La bourse s’envole mais la gauche aura-t-elle le culot de s’en vanter ?

La bourse de Paris a encore terminé la journée d’hier en très forte hausse. Au point de retrouver des niveaux supérieurs à ce qu’ils étaient avant la crise. Le gouvernement ne va quand même pas pouvoir mettre cela à son actif.

La hausse spectaculaire de marchés boursiers depuis six mois met le gouvernement Valls, et la gauche en général, dans une situation compliquée. François Hollande avait, en pleine campagne électorale, décrété que la finance était son ennemi, qu’il fallait combattre la spéculation internationale et qu’il fallait imposer à 75% les revenus supérieurs à 1 millions d’euros.

La gauche est donc arrivée au pouvoir sur l’air de ceux qui veulent tuer les riches, coupables de la crise. On s’aperçoit que le seul résultat positif de la politique économique de répression anti-entreprise porte sur la valeur boursière de ces entreprises.

Moralité, la gauche ne peut pas se vanter d’être à l’origine de la hausse boursière. Vis-à-vis de ses électeurs, ça ferait désordre.

Si, au final, les seules catégories sociales qui se seront enrichies sous le quinquennat de François Hollande se sont les actionnaires, donc les capitalistes, on imagine la réaction des 6 millions de chômeurs, des 8 millions de salariés de la fonction publique et les retraités qui ont vu leur pouvoir d’achat stagner. Ne parlons pas des chefs de petites entreprises qui essaient tant bien que mal de survivre.

Quel paradoxe ! Quel piège ! Les ennemis de classe se frottent les mains dans leurs bonus, et les amis politiques n’ont plus que leurs yeux pour pleurer sur leur bulletin de vote. Voilà pourquoi Marine Le Pen et l’extrême gauche recueillent les frustrés de la gauche et les damnés de François Hollande.

La bourse s’est encore envolée hier après-midi. Plus de 2% à Paris sur 5117 points pour le CAC 40. Toutes les valeurs progressent et certaines dans des proportions très importantes. Les banques plus de 2%, Renault plus de 3% dans des volumes d’échanges très nourris.

L’explication de cette hausse, la seule, est très simple : les investisseurs, les gérants de portefeuille et les épargnants porteurs d’actions ont été rassurés par les intentions répétées de la banque centrale européenne sur son vaste plan de soutien à l’économie de la zone euro. Tous les marchés européens ont d’ailleurs progressé.

L’un des membres du directoire de la BCE, M. Benoit Cœuré, n’a pas fait dans la dentelle en annonçant que la BCE ferait plus que prévu, notamment dans les trois mois d’été qui sont traditionnellement des moments de sècheresse en liquidités. Bref, la BCE prévoit de gonfler ses achats de dettes pour compenser un volume moindre d’achats en juin et juillet.

Mais la BCE veut aussi contrecarrer les effets négatifs du climat britannique ou un sentiment anti-européen circule, effets négatifs aussi, d’un risque de clash systémique en Grèce.

Cet afflux de liquidités, surtout la promesse ferme que cet afflux ne se tarira pas, se retrouve finalement sur le marché des actions.

La hausse boursière bénéficie donc aux détenteurs de titres, au managers des entreprises qui touchent des bonus.

On touche là au risque majeur des politiques monétaires très généreuses. Comme aux Etats-Unis, à Londres, à Tokyo, l’industrie financière européenne et les propriétaires de capitaux investis sont les premiers bénéficiaires de la politique monétaire. Cette politique devrait engendrer des effets secondaires profitables au plus grand nombre.

Théoriquement, la hausse des actifs boursiers devrait dynamiser les marchés en provoquant un effet de richesse. C’est très virtuel, mais ça peut être réalisable très vite en cash. Et si l’investisseur se sent plus riche, il peut prendre quelques risques ailleurs .

Théoriquement toujours, les agents de l’économie se sentant mieux peuvent aussi investir en immobilier, les prix de l’immobilier peuvent également se tendre ce qui encourage les acheteurs.

Théoriquement, enfin, si le climat des affaires s’améliore, les entreprises peuvent se mettre à investir donc à embaucher. On enclencherait ainsi un cercle vertueux qui n’est actuellement pas bouclé. Toutes ces analyses sont brillantes, mais théoriques. Actuellement il ne se passe rien.

Pour que cet afflux de liquidités profite réellement à l’ensemble du système, il faut deux conditions.

Un, il faut un climat de confiance de l’entreprenariat. Cette confiance dépend du climat social, de la stabilité fiscale et du discours officiel.

Deux, il faut engager un socle de réformes pour une meilleure compétitivité des appareils productif. Ça passe aussi par une réduction des frais généraux de l’Etat.

Ces conditions sont réunies dans la majorité des pays de la zone euro. Le seul pays qui a refusé de se plier à ce type de discipline pour se mettre en ordre de bataille au niveau de la concurrence internationale, c’est la France.

La France va donc gâcher la chance de profiter de la reprise mondiale et européenne.

Le seul bénéfice qu’elle retirera de cette conjoncture et du dopage monétaire sera de voir son industrie financière prospérer. Quelle victoire! Même en Grande-Bretagne, on a réussi à diffuser le surplus de la reprise en créations d’emplois.

La finance, l’ennemi de la France ne s’est jamais aussi bien portée depuis 2008. Quel bilan !

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