L’idée d’un revenu universel se diffuse dans les programmes présidentiels

L’idée de distribuer à tout le monde un revenu mensuel sans contrepartie en travail est une idée, loin d’être idiote, qui fait de plus en plus d’adeptes. Explications.

Le gouvernement a fait demander des rapports dans tous les sens pour savoir si l’idée est plausible. Le dernier rapport en date vient d’être remis au Premier ministre et préconise l’instauration d’un revenu universel. Le résultat de toutes ces études est tellement positif qu’à gauche comme à droite on regarde la possibilité de l’inscrire dans les programmes présidentiels.

Cette idée qui consisterait à distribuer un revenu en argent à tout le monde sans aucune discrimination, pour lutter contre la misère et les inégalités est très vieille. Dans la Rome antique déjà, les citoyens qui ne travaillaient pas, fallait bien qu’ils vivent ! Ils recevaient une solde. Tout comme les Saoudiens qui reçoivent aujourd’hui encore du souverain, une allocation mensuelle dont le montant dépend de leur lien de parenté avec le roi… Le même système est appliqué dans la plupart des monarchies du Golfe.

L’idée d’un revenu universel avait été publiée dès le 18e siècle par les premiers libéraux et plus tard par les Marxistes. Plus récemment, Milton Friedman, le chef de file des monétaristes américains s’en était fait le chantre, considérant que la proposition aussi bizarre soit-elle, était parfaitement réalisable.

Maurice Allais, le premier Français à avoir décroché le prix Nobel défendait aussi la formule.

Plus récemment, tous ceux qui portent le revenu universel expliquent que la révolution numérique va permettre d’économiser du travail dans de grandes proportions. La productivité liée au digital est considérable. Beaucoup commencent à douter de la véracité prophétique de Joseph Schumpeter : « Sur la destruction créatrice ». Ça a été vrai tout au long de la révolution industrielle. On n’a pas la preuve aujourd’hui que les destructions de système et d’emplois par le digital créent autant d’emplois pour remplacer ceux qui ont disparu, mais on a des sérieux doutes. Le chômage structurel que nous vivons désormais est peut-être un chômage permanent. Il faudra donc que la productivité soit partagée par le plus grand nombre.

En revanche, tous les économistes de gauche qui travaillaient avec les socialistes étaient contre. L’auteur dont ils s’inspirent pour faire barrage à une telle idée est le célèbre JM Keynes qui voyait dans le salaire minimum l’instrument qui aurait encouragé les entreprises à baisser les salaires pour gagner en compétitivité.

Le salaire universel a déjà été testé ; au Canada entre 1968 et 1980 dans la ville de Kingston. Des tests ont également été faits aux Etats-Unis dans les années 1970. En Inde, une expérience réalisée à l’initiative de l’UNICEF est en cours d’application. En Suisse, la population sera consultée par référendum au mois de juin prochain.

En France, certains conseils généraux ont (ou vont) tenté l’expérience de redistribuer à tous les citoyens sans condition un RSA élargi.

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Alors,  pour être très clair,  il faut répondre à deux questions :

La première question est de savoir comment ça marche. Très simple, l’Etat ou le conseil général décide de distribuer (gratuitement) à chaque citoyen un revenu mensuel sans contrepartie de travail ou de service. La rente perpétuelle pour survivre.

Pour les défenseurs de cette idée, il s’agit de lutter contre la pauvreté, entraînée par le sous-emploi et contre le chômage qui détruit le tissu social. Selon les études réalisées sur la France, le revenu pourrait être de 700 à 1000 euros par mois et par personne. C’est-à-dire qu’on est légèrement au-dessus du seuil de pauvreté. Selon les chercheurs, à 700 euros, ce revenu n’est pas dissuasif de chercher du travail, ni même de travailler. Au-delà de 1000 euros, ça pourrait inciter ceux qui ont un petit boulot à le laisser.

Pas sûr disent les afficionados, parce que cela reste un revenu universel, versé quelle que soit la situation du bénéficiaire. Ça reviendrait à généraliser à tous le monde un RSA qui aurait le double de sa valeur actuelle. Donc ça n’est pas rien.

Pour les économistes marxistes c’est une mesure d’équité et de justice. Pour les libéraux ce serait un moteur de consommation.

La deuxième question est de savoir comment on pourrait financer une telle distribution. A 700 euros par personne (un peu moins pour les enfants et les adolescents), ça représenterait 560 milliards d’euros. Alors, où trouver une telle somme ? Pour les chercheurs en économie, il y a évidemment des solutions.

Le gouvernement peut augmenter la fiscalité, ce qui est politiquement impossible à faire passer.

Le gouvernement peut trouver un financement en supprimant toute une partie des allocations et des indemnités. Mais lesquelles ? La solution serait de les supprimer toutes dans la mesure où on verserait le revenu universel… Mais, là encore, c’est politiquement compliqué.

Le gouvernement pourrait taxer les chiffres d’affaires, mais ça revient à une hausse de la TVA.

Enfin, le gouvernement peut faire appel à la création monétaire. La banque centrale arrose bien l’économie comme jamais, elle parle même de la possibilité d’utiliser la monnaie hélicoptère, dans ces conditions pourquoi ne pas allouer un revenu à chaque citoyen ?

On n’oublie qu’une seule chose, la Banque centrale européenne ne peut fonctionner librement qu’avec l’accord de tous les pays de la zone euro.

Alors on pourrait imaginer une taxe Tobin à l’échelle de l’Europe ou du monde, mais manifestement, soyons sérieux, la question du financement n’est pas réglée.

Si en théorie, le rêve n’a pas de prix, en politique, le rêve finit toujours par présenter sa facture. Les réveils sont douloureux. On le voit.

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