voiture connectée. Il faut donc continuer d’investir pour continuer la R&D.

 

Quant à la question de savoir combien de temps va durer cette convalescence, tout dépendra d’abord de l’évolution de l’épidémie, et d’une potentielle seconde vague avec reconfinement à la clé.

On va donc, pendant quelques semaines, vivre ainsi au ralenti en régime de semi-liberté en vérifiant ce qui se passe du côté du virus, des admissions en hôpital. Et si la situation ne se dégrade pas, on élargira le déconfinement au début du mois de juin, en ouvrant, il faut l’espérer, les cafés, hôtels et restaurants...peut être les salles de spectacle et de cinéma.

 

En attendant, il faut se reposer sur ce que l’on a.

D’abord, les infrastructures, les systèmes de production sont aussi nombreux qu’avant.

Les appareils de production ont été arrêtés, ils n’ont pas été détruits. Les trains, les avions et les bateaux ne sont pas en panne, ils sont même en général en maintenance pour rester rapidement mobilisables.

Ensuite, il y a tout l’argent mis en circulation, par l’Etat ou la banque centrale. Tous les salariés au chômage partiel ont dépensé assez peu d’argent. L’épargne est montée en flèche, 60 milliards d’euros qui n’ont pas été dépensés pendant les 55 jours d’enfermement. Il faudra qu’une partie soit consommée. Les banques ne manquent pas d’argent pour accorder des crédits.

Donc les facteurs de croissance et de rebond sont là.

On peut aussi parler du monde d’après qui ne sera sans doute pas très différent du monde d’avant parce on ne relocalise pas autant qu’on le voudrait, ne serait-ce que pour des questions de prix de revient. Ou parce qu’on ne changera pas radicalement l’organisation du travail. Le télétravail, c’est bien. Il y aura peut-être moins de déplacements à l’avenir mais autant de communication.Les Français plébiscitent cette forme d’activité qui leur permet de resserrer des liens familiaux, de rêver aussi d’habiter à la campagne ; mais qu’en sera-t-il dans six mois ? Le besoin d’avoir des relations sociales plus larges que celles qui seraient réduites au cercle familial reprendra de sa valeur.

S’il n’y avait que deux grandes réformes qu’il faudrait initier urgemment, la première porterait la refonte du modèle social parce que la crise a montré que celui dont on a hérité est usé jusqu'à l’os par la confrontation des intérêts corporatistes et d’appareils. La seconde devrait imaginer une reconstruction européenne avec des solidarités plus résilientes. On peut rêver un peu.