La Banque mondiale annonce le retour au calme sur les matières premières et l’énergie pour le début 2022. L‘Europe ne l’entend pas mais Paris en tient compte

La Banque mondiale estime que la flambée des prix sur les matières premières et l‘énergie devrait se calmer début 2022. Personne ne le relève, sauf que cette perspective aurait décidé le gouvernement à prendre une mesure très ponctuelle et très ciblée pour alléger la facture d’énergie des foyers les plus en risque.

Il fallait évidemment faire quelque chose pour éviter l’émergence d’une colère qui aurait ressemblé à celle des gilets jaunes. Pour le ministre de l’Economie, il n’était pas question de baisser les taxes sur les carburants. Bruno Le Maire a plusieurs fois martelé que ça aurait été une erreur flagrante, compte tenu du cout exorbitant qu‘une baisse de TVA représentait, et ça aurait remise en cause la cohérence dans la lutte pour l’environnement. En accord avec le président de la République, mais contre la pression de certains ministères et surtout de beaucoup de responsables politiques, Bercy a donc mis au point un système de chèque énergie qui sera touché par les ménages les plus modestes, qu’ils soient obligés d’utiliser leur voiture ou confrontés à d’autres hausses des prix d’énergie.

Mais si le gouvernement a finalement opté pour un traitement ponctuel et ciblé, c’est qu’il s’ets forgé la conviction que le marché des matières premières et des énergies fossiles allait sans doute se retourner.

Il faut dire qu’à Bercy, on a repris en détail les prévisions de la Banque mondiale indiquant l’évolution des marchés de l’énergie. La Banque mondiale est considérée comme extrêmement sérieuse en matière de prévision. C’est elle qui, en général, donne le ton pour le FMI, et pour les banques centrales. C’est elle qui, au début de la pandémie du Covid, avait essayé de modérer les scénarios catastrophe qui s’écrivaient un peu partout sur la planète, en expliquant que les confinements ne signifiaient pas une destruction des systèmes de production.

Le rebond des économies, très violent depuis cet été, lui a donné raison. A noter d’ailleurs qu‘on retrouve sur cette ligne les économistes comme Jean Tirole (le prix Nobel Français) et Olivier Blanchard (l’ex économiste en chef du FMI) qui ont été régulièrement consultés par Emmanuel Macron tout au long de cette crise.

La Banque mondiale, aujourd’hui, remet le couvert en rappelant deux choses.

La première, c’est que les niveaux élevés des prix de l’énergie, des matières premières et des produits agricoles engendrent des risques de pénurie et d’inflation mondiale. Mais deuxième chose, la Banque mondiale affirme que ces flambées de prix vont se calmer l’an prochain. Les prix ont certes explosé cette année, le pétrole et le gaz ont pris presque 80 % mais ces niveaux de prix vont se ralentir à partir de la fin de l’année, pour baisser nettement fin 2022 / 2023, ce qui devrait pérenniser la croissance forte.

Ce mouvement de retour au calme s’explique tout simplement par le retournement des marchés.

Les prix ont explosé uniquement par une reprise brutale de la demande que l’offre a été incapable d’équilibrer.

Tous les appareils économiques se sont mis à fonctionner ensemble au début de l’année 2021, les usines, les centrales, les moyens de mobilité. Ce qui a provoqué un afflux de commandes, et par conséquent, une montée des prix. Même phénomène sur les matières premières et sur certains composant électroniques, qui bloquent aujourd’hui certaines fabrications industrielles (l’automobile et ses sous-traitants). Les économistes de la Banque mondiale prévoient, qu’à partir de l’année 2022, les marchés reviendront progressivement au calme.

Par ailleurs, la Banque mondiale estime que la réalité du réchauffement climatique va également ralentir la demande d’énergie et refroidir, si on veut, un peu les prix du gaz et du pétrole.

D’autant que la lutte contre le carbone va finir par se retrouver dans les prix. Moins de carbone, c’est moins de « demande d’énergie fossiles ».

Restent deux incertitudes :

- D’un côté, le risque de pénurie sur les composants électroniques ou certaines matières premières rares. Pour y remédier, il faut nécessairement que les pays occidentaux restaurent leur souveraineté.

- D’un autre côté, les risques de crise alimentaire, mais ce risque-là porte sur beaucoup de pays émergents. Ce qui n’autorise pas les pays développés occidentaux situés dans les zones tempérées et très exportateurs d’être indifférents aux difficultés que vont rencontrer les populations qui vont mourir de faim.

D’autant moins indifférents que le retour au calme sur les marchés de l’énergie ou de matières premières va restaurer des conditions économiques d’une croissance forte.

Cette situation prévisionnelle très rassurante explique aussi que le gouvernement français n’ait pas voulu griller ses cartouches fiscales pour amortir un choc qui apparaît être conjoncturel.