L’euro baisse, les entreprises en profitent et le gouvernement fait croire qu’il a tout organisé

Le dollar n’a jamais été aussi haut depuis un mois et l’euro n’a jamais été aussi bas. La monnaie unique s’échangeait lundi à 1,098 dollar. D’ici la fin de la semaine, les traders mettent l’euro à égalité avec le dollar.

Cette affaire de parité entre le dollar et l’euro suscite autant de commentaires positifs que négatifs. Cela permet aux hommes politiques de dire tout et n’ importe quoi. « L’euro baisse enfin disent certains, c’est bien pour notre compétitivité, les exportations vont mieux se vendre ».

D’autres au contraire estiment que la baisse de l’euro « est le signe de l’affaiblissement de l’économie européenne, mieux vaut un euro fort qu’un euro faible. »

Alors qui croire ? Les deux thèses sont vraies mais pas au même moment. L’euro faible favorise une reprise si nous sommes placés sur les marchés internationaux. Un euro fort favorise les investissements ce qui nous permet de préparer l’avenir. La parité d’une monnaie traduit le choix que nous faisons collectivement entre le court et le long terme. Une monnaie faible profite à la génération actuelle. Une monnaie forte prépare le terrain pour la génération suivante, celle des enfants.

Les ministres malins ou habiles, et courageux politiquement, doivent profiter d’une baisse de la monnaie pour faire passer des réformes de structure un peu douloureuses qui permettront de renforcer l’économie pour plus tard.

Ce qui est bien avec François Hollande, c’est qu’il ne fait rien de tout cela. Il attend de profiter de la reprise des autres pour se relever. Parfois ça marche. Le plus souvent ça ne marche pas. Mais ça lui évite de rentrer dans un débat politique où il risque d’y laisser les quelques plumes qui lui restent. Donc il ne fait rien. L’euro baisse, les entreprises profitent de la situation et pendant ce temps, le gouvernement fait croire qu’il a tout organisé : après tout, si l’euro remonte on ajustera le discours en conséquence.

Revenons aux faits. Les statistiques économiques américaines assez médiocres sur la production industrielle et le moral des consommateurs avaient, depuis le début du mois de mai, plombé le dollar, permettant à l’euro de regrimper aux environs de 1,15 dollar.

Depuis la semaine dernière, les tendances se sont renversées, le dollar s’est redressé très vite et l’euro a plongé à tout près de 1 dollar et des poussières.

Pourquoi ? Tout simplement parce que les observateurs ont découvert qu’il y avait une légère reprise de l’inflation, ce qui pouvait préparer une normalisation de la politique monétaire et une remontée des taux d’intérêt.

Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale américaine, n’a pas démenti en laissant entendre que ça serait sans doute pour bientôt. Mais finalement, elle n’a donné aucune autre précision. L’hypothèse reste vague. Les spéculateurs adorent cette situation parce qu’elle les autorise à faire tout et son contraire. La spéculation gagne à la baisse comme à la hausse. Donc ce qui intéresse les financiers c’est l’instabilité.

Du coté de l’Europe, les marchés sont très préoccupés par les commentaires de la BCE annonçant une probable accélération avant l’été du montant et du rythme des achats d’actifs. Mario Draghi estime que l’état de l’économie européenne est bien meilleur aujourd’hui. Mais la désynchronisation entre la FED et la BCE, le manque de cohérence entre les pays de la zone euro, les menaces de la Grèce qui pourrait très probablement faire défaut le mois prochain, sans parler de la situation politique en Espagne ne favorise pas l’équilibre de la monnaie unique.

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Les économistes de l’entreprise sont beaucoup plus pragmatiques que leurs confrères qui ont les yeux braqués sur la macro-économie.

La baisse de l’euro ne fera pas de mal aux entreprises qui exportent à l’extérieur de la zone euro. Mais cela va forcément gêner ceux qui importent des matières premières, des fournitures industrielles et des produits de consommation. La France est fortement importatrice.

Si la baisse de l’euro renforce la compétitivité, elle ne change rien aux coûts de production. Or, nos principaux concurrents travaillent aussi en euro. La baisse des charges et des salaires est indispensable pour survivre à court terme mais elle conduit tout le monde à la ruine. Moralité, c’est à l’Europe de s’entendre et d’assurer la coordination de tout cela. L’industrie du bâtiment espagnole s’est redressée depuis un an sur le dos de la concurrence française.

La seule arme qui compte, c’est la compétitivité hors coût : l’inventivité, la qualité des produits et des services. Le monde entier achète des voitures allemandes haut gamme, non pas parce qu’elles sont moins chères. Le monde entier les achète parce qu’elles n’ont pas d’équivalents. On pourrait faire la même démonstration avec les produits de luxe français, le succès ne s’explique pas par le prix. L’avenir est donc aux produits à haute valeur ajoutée.

Les industriels n’ont pas besoin d’un euro fort ou faible. Ils ont besoin d’un euro stable. Tout l’effort doit donc porter sur la stabilisation des parités de changes. C’est un problème de coordination des politiques économiques. Depuis l’installation de l’euro, et en dépit des débats quasi religieux, il n’y a pas eu de crise monétaire entre le dollar et l’euro très grave. En revanche la stabilité monétaire implique une rigueur de gestion qui n’est pas forcement gravée dans la culture occidentale et latine. L’Europe va mal, mais pas à cause de l’euro. L’Europe va mal parce qu’elle est incapable de coordonner ses politiques économiques et budgétaires.

Aux Etats-Unis, les différents Etats n’ont pas ce problème. Ils ne sont pas tous à égalité devant la richesse et la croissance. Mais quand la Californie se retrouve en cessation de paiement, personne ne remet en cause l’existence du dollar ou fait appel au FMI. Il n’y a qu’en Europe où un feu de cheminée peut se transformer en catastrophe. L’Europe adore se faire peur, tantôt avec l’Italie qui ne paie pas ses charges ou avec la Grèce qui a choisi, elle, de ne pas percevoir l’impôt.