L'euro pour les nuls : quel flou sur le programme économique de Marine Le Pen!

L’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan permet à Marine Le Pen d’amender son programme économique, qui devient du coup complètement incohérent.

Marine Le Pen avait le choix entre la mort subite et violente, en proposant la sortie de l’euro, et la mort lente, en s’embarquant avec Nicolas Dupont-Aignan pour des négociations extrêmement tordues avec des partenaires européens qui ne sont demandeurs de rien. 

L’arrivée de Nicolas Dupont-Aignan est un cadeau pour le Front national, parce qu’elle a permis à Marine Le Pen de reprendre le dossier sur la sortie de l’euro et de noyer son projet de rupture dans une mécanique extrêmement floue, de laquelle on ne comprend qu‘une chose : elle repousse le plus loin possible la négociation afin que rien de change.

En fait, elle imagine maintenant vendre à nos partenaires européens le fait qu’il pourrait y avoir deux monnaies : une monnaie nationale pour acheter son pain, le franc, et une monnaie commune qui servirait aux entreprises comme instrument de transactions et de réserve pour le système bancaire.

L’instrument est terriblement compliqué. C’est un système qui existait au début de la réforme monétaire et qui a permis de mettre en place l’euro. On a connu les unités de comptes, ensuite on a enfermé les monnaies nationales dans un serpent puis on a transformé le serpent en euro. Marine Le Pen voudrait faire le chemin à l’envers.

Cet euro est le fruit du travail du Général de Gaulle qui trouva la France en faillite, changea le franc mais ne pouvait plus supporter les dévaluations intempestives qui minaient l’économie française, puis de Valery Giscard d’Estaing, Helmut Schmidt, Raymond Barre, et dernière étape par François Mitterrand, Helmut Kohl et Jacques Delors. L ‘euro est un produit de l’histoire. Ni de droite, ni de gauche. 

L’euro est l’outil mis en place pour permettre à l’Europe de se défendre du protectionnisme autodestructeur auquel tout le monde avait recours pour se défendre des chocs pétroliers à partir de 1974 ou des crises financières.

Le projet de Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen revient 50 ans en arrière. Mais peu importe, ce projet n’a pas vocation à être appliqué. Il n’a qu’un seul objectif : nettoyer le programme économique de Marine Le Pen d’une mesure complètement inapplicable et rejeté par 70 % des Français.

L’opinion publique est certes assez sensible au discours des extrémistes de droite et de gauche, mais s’il y a un détail du programme dont les français ne voulaient pas, c’était celui qui projetait la sortie de l’euro.

Pour élargir son électorat et gagner en crédibilité, il fallait que Marine Le Pen sorte de ce piège. Cela dit, elle en sort, mais à son détriment. Pour trois raisons.

1. le mécanisme d’évolution vers une monnaie commune est très flou. Il n’est plus question de referendum, mais de négociations dont les modalités, les objectifs et l’agenda prêtent à des désaccords entre les partenaires et même à l’intérieur du Front National. Ils doivent négocier avec les partenaires européens qui ne sont demandeurs de rien, ils n’ont pas de calendrier (entre 6 mois et plusieurs années) et ils n’ont pas de mandat précis. On voit mal les partenaires européens s’embarquer dans cette galère.

Le plus grave est que cette période de négociations alimentera une période d’incertitude qui bloquera toute décision d’investissement, sauf à inciter les détenteurs de richesses à mettre leurs actifs financiers à l’abri dans un pays protégé. La Suisse, la Belgique, l’Allemagne ou les Etats-Unis.

Le plus grave c’est que ces périodes d’incertitude font la fortune des changeurs d’argent et accroit la circulation en cash. Donc l’économie noire.

2. le mécanisme de cohabitation entre une monnaie nationale et une monnaie commune est très difficile à imaginer, sauf pour les banquiers, et à expliquer aux Français, sauf à dire qu’il y aurait très rapidement une monnaie pour les pauvres et une monnaie pour les riches. Parce que c’est ce qui se passera concrètement.

3. la création d’une double circulation enfin, et c’est invraisemblable, démonte et détruit toute la construction programmatique du Front national dans le domaine économique. 

La promesse de Marine Le Pen est de faire repartir l’économie française en retrouvant son indépendance et sa souveraineté. Cette promesse ne tenait que si elle récupérait le pouvoir monétaire. En reprenant la maitrise de sa monnaie, on pouvait imaginer une France qui regagne de la compétitivité par la dépréciation. L’impact du phénomène aurait été de courte durée, parce que la France risquait la crise cardiaque. Tout se bloquait. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les français veulent garder l’euro. L’euro protège.

Maintenant, si Marine Le Pen conserve l’euro, elle ne récupère pas son pouvoir monétaire, elle ne peut pas manipuler le taux de change, donc elle ne peut pas retrouver de compétitivité par l‘outil monétaire, elle doit retomber sur des outils plus classiques de l’offre. Il est évident qu’elle ne peut même plus toucher à la Banque centrale européenne. Considérée, il y a encore peu comme la cause de tous nos malheurs.

Parallèlement, elle ne peut plus promettre le protectionnisme, les taxes à l’importation, la préférence nationale dans les appels d’offres au profit des PME.

Ajoutons à cela que les promesses de fermetures des frontières sont impossibles, que les politiques agricoles ne pourront plus être réformées etc.…

Sauf à engager des négociations très compliquées qui aboutiront à une mort lente du système français parce que nos partenaires ne voudront jamais accepter un des convives qui se retrouve à la fois dedans et qui cherche à être dehors. 

Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan s’engagent sans le dire dans un rapport avec l’Europe dont ils veulent conserver tous les avantages sans en avoir les contraintes, c’est à dire respecter le code de la route. Et bien ça ne marchera pas. `

Une fois élue sur un contrat tellement ambigu, Marine Le Pen se retrouverait un peu comme Theresa May en Grande-Bretagne, coincée entre sa promesse de sortir de l’Europe sans pouvoir promettre que ça sera mieux.