L’erreur : mais pourquoi Manuel Valls ne s’est-il pas présenté comme le véritable rénovateur de la gauche française ?

Beaucoup d’amis de Manuel Valls n’en reviennent pas. Celui qui a présenté sa candidature aux primaires n’est pas celui qu’ils connaissaient.

La déclaration de candidature de Manuel Valls, si léchée fut-elle, n’a pas fait d’éclats. Beaucoup de ses amis considèrent même que c’est un échec.

Tout était trop préparé. Le lieu, oui à la rigueur. Ivry après tout c’est son fief… mais le décor avec ces figurants sinistres qui voulaient montrer une France diversifiée et colorée, ça sentait le marketing politique. Les parents, les enfants et Madame Valls, on se serait cru au début de la Ve république.

Quant au slogan de campagne, « faire gagner ce qui nous rassemble », qui peut avoir eu l’idée de choisir un tel mot d’ordre aussi angélique, naïf et risible ? Quel est le conseiller en communication/auteur qui a pu accoucher d’’une telle banalité, au demeurant assez prétentieuse ?

Le problème, c’est que ce packaging marketing a été conçu à partir de la partition éditoriale que l’ancien Premier ministre veut jouer pour rassembler. Or c’est cette ligne politique qui va l’envoyer dans le mur.

En bref, Manuel Valls a présenté une « intention » de gauche, avec un bilan de gauche, et des projets de gauche. Manuel Valls a déployé des tonnes d’efforts rhétoriques pour faire croire à ses adversaires de la gauche aux primaires qu’il les avait compris. Il a dit à Arnaud (Montebourg) et à Benoît (Hamon) qu’ils avaient, en fait, raison de gémir sur les malheurs des Français, leur misère, le chômage. Tout cela ressemble à des larmes de crocodiles ou de dinosaures de la politique. Il a dit et répété que c’était injuste, que la mondialisation était injuste. Bref, il a enfilé les perles de la gauche des frondeurs, des grincheux, des frustrés et des laissés pour compte.

Il a fait cela parce qu’on lui a expliqué que pour être élu, il fallait rassembler la gauche. Il a fait cela aussi parce qu’il avait auparavant expliqué à François Hollande qu’il n’était plus capable de rassembler et qu’il fallait donc passer la main.

L’électeur à la primaire de gauche n’aura plus le choix qu’entre des vrais frondeurs de gauche et un ancien Premier ministre qui s’est grimé en frondeur alors qu’il a justement tout fait pendant sa carrière pour combattre les frondeurs.

Quelle erreur ! Les amis de Manuel Valls, ceux qui sont encore au PS et ceux qui sont à l’extérieur du PS ne l’ont pas reconnu dans sa déclaration de candidature. Les milieux d’affaires qui lui faisaient confiance pour organiser des réformes sans trop de drame sont également déçus.

Le vrai Manuel Valls, pour eux, celui a construit sa notoriété, qui a exercé son expertise politique, est un homme de progrès. Il a toujours parlé la langue du 21e siècle, celle de la révolution digitale, des opportunités de la mondialisation, de l’économie de marché… le vrai Manuel Valls est un rénovateur, un réformateur conscient des multiples petits privilèges qui ont asphyxié la société française, des lourdeurs administratives, des petites lâchetés politiques qui nourrissent les combinaisons entre amis.

La vrai Manuel Valls était rocardien, transgressif, responsable et investi d’une obligation de résultats, plus que de moyens.

Le vrai Manuel Valls était libéral comme le sont les gens de gauche, les vrais, c’est à dire attaché à la liberté individuelle dans tous les domaines à condition que ça ne perturbe pas les autres ou l’ordre public.

La vrai Manuel Valls n’était pas celui qui a présenté sa candidature à la primaire socialiste. D’où la déception.

Avec le vrai Manuel Valls, on aurait parlé vrai à des candidats dont on sait bien qu’ils ne parlent pas de la modernité mais qu’ils pratiquent la langue du siècle dernier. Arnaud Montebourg, Martine Aubry, Benoît Hamon et les autres parlent la langue du début du siècle dernier.

Personne ne les comprend et surtout pas les jeunes. Manuel Valls était écouté quand il parlait la langue d’aujourd’hui.

Maintenant celui qui est issu de la gauche et qui parle la langue de demain, c’est Emmanuel Macron. Il a choisi de se présenter directement à la présidentielle pour une seule raison : le parti socialiste n’existe plus. C’est une chambre d’enregistrement, ou un club de vieux dans leur tête, qui adoube simplement des chefs a condition qu’ils ne dérangent pas l’ordre établi. Du coup le peuple décroche.

La vraie vie est ailleurs

L’erreur de Valls aura été de tomber dans le conformisme. Si vite, si jeune. Incroyable.

L’intérêt de Valls était de se présenter pour ce qu‘il est, et fort de ce qu’il a fait et dit. Assumer tout, ne rien renier de ses intuitions et de ses convictions, dire haut et fort que le monde avait changé et que le Parti socialiste devait accompagner cette mutation.

L’intérêt de Valls aurait été de se présenter comme le candidat à la rénovation de la gauche française. C’était sa vocation, son ambition et son talent.

Faute de cet engagement, il est parti se fracasser sur le mur de l’orthodoxie du siècle dernier… Pour ceux qui croyaient en lui, c’est une catastrophe.

Emmanuel Macron a compris cela très vite. Dès qu’il est entré à l’Elysée, il a su que le système était sclérosé. Jusqu’à la semaine dernière, il pensait que Valls était capable de sortir du système. Maintenant, il sait qu’il devra un jour ou l’autre l’affronter.