La dynamique du marché de l’emploi continue de démentir les analyses de la conjoncture.

C’est assez incompréhensible : alors que la conjoncture menace les entreprises des pires difficultés, l’investissement et surtout le marché de l’emploi continuent d’être dynamiques. Jamais la France n’a créé autant d’emplois que cette année …

« Pourvu que ça doure»  comme disait Leticia Bonaparte, la mère de Napoléon, au temps où son empereur de fils accumulait les succès militaires et politiques.  Pourvu que ça dure, parce qu’aujourd’hui, la situation économique et sociale est incompréhensible.

Alors que tout le monde se plaint parce que chacun a une bonne raison de s’inquiéter de l’avenir.  A cause de l’inflation, des risques de pénurie d’énergie, des obligations de rembourser les PGE, des taux d’intérêt qui montent, de la concurrence américaine qui prendre le relais des Chinois, du réchauffement climatique ou des agressions russes aux frontières de l’Europe, le cahier des ennuis s’est quand même beaucoup épaissi depuis que l’euphorie de l’après Covid s’est calmée.

A tel point qu’aujourd’hui, les économistes nous promettent une année 2023 très difficile.

Et bien, en dépit de ces nuages qui bouchent l’horizon, le marché de l’emploi salarié continue d’être animé d’un dynamisme historique.

L’Insee vient encore de créditer le 3e trimestre de l’année (de fin juin à fin septembre) de plus de 110 000 créations d’emplois nouveaux.  119 100 postes supplémentaires ont été créés.  Si on tient compte que l’emploi public s’est replié de 16 000 emplois, l’économie française a donc encore crée 103 000 emplois nouveaux au 3e trimestre. C’est-à-dire grosso modo le même montant que lors des premier et deuxième trimestres de l’année. Si le 4e trimestre évolue au même rythme. La France aura créé 430 000 emplois salariés nouveaux, sur un total de près de 27 millions d’actifs salariés.

Parallèlement, le nombre d’auto entrepreneurs aura progressé au même rythme, tout comme les contrats d’alternance et d’apprentissage.

Le marché de l’emploi est donc animé par une dynamique qui parait solidement ancrée dans le secteur marchand, les services mais aussi l’industrie.

On a assisté à une reprise de l’embauche dans la distribution mais aussi dans la logistique, l’hôtellerie -restauration et dans l’industrie.  

D’un côté, les activités digitales, le e-commerce et les industries du logiciel ont fait exploser le nombre de startups dans tous les domaines et multiplier les embauches au point de provoquer des ruptures et des tensions difficiles à résorber.

D’un autre côté, le secteur industriel de l’économie réelle s’est réveillé.  Effets de la géopolitique ou pas, beaucoup d’industries ont choisi d’accroitre leur capacité de production en France plutôt que de sourcer en Chine ( qui a été fermée très longtemps ) ou même de regarder de l’autre cote de l’Atlantique.  

Cette effervescence sur le marché de l’emploi tranche singulièrement avec le pessimisme des experts de la conjoncture et ne correspond pas au moral ressenti par l’opinion.

Ce décalage-là soulève la question de savoir si le marché de l’emploi va se maintenir sur cette trajectoire parce que le ralentissement de l’économie va quand même se faire sentir. Les organisations internationales ( l’OCDE, le FMI, l’Union européenne, les banques centrales) ne peuvent pas se tromper toutes à la fois quand elles nous annoncent un retournement de la situation en 2023 avec une récession à la clef.

Les chefs d’entreprise ont donc des écrans radars qui vont se brouiller avec trois inconnues :

Un, le prix de l’énergie qui modifie les conditions d’exploitation;

Deux, le montant des salaires qu’il va falloir augmenter pour répondre aux pertes de pouvoir d’achat. Pour les entreprises, ces augmentations sont nécessaires pour fidéliser leurs salariés, mais elles portent un risque de contagion inflationniste.

Et trois, la politique publique de soutien à la consommation et aux entreprises en réponse aux initiatives américaines. Parce que sans réaction des Européens, les Américains, avec une énergie pas chère et des subventions importantes pour la transition écologique, ont les moyens d’asphyxier une grande partie de l’industrie européenne.