L’immigration crée-t-elle du chômage?

Alors que les élections municipales ont offert un scénario et que l’extrême droite en tire bon profit, revenons sur son sujet phare en matière économique : « L’immigration entraîne le chômage »… C’est le refrain perpétuel de l’extrême-droite pour justifier son aversion envers l’immigration et de surcroît les étrangers.

Alors que les élections municipales ont offert un scénario et que l’extrême droite en tire bon profit, revenons sur son sujet phare en matière économique : « L’immigration entraîne le chômage »… C’est le refrain perpétuel de l’extrême-droite pour justifier son aversion envers l’immigration et de surcroît les étrangers.

De prime à bord, ce constat semble logique : plus de personnes sur le marché de l’emploi = plus de chômage. Mais heureusement, comme bien souvent en économie, ce qui semble a priori de bon sens est loin d’être une réalité.

Le constat : Les pays à forte immigration sont les pays connaissant le moins de chômage

L’OCDE dans une de ses études à comparer les taux de chômage et le poids des immigrés dans la population active, concluant qu’il n’y avait aucun lien entre ces deux phénomènes.

En effet, des pays à faible immigration, comme l’Espagne connaissent un chômage élevé ; alors que des pays à forte immigration comme l’Australie, le Canada et les Etats-Unis ont des faibles taux de chômage.

Les erreurs de raisonnement

La première erreur dans cette fallacieuse idée réside dans le fait de considérer les immigrés uniquement comme des personnes pourvoyeuses d’emplois, or c’est aussi un agent économique qui consomme, et comme on nous l’apprend dans les livres d’économie élémentaires : consommation entraine production entraine… emploi !

La deuxième erreur dans le raisonnement des défenseurs de cette ineptie vient du fait qu’ils considèrent le marché de l’emploi comme rigide, sans adaptation réciproque de l’offre et de la demande d’emploi…

Les immigrés adaptent leurs compétences aux demandes de l’économie

Les immigrés vont répondre à des besoins non satisfaits par les autochtones en occupant des emplois qu’ils ont délaissés…

Il s’agit bien souvent d’emplois peu qualifiés qui ont été abandonnés parce que trop durs et peu rémunérés, délaissés aussi du fait de l’allongement des études dans nos sociétés modernes. Sans être cliché dans mes exemples, on retrouve ici le plombier polonais, le maçon et la femme de ménage portugais, le taxi pakistanais, l’épicerie de nuit tunisienne…

Mais on y retrouve aussi des métiers très qualifiés qui ne trouvent pas preneur : nos médecins provinciaux issus des pays de l’Est.

Les immigrés vont aussi s’adapter en occupant des emplois nouveaux, c’est ce qu’on appelle les emplois ethniques : commercialisation de produits et services propres à leur culture. Sans rentrer dans les caricatures une seconde fois on retrouvera ici les boutiques asiatiques, les Kebabs, et tous les restaurants italiens, asiatiques, japonais, etc.

Les économies s’adaptent aux compétences et ressources à sa disposition

Il s’avère que les entreprises choisissent leur modèle de production en fonction des compétences disponibles dans leur bassin d’emploi.  En effet, si elles disposent de personnes qualifiées, elles auront tendance à investir beaucoup plus dans les nouvelles technologies que si elles disposaient de main d’œuvre moins qualifiée et inversement.

Comme ce fut, par exemple le cas à Miami dans les années 80 où l’arrivée d’une main d’œuvre cubaine peu qualifiée dans cette ville siège de la confection américaine, a permis à cette industrie de continuer de croître sans modifier ses méthodes de fabrication : continuer à produire manuellement plutôt que de recourir aux chaînes automatisées. L’afflux de ces 125 000 cubains soient 7% de la population n’ayant pas eu d’impact sur le chômage de la cité qui a connu une évolution proche de celle d’autres villes américaines possédant les mêmes caractéristiques. Mais a, de surcroit, protégé la main d’œuvre autochtone peu qualifiée.
Un impact de courte durée et entre immigrés

Il serait naïf d’affirmer que les adaptations réciproques que l’on vient d’exposer entre l’offre et la demande de travail sont parfaites et immédiates. En effet, l’économiste Jennifer Hunt qui s’est penchée sur l’impact des 900 000 rapatriés d’Algérie en France en 1962, estime qu’une augmentation de 1% de la population active, induite par cette immigration, aurait augmenté le taux de chômage des non-rapatriés de 0.2%. Cet impact, faible et marginal, est notamment dû au temps d’adaptation et d’absorption de cet afflux sur le marché du travail, le chômage revenant à un niveau stable par la suite.

Cette légère augmentation du chômage à court terme impactant plus particulièrement les vagues d’immigration précédentes puisque possédant souvent les mêmes caractéristiques et qualifications. Ainsi en France dont l’essentiel de l’immigration est peu qualifiée, l’afflux de ces Pieds Noirs a eu un impact direct sur les populations Polonaises, Italiennes et Espagnoles arrivées sur le territoire pendant l’entre-deux-guerres.

Et dans cette optique, il est intéressant d’étudier la question d’un angle plus politique. On observe que les lieux où le Front National réalise actuellement ses poussées et ainsi où on peut en déduire que la population est particulièrement attachée à cet engagement fort du parti de diminuer l’immigration -notamment maghrébine- pour diminuer le chômage, se trouve dans le sud de la France et dans les anciens bassins miniers du Nord et de l’Est. Or c’est dans ces mêmes régions que l’on retrouve les plus forts taux de chômage et c’est dans ces mêmes régions que l’on retrouve les populations issues de la vague d’immigration de l’entre-deux-guerres.

Aurais-je osé dire que les anciennes vagues d’immigration voteraient extrême-droite sous le faux prétexte légendaire que l’immigration maghrébine leur volerait leur travail et serait la cause du chômage ? Les préjugés ont la vie dure. Le Front National a trouvé le bon filon et un terreau fertile. Qu’importe la réalité économique.

« Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, par leurs différence. »

par Cyprien Bernard

Cyprien BERNARD est diplômé d’un Master de Droit -Economie-Gestion de l’Université de Bourgogne. Inscrit à l’Ordre des Experts Comptables et à la Compagnie des Commissaires-aux-comptes, il est également blogueur sur : http://politique-city.blogspot.fr
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