L’effacement relatif devenu absolu : la semaine où François Hollande est devenu invisible et inaudible

La semaine du président a encore été compliquée. Il a beau parler et agir, personne ne l’écoute plus. Mardi dernier, il donne une interview à France Info… Et personne ne se souvient de ce qu’il a annoncé. Jeudi, il adresse un projet de relance en Europe de 1000 milliards, aucune réaction. Vendredi sommet pour désigner le président de la Commission, c’est Matteo Renzi et Angela Merkel qui font le job… Un effacement que l’on pourrait encore tolérer s’il n’était que relatif, mais qui devient préoccupant dans les proportions actuelles.

La semaine du président a encore été compliquée. Il a beau parler et agir, personne ne l’écoute plus. Mardi dernier, il donne une interview à France Info… Et personne ne se souvient de ce qu’il a annoncé. Jeudi, il adresse un projet de relance en Europe de 1000 milliards, aucune réaction. Vendredi sommet pour désigner le président de la Commission, c’est Matteo Renzi et Angela Merkel qui font le job… Un effacement que l’on pourrait encore tolérer s’il n’était que relatif, mais qui devient préoccupant dans les proportions actuelles.

Où est passé François Hollande ? La semaine a été effectivement difficile. L’interview donnée à France info n’a pas fait des records d’audience, ni de buzz. Cette interview est passée inaperçue. Peu de réactions et pratiquement pas de commentaires dans la presse sauf que le président de la République a essayé de défendre les intermittents du spectacle pour  qu’ils ne perturbent pas la saison des festivals. Cette absence de résonnance est terrible pour lui, d’abord parce que si le président de la République parle sur une radio nationale, c’est pour être entendu. C’est un exercice de communication politique qui devrait être rare et fort. Ensuite, il devait lancer une opération sur le thème de « la France s’engage » qui est un bon concept, qui aurait dû être mobilisateur. Tout est tombé à l’eau, on ne retient que l’engagement nécessaire en faveur des intermittents. L’opinion ne suivra pas. Elle considère dans sa majorité que les intermittents jouissent d’un statut  privilégié par rapport aux autres travailleurs. ..

Le lendemain, le président de la République prend l’initiative de proposer aux chefs d’Etats et de gouvernement un plan de relance de 1 000 milliards d’euros, ce qui n’est pas rien ; cette lettre n’a provoqué aucune réaction, aucun commentaire, pas même chez ses amis de la majorité qui restent très keynésiens et qui s’opposent à Manuel Valls à propos du pacte de compétitivité. C’est à croire que le présent de la République et le Premier ministre ne gouvernent pas le même pays.

La désignation du président de la Commission européenne ont été terrifiantes. Le sommet européen a été dominé par la colère et le chantage de David Cameron qui ne voulait pas du Premier ministre luxembourgeois, mais que finalement il lui faudra supporter.

Ce sommet a été dominé par le dialogue assez musclé entre Matteo Renzi le président du conseil italien et Angela Merkel. Ce dialogue a été très simple. Matteo Renzi a dit à la chancelière que si l’Allemagne voulait continuer à vendre des Mercedes et des Audi aux Italiens, il fallait allonger un peu les lignes de crédit. Matteo Renzi  été écouté dans la mesure où il a présenté un business plan de l’entreprise italienne qui inspire confiance. C’est toute la différence entre l’Italie et la France. L’Italie a commencé a ranger sa chambre. La France continue de vivre dans le désordre budgétaire et fiscal. Et s’y complait.

En politique intérieure, le président de la République a été très absent. Il laisse Manuel Valls  acheter des voix socialistes pour conforter une majorité alors qu’il faudrait que le président l’appui dans sa menace à peine voilée de dissoudre l’Assemblée.

Au chapitre économique, l’Elysée a obtenu gain de cause dans l’affaire Alstom qui va donc s’allier à General Electric. Les experts les plus sérieux considèrent qu’il n’y avait pas d’autres solutions. Tous les experts, sauf Arnaud Montebourg qui rêvait de constituer un groupe européen. Politiquement ça lui semblait plus glorieux, mais il a fallu qu’il se rende à l’évidence, c’était impossible. Il aurait, sur cette affaire et sur d’autres, menacé de démissionner du gouvernement.

Pour calmer le jeu, l’Elysée a accepté qu’il pose un certain nombre de conditions à l’accord avec General Electric. Dans la foulée, c’est lui qui a présenté le deal, c’est lui qui s’en est attribué le bénéfice sur tous les plateaux de télévision. Bravo l’artiste parce que c’est l’Elysée qui avait fait le boulot.  Mais passons. Pour Arnaud Montebourg et pour beaucoup de députés socialistes le président de la République est devenu un problème.

Alors pourquoi, François Hollande est-il devenu aussi inaudible ? C’est-à-dire aussi peu écouté et respecté. Sans doute pour trois raisons.

La premières raison, c’est que la France n’a pas rangé « sa chambre ». La France a promis de le faire mais elle montre tous les jours qu’elle en est incapable et en plus pas très envie. La France est un pays qui a vécu au-dessus de ses moyens et qui continue dans des structures administratives lourdes et archaïques. La différence de légitimité entre Matteo Renzi et François Hollande, qui a éclaté au grand jour lors du dernier sommet européen, vient de là. Le Premier ministre italien a repris la ligne éditoriale qu’avait engagée Mario Monti.

L’Italie face à ses banquiers et face aux Allemands est en mesure de prouver qu’elle a pris les moyens de se redresser. La France ne l’a pas fait et continue de donner des leçons aux autres. L’Europe est une copropriété dans laquelle la France ne paie pas ses charges, a mis l’ascenseur en panne et ne veut pas le réparer, et en plus certains enfants  font du bruit la nuit. Quant aux parents ils pêchent tous les jours par arrogance.

Donc pour être écouté, il faut être irréprochable. Exemplaire même. François Hollande n’est pas un souverain exemplaire.

La deuxième raison est qu’il a découragé ses troupes qui ont le sentiment d’avoir été trahies. Il est parti en campagne électorale sur un programme de promesses irréalisables. Il a attendu deux ans pour reconnaitre qu’il lui fallait faire une autre politique. Il a annoncé cette autre politique, il a nommé un nouveau Premier ministre pour l’appliquer, mais rien ne se fait. Le pacte de compétitivité se résume jusqu’alors à une profession de foi pour des fidèles  qui n’y croient plus. François Hollande peut prêcher à la radio, les paroissiens ne l’entendent pas. Il peut écrire aux chefs d’Etats et de gouvernement, ils ne vont pas changer leurs agendas. Etc. etc…

Pour être crédible et écouté, il faut faire ce qu’on dit et dire ce qu’on va faire. Dans une entreprise, le chef reste chef tant qu’il délivre des résultats. Dans n’importe quelle entreprise.  François Hollande n’a pas fait ce qu’il a dit qu’il ferait et plus il n’a pas délivré les résultats.

La troisième raison est de loin la plus importante. François Hollande n’a toujours pas inscrit la politique économique française dans la réalité du monde tel qu’il est. C’est tout simple, mais c’est une évidence.

D’abord, la France est sans doute le pays qui nourrit le plus d’appréhensions à l’égard de la mondialisation c’est incroyable, c’est même inacceptable dans un pays moderne.  Mais c’est vrai. La mondialisation est vécue comme un vecteur de chômage, alors qu’elle est porteuse de richesse et de progrès. Ceux qui croient à la mondialisation n’ont qu’une solution, s’expatrier, ce que font aujourd hui massivement les jeunes diplômés.

Ensuite, la France n’aime pas la concurrence. Elle aime les rentes de situation, les avantages acquis et immuables, les statuts, les organisations pyramidales alors que le digital impose le fonctionnement en réseau. Sociologiquement, le nombre de Français qui vivent de revenus de redistributions sont plus nombreux que ceux qui vivent de revenus de production. Dans ces conditions, les fonctionnaires, les rentiers du capital,  les retraités et les demandeurs d’emplois forment une majorité qui ne plaide pas pour la concurrence. La concurrence leur fait peur alors qu’elle est porteuse de progrès.

Enfin, la France est sans doute le seul pays au monde à avoir inscrit dans sa Constitution, le principe de précaution. Et cela pour faire plaisir à une minorité à la mode de gens qui veulent défendre un modèle ou la croissance ne serait plus la priorité.  La lutte contre le risque et le progrès technique est devenue une cause nationale. D’où les décisions aberrantes prises dans l’agriculture ou l’énergie. Dans ces conditions, on voit mal comment on serait innovant et créateurs de richesse. La France est un pays où culturellement on préfère la hausse nominale à la croissance en volume. Mieux vaut une croissance visuelle qu’une croissance réelle. Comme le monde aujourd hui a fait le choix d’une croissance réelle, cette croissance s’est déplacée dans les pays émergents qui en ont besoin. Normal, logique.

Le président de la République française a commencé à parler du bout des lèvres de compétitivité qui est quand même le nerf de la guerre ….

Mais pour le reste, il n’a jamais fait la pédagogie positive de la mondialisation, de la concurrence ou du progrès technologique.

Comment s’étonner qu’un responsable politique qui nie la réalité ne soit pas entendu. Et même plus écouté.