La croissance au centre des débats européens

L’édito de Jean-Marc Sylvestre. Il y aura donc bien une réunion extraordinaire des dirigeants européens le 23 mai prochain pour discuter des moyens de relancer la croissance. Ce qu’il peut en ressortir.

Sur le terrain politique, François Hollande aura réussi à se faire entendre sur la nécessité de trouver de la croissance. Il faut lui reconnaitre ce mérite. Tout le monde est d’accord maintenant pour en parler. Mais le problème, c’est de savoir de quelle croissance on va parler et à quel prix. Parce qu’il y a dans ce débat beaucoup d’ambigüités sur la manière de retrouver de la croissance. Pour simplifier, il y a trois modèles de croissance défendus en Europe aujourd’hui.

Le modèle Allemand, qui passe par un ajustement budgétaire : Payer ses dettes pour retrouver des capacités de financement et réformer la compétitivité pour retrouver de l’activité. Ce modèle a très bien fonctionné en Allemagne et dans les pays du nord mais l’austérité qu’il engendre est insupportable dans les pays du sud.
Le deuxième modèle, c’est celui défendu par David Cameron en Grande Bretagne et par Mario Monti en Italie qui passe aussi par un ajustement budgétaire (on rembourse les dettes), par des réformes de compétitivités et en plus  par beaucoup de dérégulation pour favoriser la concurrence. C’est un modèle d’ouverture donc libéral.

Enfin, il existe un troisième modèle qui consiste à relancer la croissance par des grands travaux d’investissements dans l’énergie, l’environnement, l’industrie. C’est évidemment le projet défendu par François Hollande pendant la campagne, appuyé par Jose-Manuel Barroso et par beaucoup de décideurs en Espagne, en Grèce ou au Portugal.

Ce modèle serait financé par des fonds ou emprunts européens,  d’où l’idée des «eurobonds» par exemple. Le problème, c’est que cela revient à ajouter de la dette à la dette et que pour emprunter il faut donner des garanties. La plupart des pays européens n’ont pas d’argent. Le seul qui en a, c’est  l’Allemagne et Angela Merkel n’acceptera pas sauf à poser des conditions de remboursement. On revient à la case départ. C’est entre ces trois modèles qu’il faudra trouver un compromis. D’un côté de la rigueur et des initiatives privées, de l’autre des grands projets dont on n’a pas le financement.