L’impact économique et social du Covid-19 sera catastrophique. L’absence de visibilité empêche la mise au point de plan d’urgence.

Les facteurs qui pèsent sur l’évolution de la pandémie sont tellement incertains que la prévision économique paraît complètement impossible. Du coup, les gouvernements s’avèrent impuissants...

Après l’annonce d’Emmanuel Macron de prolonger le confinement jusqu’au 11 mai, le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire a une fois de plus dégradé les prévisions d’activité décidément bien compliquées à établir.

Le gouvernement, qui prépare une révision de la loi de finances pour 2020, table désormais sur un recul de 8% en terme de croissance économique, un déficit de 9 % et une dette publique de 115% du PIB. Une situation catastrophique qui s’aggrave de jour en jour et qui oblige Bercy à réajuster ses comptes et prévoir un ajustement du plan de soutien et de relance. Au début du confinement, Bruno Le Maire parlait d’une enveloppe de 50 milliards sur l’hypothèse que le confinement ne durerait qu‘un mois. Aujourd’hui, il a dû refaire l’addition. En tenant compte du dispositif de chômage partiel (25 milliards), du fonds de soutien aux indépendants et professions libérales touchées (jusqu'à 1250 euros supplémentaires pour les artisans et commerçants soit entre 7 et 10 milliards), l’aide exceptionnelle pour les familles modestes,  l’annulation des charges fiscales et sociales, des aides directes aux secteurs et entreprises en difficulté, des prêts de trésorerie garantis et mis en place par la BPI qui fait un travail gigantesque, on arrive à une addition qui dépasse les 110 milliards d’euros.

Cest la budgétisation de ce montant qui bouleverse la loi de finances et qui oblige le ministre du Budget Gérald Darmanin à actionner tous les leviers du financement et particulièrement lendettement public avec laide et la coopération des Européens. A Bercy, on ne parle pas d’impôts mais tout le monde y pense. Il faudra bien payer d’une façon ou d’une autre. Etaler la dette, oui, allonger la maturité comme disent les experts sans doute encore que les maturités sont déjà très longues (entre 20 et 30 ans), et jouer de la solidarité au sein de l’Union européenne. Il paraît acquis désormais que cette solidarité européenne jouera. Elle joue déjà grâce à la Banque centrale européenne dont Christine Lagarde a très vite compris les codes de fonctionnement et qui garantit à toutes les banques des liquidités dont elles ont besoin. La BCE ne rachète pas des dettes d’Etat (pas encore) mais la BCE rachète tout le papier présente par les banques qui travaillent dans l’Union européenne, ce qui revient un peu au même.

Mais au delà des mécanismes monétaires, les outils quon va utiliser existent déjà (le MES notamment) mais le Mes implique un contrôle draconien des modalités dutilisation. La Grèce en sait quelque chose puisqu’elle a failli s’asphyxier sous le poids de procédures administratives et des hypothèques mais cette fois-ci, promis juré, le Mes sera moins tatillon et plus efficace. Il faut dire que les chantiers de rénovation des économies du Sud (en Italie et en Espagne) sont gigantesques... mais ça n’est pas tout.

On ne parlera pas « des eurobonds », cette trouvaille financière des pays fauchés qui pensaient pouvoir faire payer les plus riches a été rangée au magasin des accessoires désuets de la sociale démocratie. L’Allemagne n’a jamais été favorable et les Pays-Bas y sont toujours catégoriquement opposés. Pas question de venir régler les factures de la gestion budgétaire désastreuse de certains. On se met à la place du contribuable allemand.

En revanche, tout le monde est d‘accord pour accoucher d’un fonds mutuel au nom de l’Union européenne pour financer des investissements d’avenir. On parle dans un premier temps de 500 milliards d’euros.

On ne parle pas encore dimpôts mais les responsables de la micro économie qui en paient ne se font pas dillusion. Ils ne seront pas oubliés.

Signe des temps, Bercy s’est souvenu à juste titre qu‘il existe une marge de manœuvre en moyens de trésorerie dans une meilleure gestion des délais de paiements interentreprises. Avec une question, est-il possible que les entreprises qui sont serrées en trésorerie évitent d’étrangler leur fournisseur ne les payant pas à temps ? A ce petit jeu, personne n’est gagnant parce que la difficulté circule dans la chaine de production exactement comme le virus dans la société.

Pour Denis Le Bossé, le président du cabinet Arc, le spécialiste en France des délais de paiement, « ce sont les petites et moyennes entreprises qui seront les premières victimes du confinement. A la sortie de la crise, ces PME et TPE auront leurs carnets de commandes à remplir, mais elles nauront sans doute pas leurs prêts, parce que les banques sont prudentes avec les Petites et moyennes entreprises.  Il faudra donc leur trouver de loxygène ».  

Loxygène en question devrait venir des clients quelles approvisionnent ou pour lesquelles elles sous-traitent mais dont elles sont payées en retard.  Toute la question est donc une fois de plus de raccourcir le délai de paiement. Les retards représentent une réserve financière de 28 milliards d’euros. Bruno Le Maire s’est engagé là à revenir à nouveau sur les moyens d’inciter les entreprises, et notamment les grandes, à respecter les procédures avec plus de rigueur.

 

Sur le terrain des moyens de lutter contre la crise économique, il faut bien reconnaître que le gouvernement navigue à vue quasiment au jour le jour. Il s’avère très difficile de faire des prévisions économiques.

Habituellement, la prévision économique essaie de déterminer l'attitude des acteurs de l’économie, les investisseurs, les consommateurs, les salariés etc etc. Aujourdhui la prévision économique dépend dun virus, de sa puissance de contagion, de sa vitesse d’un virus inconnu. La prévision économique dépend de l‘état de santé des humains ou du risque santé.

Tant que l’épée de Damoclès suspendue au-dessus des populations ne sera pas décrochée, la confiance dans le système et l’avenir ne sera pas restaurée. D’autant que les gouvernements, quels qu’ils soient, ont choisi de lutter contre le virus avec les seules armes qu’ils connaissent, les armes du confinement.

 

La visibilité dépend donc de trois facteurs principaux.

Un, la durée du confinement qui sera fixée par le politique sur la base des analyses scientifiques capable ou pas, de donner un calendrier de l‘immunisation des populations, mais pas seulement, puisque le politique doit aussi prendre en compte le coût du confinement en termes de dégâts économiques et sociaux. Le « quoi qu‘il en coute » a forcément une limite. Le politique doit arrêter un compromis entre les dégâts humains et les dégâts comptables. 

Deux, les conditions du déconfinement qui peuvent clôturer une épreuve douloureuse ou préparer une deuxième vague d’infection. Puisque a priori, on déconfine des populations qui sont vulnérables où beaucoup n’ont pas été immunisés. Il faut donc être d’une extrême patience et prudence.

Trois, la situation des voisins, leur degré de dangerosité. Le virus ne connaît aucune frontière. Ni les frontières naturelles, ni les frontières nationales.

La durée du confinement est le résultat d’une hypothèse politique, les conditions du déconfinement renvoient aux moyens disponibles, en masques, en tests. Sur tous ces dossiers, les économistes chargés de prédire l’avenir ont assez peu d’informations.

Telles sont les raisons qui font que les dernières prévisions d’activité pour la France ne dureront que jusqu'à des éléments exogènes obligent les ministres en charge à réactualiser leurs calculs.

L’état de la pandémie dans le monde est tout aussi flou. Le FMI, la Banque mondiale, et l’Ocde ont rarement été aussi pessimistes. Ils considèrent que le monde va connaître la pire récession depuis 1929. Plus grave qu‘à l’issue des deux grandes guerres mondiales, plus grave qu’au lendemain du 11 septembre, plus grave qu’en 2008/2009. Aucun de ces organismes n’a encore à ce jour écrit le scenario de la sortie.