La BCE a ouvert le casino monétaire mais la France ne sait pas jouer avec

La banque centrale européenne a commencé à délivrer les disponibilités monétaires pour 60 milliards d’euros par mois. François Hollande le voulait, c’est fait, mais il ne sait pas s’en servir. Pour la zone euro c’est une aubaine, pour la France c’est du gâchis.

Les mesures de relance de l’économie et de l’emploi ont été annoncées par Manuel Valls mercredi et portent principalement sur les aides et le soutien à l’investissement dans les PME. L’augmentation de l’enveloppe allouée à la BPI ne sera pas inutile mais ne fera aucun miracle. Dans un univers où les banques ont tout l’argent qu’elles veulent, le rôle d’un organisme spécialisé et bonifié n’a pas grande importance. Quant à l’amortissement accéléré, alors que la trésorerie ne coûte rien, le chef d’entreprise s’en moque un peu.

Le problème n’est pas financier. Il tient principalement à des disfonctionnements de structures qui paralysent l’entrepreneur ou l’investisseur. Les acteurs ont simplement besoin de souplesse dans les procédures d’embauche et les contrats de travail et surtout d’allègements d’impôts. Une bonne baisse d’impôts aurait des effets beaucoup plus rapides et dynamiques sur le moral des chefs d’entreprise. A condition toutefois que cette baisse soit financée par une baisse des dépenses publiques.

La relance monétaire gigantesque de 60 milliards par mois sur la zone euro, ce qui représente plus de 10 milliards pour la France, décidée par la BCE risque de se heurter aux mêmes obstacles. Les explications sont simples.

Cette relance est unique dans l’histoire de la zone euro. François Hollande avait demandé que l’on fasse fonctionner la planche à billet. Il a eu gain de cause. Cette disposition était réclamée par toute la gauche, une grande partie de la droite, par les syndicats et par la majorité des économistes très keynésiens.

Pourquoi une telle quasi unanimité ? Tout simplement parce que tout le monde pensait que la relance monétaire allait mettre de l’huile dans les rouages et exonérer le pouvoir politique des réformes de structure qu’il fallait mettre en œuvre. En fait, c’est ce qui va se passer dans les pays qui sont structurellement en ordre de marche. Beaucoup moins pour les pays qui ne le sont pas.

Le risque couru par l’économie aujourd’hui, c’est que l’appareil de production français est incapable de profiter de ces disponibilités. Actuellement, l’économie française profite un peu de la baisse du prix du pétrole, de la baisse de l’euro et des taux d’intérêt.

Quant à l’afflux de monnaie, il va directement dans les banques, rebondit sur les marchés financiers et s’expatrie vers des contrées plus rémunératrices que la zone euro. Ce n’est pas très malin comme performance !

En clair, l’argent de la BCE va dans des euros qui partent aux USA ou se retrouvent sur le marché des actions. Les bourses européennes, et en particulier la bourse de Paris, ont directement profité de l’argent promis par la banque centrale. Les traders et les gérants de fortune peuvent sortir le champagne et le boire à la santé de Mario Draghi et de François Hollande.

Les financiers que François Hollande avait voué aux gémonies lors de sa campagne présidentielle, ses « ennemis » comme il disait, peuvent le remercier aujourd’hui d’avoir contribué à un début de bulle spéculative. Les bonus sont contents.

Le risque de bulle financière à l’image de ce qui s’était passé aux Etats-Unis avec la bulle internet ou l’immobilier dans les années 2000, n’est pas certain. Mais pour qu’elle se dégonfle, il faudrait que cet argent se retrouve dans les comptes d’exploitation des entreprises. Alors, la hausse boursière est bonne pour le moral général, bonne pour les entreprises cotées qui bénéficient d’un effet richesse. Leur cours augmente, donc elles se sentent plus riches et par conséquent plus entreprenantes.

Ceci étant, le problème français n’est pas au niveau des sociétés cotées mais des PME qui sont bloquées. Les PME ne sont pas impactées par la bourse. Ce sont les PME qui créent les emplois en France.

On revient à la case départ : les PME ont besoin d’autre chose que des disponibilités monétaires ou des taux d’intérêt bas.

Elles ont besoin de souplesse, d’allègements fiscaux, de stabilité et d’exemplarité dans la rigueur demandée au niveau de l’Etat. C’est ce logiciel que François Hollande se refuse à mettre en route pour ne pas brutaliser une partie de sa majorité (ou ce qu’il en reste). Manuel Valls et Emanuel Macron en parlent beaucoup mais visiblement ils n’ont pas les coudées franches pour réformer.

La BCE a donc bien ouvert le casino monétaire, la plupart des pays de la zone euro vont en profiter pour accélérer leur retour à la croissance, parce qu’ils sont en position de le faire. C’est le cas de l’Allemagne, des pays de l’Europe du Nord, ceux du Sud également. L’Espagne et l’Italie. Tous ces pays ont, à un moment ou à un autre de leur histoire récente, fait l’effort d’assainir leur système économique et social. C’est douloureux socialement, mais ça peut payer.

La France s’est exonérée de faire ces grands travaux, elle profite de l’amélioration de la situation de ses partenaires mais très peu. Surtout, elle ne profite pas du nuage monétaire parce qu’elle est incapable de l’attraper. Un peu comme la Grèce. Sauf que la France, c’est la Grèce en beaucoup plus gros et lourd.