L’incapacité des politiques à gérer la zone euro et le cas grec panique les milieux d’affaires

La majorité des grands patrons français et européens qui participaient ce week-end aux journées économiques d’Aix-en-Provence sont désespérés par des responsables politiques complètement déboussolés et impuissants par la crise en Grèce et le non au référendum de dimanche.

Les hommes d’affaires ont l’habitude des gestions de crise. Le chaos qui touche la Grèce après les résultats de ce référendum n’inquiète pas sur l’équilibre de leur propre business. Les marchés n’avaient pas anticipé une telle victoire de Tsipras, mais ils vont l’absorber sans trop de dégâts.

« La Grèce de juillet 2015 » n’a rien de commun avec Lehman Brothers  en septembre 2008. Ce que les milieux d’affaires redoutent le plus c’est, peut-être, cette période de trouble, d’incertitudes et d’instabilité qui va s’ouvrir en Grèce.

En clair, personne ne craint d’effet systémique sur les marchés d’actifs ou sur les taux, pour deux raisons. D’une part, parce que la dépendance des institutions financières privées aux différents rouages de l’économie grecque a été réduite au maximum. Les banques françaises, par exemple, n’ont plus que 10 milliards de créances sur les banques grecques. Ensuite, parce que les engagements grecs sont pour l’essentiel sur des institutions européennes. Et dans une moindre mesure, à l’égard des Etats eux-mêmes.

Personne ne se fait d’illusions sur la capacité des Grecs à rembourser cette montagne de dettes. Tout le monde s’est converti à l’idée qu’il faudra accepter une « restructuration » qui reviendra à un allongement de la maturité et une pratique des taux  d’intérêt très symbolique, à alléger le poids de cette dette pour ne pas dire « à l’écraser » complètement. Les milieux financiers considèrent que l’annulation pure et simple aurait des effets catastrophiques en précipitant tous les pays surendettés dans le jeu. Techniquement, les milieux financiers pensent qu’il faudra « rouler » la dette pendant 20, 30 ou 50 ans. La pratique est courante.

Pour les chefs d’entreprise qui étaient présents à Aix, le problème de la Grèce, c’est de remettre l’économie en marche. Trouver des activités qui créent de l’emploi, qui génèrent de la valeur, donc  qui produisent des recettes fiscales capables de couvrir les dépenses. Contrairement au discours de Tsipras, les Européens ne demandent pas plus d’austérité, ils demandent plus de prospérité.

Il faut produire de l’impôt et le récolter, ce qui n’est pas le cas actuellement. Le problème, c’est que l’équipe au pouvoir à Athènes ne semble toujours pas consciente de ce problème de redémarrage. Toutes les déclarations faites dimanche soir depuis l’annonce des résultats réclament une négociation sur la dette et une reprise des subventions. Pas une déclaration sur la nécessité interne de réunir les conditions la croissance.

Les Grecs sont incapables de faire cet effort. Y compris l’extrême gauche qui s’est alliée à l’extrême droite et aux Grecs très riches dont l’obsession est de ne pas payer d’impôts sur les patrimoines qu’ils n’ont pas pu transférer à l’étranger. Parce que pour le reste, cela fait des années que les riches ont déménagé leurs valeurs vers Genève, Londres ou New-York.

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A très court terme, le désordre politique est aussi inquiétant pour les Grecs que le désastre économique et monétaire. Tous les Grecs vont attendre le moindre signe de la BCE. Pourtant, la décision de la BCE est facile à imaginer. Si elle trouve des garanties, elle apporte les liquidités. Si elle n’a pas de contreparties, elle arrête. Elle n’aurait d’ailleurs pas le droit de distribuer de l’argent sans garanties. On peut toujours discuter sur la nature des garanties, mais la marge de discussion est très étroite.

Le désordre politique en Grèce, lui est systémique. Il dope les mouvements populistes en Espagne, en Italie et en France. Les chefs d’entreprise comprennent mal l’incapacité des responsables politiques à apporter des réponses cohérentes aux problèmes induits par la crise grecque.

La France offre une fois de plus le spectacle de ce qu’il ne faut pas faire.  La crise en Grèce a souligné une fois de plus les divisions au sein de la gauche au pouvoir.

Le clivage entre l’Elysée et Matignon s’est encore accentué. D’un côté, François Hollande fidèle à son équation à beaucoup hésite à faire part de son analyse et n’a pas expliqué clairement ce qui serait le mieux pour la France et pour l’Europe. Il a ménage jusqu’au bout, une certaine bienveillance à l’égard d’Alexis Tsipras, pour ne pas provoquer ses frondeurs et son extrême gauche. Mais en fin de semaine, il a fini par dire qu’il souhaitait que la Grèce reste dans l’Europe. Mais il n’a pas dit pourquoi et à quel prix. Il ne prend aucun risque, ce qui augure mal des positions qu’il pourra défendre cette semaine au sein du Conseil européen.

A  Matignon, où Manuel Valls supporte de plus en plus mal l’immobilisme du Président, on aurait souhaité que la France, sans s’aligner sur la position allemande, prenne le parti de réformer le fonctionnement de l’Europe, vers plus de fédéralisme et par conséquent plus de solidarité. Les enfants de Delors, présents à Aix-en-Provence et les Européens convaincus. Pascal Lamy, Jean Peyrelevade, Hubert Védrine, Jacques Attali ou Éric Orsenna ont donné de la voix pour demander aux hommes politiques de s’engager très vite à la construction des Etats-Unis d’Europe.

Ce discours est évidemment relayé par la majorité des économistes et par les chefs de grandes entreprises qui se voient mal s’engager dans un contrat de coopération avec les Etats-Unis d’Amérique, dans une configuration aussi désunie. « C’est du pain béni pour les Américains » disent certains.

L’idée que la Grèce puisse provoquer un regain d’intérêt pour une Europe plus unis est une idée qui se propage également à droite. Le fait que Nicolas Sarkozy introduise dans ses discours des critiques violentes contre Tsipras, contre les mouvements d’extrême droite en dénonçant le caractère populiste, démagogique des programme. Le fait qu’il réclame l’institution d’un gouvernement économique de la zone avec un vrai président est un signe fort de retour vers le  pragmatisme dans le camp du principal candidat de l’opposition.