L’État achète Renault pour faire plaisir à la gauche de la gauche

La gauche française ne doit pas aimer les entreprises qui réussissent. Alors que Renault se porte très bien, l’Etat français monte au capital. Il en possède depuis hier 20 %. On n’ose à peine croire que François Hollande veuille apporter une nationalisation partielle à ses amis au congrès du PS.

Ce qui est incroyable avec la gauche, c’est qu’elle ne peut pas s’empêcher de dérégler quelque chose qui marche. Elle ferait mieux de s’occuper de ce qui ne marche pas, mais elle en est incapable. Renault va mieux grâce à l’alliance avec Nissan, grâce au talent stratégique de Carlos Ghosn, grâce aussi à l’aide de l’Etat en 2009 mais remboursée depuis. Mais aussi grâce à une amélioration générale de la conjoncture du marché dont le constructeur a pu profiter avec une gamme renouvelée.

Plutôt que de le laisser vivre et prospérer, l’Etat français s’est mis en tête d’intervenir et de reprendre une place qu’il avait abandonnée, par incompétence d’ailleurs. L’Etat, s’est mis en position de faire la loi au conseil d’administration de RenaultL’agence des participations de l’Etat, a réussi à acquérir assez d’actions pour atteindre 19,79 % du capital. Soit 14 millions de titres.

Avec ses titres l’agence a l’intention de demander au conseil d’administration et à l’assemblée générale des actionnaires du 30 avril le bénéfice du vote double, ce qui lui donnerait en fait une majorité absolue des droits de vote. Donc un contrôle total sur la stratégie de l’entreprise : autant dire une nationalisation partielle certes.

Le pire, c’est que personne ne le relève pour s’y opposer. On n’ose pas imaginer que dans ses rêves les plus fous, François Hollande veuille offrir à la gauche de la gauche Renault sur le plateau du prochain congrès du PS, ce n’est pas possible.

Cette opération a mis en émoi la communauté financière et internationale, les actionnaires de Nissan et Carlos Ghosn. Cette offensive de l’Etat français ne répond à aucune logique d’autant que l’Etat n’a pas d’argent et qu’il devrait plutôt vendre ses participations que d’en acheter des nouvelles.

La seule raison serait juridique, mais elle inquiète l’ensemble de la communauté des affaires. L’agence des participations de l’Etat a fait un communiqué hier en disant que : « cette opération marque à la fois la volonté de l’Etat de défendre ses intérêts en tant qu’actionnaire, en pesant en faveur de l’instauration du droit de vote double dans la gouvernance de Renault  et le caractère stratégique qu’il attache à sa participation au capital de cette grande entreprise industrielle. Le gouvernement est et sera attentif à exercer son influence dans le respect des équilibres de l’Alliance avec Nissan tels qu’ils ont été définis à sa fondation, et en soutien de l’engagement de Carlos Ghosn pour pérenniser et approfondir cette Alliance. En cohérence avec ses objectifs, la montée de l’Etat au capital de Renault n’est que temporaire. Elle ne préfigure en aucun cas un mouvement durable à la hausse ou à la baisse sur sa participation au capital de l’entreprise. »

Quel jargon politico-administratif ! Faut-il être pervers pour accoucher d’une telle littérature. Le communiqué de l’Etat dit tout, suggère tout et son contraire.

En gros, on peut lire que l’Etat arrive parce qu’il y a un risque de déstabilisation de Renault, première nouvelle. On soupçonne donc Nissan de faire cavalier seule. On oublie que c’est Nissan qui a sauvé Renault et qu’aujourd’hui encore, c’est Nissan qui apporte l’essentiel du chiffre d’affaires et des profits à l’Alliance.

On peut lire aussi que l’Etat demande les droits de vote double ce qui est contraire aux usages en Grande-Bretagne, au Japon… Pourquoi ? Comment ? Le fait du prince. On peut lire enfin que ce n’est pas fini, l’Etat peut se retirer ou au contraire grossir au capital. Bref, c’est n’importe quoi.

La réalité d’un tel imbroglio est beaucoup plus politique. L’Etat se donne les moyens pour que Renault respecte l’application de la loi Florange. Cette loi votée en Mars 2014 interdit les fermetures d’usines industrielles dès lors qu’elles sont rentables et oblige l’entreprise à remplir certaines contraintes administratives un peu plus compliquées qu’avant. Le résultat de tout cela est désastreux.

Désastreux pour la direction et pour Carlos Ghosn soupçonné de ne pas jouer le jeu de la France alors que son intérêt est de protéger sa base française.

Désastreux pour les salariés qui étaient rassurés par les commandes et l’accord signé l’année dernière et auquel on vient instiller l’idée que si l’Etat n’est pas là, Renault peut avoir l’intention de délocaliser certaines fabrications.

Désastreux pour les actionnaires qui se disent que décidément en France, il ne faut pas investir parce que le terrain est miné.

Le terrain sera de plus en plus miné. Parce que s’il faut donner des gages politiques à la gauche de la gauche et prendre le risque de fragiliser des entreprises qui sont en bonne santé, on va réussir à ruiner l’appareil industriel alors que le sujet serait plutôt de le renforcer.