L’incroyable rumeur ? François Hollande pourrait annoncer de vraies réformes libérales lors de sa conférence de presse

Entre la réforme du droit du travail, la préparation du Budget et la réponse européenne aux problèmes des migrants, François Hollande pourrait oser, enfin, de vraies réformes. La crise rendrait donc intelligent.

Il y a ceux qui disent que ce qui se prépare ne verra jamais le jour et il y a ceux qui expliquent que désormais, le Président n’a plus le choix. Toujours est-il que le Parti socialiste ne donne aucune information sur les rumeurs qui circulent. Du côté de Matignon, on renvoie à l’Elysée, d’où rien ne filtre.

Une chose est certaine : la conférence de presse du président de la République, ce lundi, qui sera la dernière avant l’ouverture d’une campagne électorale, pourrait être l’occasion de recadrer complètement la ligne de la politique économique et de la mettre en phase avec ce dont a besoin le monde du business.

On va donc, lundi, assister à un grand numéro explicatif de la situation. Un exposé sur les erreurs commises depuis le début du quinquennat et un descriptif de ce qu’il va falloir redresser  très rapidement pour éviter que la France ne tombe en faillite et sombre dans le chaos, parce que l’on en est là.

Le diagnostic partagé par les éléments les plus responsables de la gouvernance de gauche rejoint celui établi depuis des mois par la plupart des experts, des chefs d’entreprise et des partis d’opposition.

En clair, la rentrée du gouvernement et du Président a été ratée. Il voulait rassembler la majorité, cette majorité est tombée en miettes. Les agitations d’Arnaud Montebourg ont été ridicules, l’université d’été à la Rochelle a donné le spectacle stérile d’une armée en déroute. Emmanuel Macron a apporté une réponse cohérente au défi économique, moyennant quoi, il s’est fait assassiner par ceux qui auraient dû le soutenir. Pendant que l’aile gauche, avec les écolos, se déchiraient pour de mauvaises raisons.

Si la situation économique avait été bonne, cela aurait pu passer. Mais les chiffres de l’économie et de l’emploi et toutes les autres statistiques sont mauvaises. Alors que les facteurs de reprise existent partout en occident (le pétrole, les taux d’intérêts, la monnaie), tout le monde au PS est désormais d’accord sur le même diagnostic.

Tout le monde dans ce pays sait ce qu’il faudrait faire, personne ne sait comment le faire.

Le comble, c’est que le président de la République reconnait lui-même dans un livre qui vient de sortir qu’il s’est trompé au début de son quinquennat en revenant sur certaines décisions qui avaient été prises par Nicolas Sarkozy. Il n’aurait pas dû annuler la hausse de la TVA, il n’aurait pas dû imposer les hauts revenus à 75% , il n’aurait pas dû annuler l’exonération de charges sur les heures supplémentaires… Il n’aurait pas dû. Certes. Tout le monde le savait.

Le diagnostic partagé, c’est que la France souffre d’un cruel déficit de compétitivité. Trop de dépenses publiques, trop de charges et d’impôts, trop de pesanteurs sociales et administratives. Mais là encore tout le monde le savait depuis dix ans.

Ce que François Hollande ne dira pas publiquement lundi, c’est qu’il n’a fait que de la politique pour accéder au pouvoir sans se préoccuper de la réalisation de son programme. Il a acheté son élection par des promesses irréalisables. Impossible à financer aujourd’hui. Il le savait. Mais pour être élu il a dit des faits et des chiffres inexacts.

Le diagnostic est donc simple. L’opinion publique demande des résultats. L’opinion publique se préoccupe assez peu de savoir si les mesures qu’il faut désormais prendre sont de droite ou de gauche, l’opinion exige que ces mesures soient efficaces.

Et pour avoir une petite et dernière chance d’obtenir des résultats, François Hollande, qui a épuisé tous les outils marqués à gauche, va se résoudre à sortir les outils marqués à droite. La Grande-Bretagne avait fait la même chose avec Tony Blair, l’Allemagne l’avait fait avec Schröder et sa coalition de centre gauche, la Grèce avec Alexis Tsipras va sans doute prendre le même chemin.

La pseudo-révolution libérale que François Hollande devrait conduire se développerait sur trois axes.

Le 1er axe, celui de la compétitivité des entreprises françaises. Renforcer encore et toujours la force des entreprises pour qu’elles puissent investir et profiter des vents favorables de la conjoncture mondiale. On ne devrait donc pas toucher au CICE comme le demande violemment la gauche de la gauche. Priorité à la baisse des charges. Le plus difficile sera d’alléger toutes les formes d’imposition sur le capital. Il est désespérément trop lourd. Le résultat, c’est que nos entreprises investissent et innovent mais dès que le capital est valorisé, les actionnaires et les entreprises cherchent le moyen de s’évader afin de toucher le fruit de leurs efforts qui est actuellement confisqué par l’Etat. Ce projet pourrait être accompagné politiquement par la baisse (un peu bidon) de l’impôt sur le revenu des classes moyennes. La logique voudrait que ces baisses de revenus soient financées par l’augmentation du taux de TVA, d’où la sortie de François Hollande dans le livre de Françoise Fressoz, « Je me suis trompé ».

Le 2e axe, celui la réforme du marché de l’emploi. Il est probable que François Hollande donne son accord pour exploser le code du travail, trop lourd et trop pesant. Après avoir lu l’Institut Montaigne (de droite), après avoir lu Terra Nova (de gauche), après avoir reçu et écouté tous les partenaires sociaux, le président de la République se serait résolu à attaquer un des totems les plus sacrés de la gauche française, à savoir le Code du travail. En gros, la réforme qui se prépare démolirait deux murailles.

D’une part, la réforme donnerait aux entreprises la priorité aux accords d’entreprise pour écrire leur droit du travail le mieux adapté au détriment des accords de branches ou des accords nationaux. La durée du travail, les seuils sociaux, les statuts, les contrats seraient donc simplifiés. C’est une « petite » révolution.

D’autre part, la réforme favoriserait l’assouplissement des conditions de départs pour favoriser les embauches. Il est évident désormais que, si un chef d’entreprise ne créer pas d’emplois, c’est parce qu’il sait qu’en cas de baisse d’activité il ne pourra pas alléger ses effectifs. Il préfère donc rouler à faible vitesse que de ne pas savoir comment freiner en cas de virage dangereux à prendre. L’objectif serait de fluidifier l’entrée dans l’entreprise en fluidifiant la sortie.

Enfin, le 3e axe, c’est l’Europe. La crise des migrants et l’annonce d’une catastrophe annoncée par l’accroissement des flux, a accéléré une prise de conscience française sur la nécessité d’une politique européenne cohérente et pragmatique. Ça veut dire que la France, champion de la morale en politique et des droits de l’homme, reçoit des leçons de l’Allemagne sur sa capacité d’accueil des migrants. La situation allemande nous apprend deux choses très importantes. Cette crise doit trouver des réponses pour des raisons morales, mais aussi pour des raisons économiques. L’Allemagne nous montre que l’accueil des populations migrantes peut être utile à l’évolution économique du pays. L’histoire de l’humanité pourrait se raconter par le récit des grandes migrations. L’Europe est peut-être en train d’écrire une nouvelle page de cette histoire.

La France pourrait donc devenir moins morale et plus pragmatique sur la politique d’immigration ; la politique d’accueil et de choix. Mais la France ne le fera qu’en accord avec ses partenaires qui ont, eux aussi, les mêmes intérêts.

La grande inconnue dans cette révolution pseudo-libérale réside dans l’accueil qui en sera fait par la gauche de la gauche. Ceci étant, elle est aujourd’hui pulvérisée, mais ses électeurs sont toujours debout. La question se pose désormais dans la plupart des grandes démocraties : un pouvoir élu démocratiquement peut-il faire une politique différente et même contraire à celle qu’il avait promis de faire à ses électeurs.

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