La croissance forte va rendre les réformes structurelles urgentes et incontournables.

La classe politique et le monde des affaires se réjouissent des chiffres de la croissance. Ils ont raison. Mais cette croissance sert à quoi et à qui ?

 

L’économie française se rapproche de la moyenne européenne. La classe politique, le monde des affaires et tous les analystes ont raison de se réjouir des estimations de la croissance 2017 : 0,5% au troisième trimestre. Soit 0,3 point de mieux que l'année dernière. D’autant que les chiffres du deuxième trimestre ont été réévalués de 0,5 à 0,6%. Du coup, cela porterait à 1,8% la prévision de croissance pour 2017 selon l’INSEE.

En clair, l’économie française sort de sa léthargie, elle reste en retard par rapport aux économies de nos partenaires européens mais elle se rapproche de la moyenne de l’Union européenne.

Alors, on va pouvoir débattre à l’infini des raisons de cette restauration de l’activité. Après avoir critiqué le système français, les hommes et femmes politiques vont évidemment se disputer la responsabilité du renouveau.

C’est pourtant très simple.

D’abord, ça va mieux en France parce que ça va très bien partout ailleurs dans le monde. On peut ne pas croire à la théorie du ruissellement ou du « premier de cordée » comme préfère l’appeler le président, mais on est obligé de croire à l’impact de l’interpénétration des économies mondiales.

Ensuite, ça va mieux parce que le CICE a produit des effets bénéfiques en améliorant les marges.

Enfin, l’arrivée d’Emmanuel Macron a changé l’appréciation que peuvent faire les investisseurs et les entrepreneurs sur l’avenir du système français, d’où le déblocage de certains projets. C’est d’autant plus vrai que les premières réformes lancées par Emmanuel Macron n’ont pas été stoppées par des manifestions de rue comme beaucoup le craignaient ou l’espéraient. La méthode empruntée pour réformer a l’air de fonctionner. C’est un facteur de confiance et de visibilité.

Le contenu de cette croissance est très particulier, elle continue d’être fabriquée avec de la consommation interne, d’où la persistance d’un déficit commercial important (on importe plus qu‘on exporte). Cette croissance commence à contenir un peu d’investissements et cela est bon signe.

Parallèlement, elle est forte en créations d’emplois d’où l'amélioration du climat.  L‘opinion publique commence à croire à une sortie de crise.

 

Cela étant, il ne faudra pas se réjouir trop vite. Cette croissance française a besoin qu’on s’en occupe et surtout qu’on n’abandonne pas les projets de réformes structurelles.

1er point : cette croissance met en évidence notre faiblesse à l’exportation. Nous ne sommes toujours pas compétitifs. Pas assez. Il va donc falloir continuer la baisse d’impôts et de charges. Mais pour la poursuivre, il va falloir alléger les dépenses de l’Etat. Le budget actuellement en discussion ne fait aucune réduction de dépenses publiques et sociales. Alors, on peut certes raboter le train de vie de l’Etat, annoncer qu’il va falloir réduire le nombre de fonctionnaires, mais on doit surtout s‘interroger sur le périmètre de l’action de l’Etat. Le moment est venu de tester des déplacements de frontière entre le privé et le public.

Le projet d’une véritable réforme de l'Etat n’est pas de savoir s'il faut supprimer telle ou telle administration, le vrai projet est de savoir si telle ou telle prestation de travail administratif serait mieux délivrée par le privé que par le public. Faut-il déléguer au privé certaines activités de l'éducation nationale, de l'hôpital ? On doit pouvoir s’interroger pour savoir si l’entretien des parcs et des jardins publics serait mieux assuré et à un cout moins élevé par des entreprises privées ou par des services publics. Cette réflexion n‘est pas ouverte.

 

2ème point : cette croissance retrouvée est forte en emplois de services, donc pauvre en productivité, pauvre en compétitivité. Au rythme actuel, le système français peut éponger assez vite, d’ici un an ou deux, le chômage de ceux qui sont employables dans les activités de services. On va donc toucher un socle de sans emplois beaucoup plus difficiles à employer. Un chômage structurel de 7 ou 8 % de la population française. Un taux supérieur au chômage structurel d’Europe du nord. La réduction de ce chômage structurel ne sera pas facile, parce qu’elle passe par un effort de formation, d’éducation et d’apprentissage qu’il faut mettre en place. C’est un investissement colossal qui implique une refonte du système éducatif.