La faillite de la Grèce va précipiter l’organisation d’une Europe à deux vitesses

Tout le monde y pense depuis la création de l’Europe, mais aucun gouvernement n’a encore osé le proposer officiellement, s’enfermant dans une logique de solidarité au profit d’une Europe toujours plus grande, mais ingérable.

La crise grecque a mis en évidence l’impossibilité pour certains pays de respecter leurs engagements. D’où l’idée d’accepter une Europe à deux vitesses. C’est Emmanuel Macron qui a vendu la mèche ce week-end dans le JDD. Le ministre français de l’Economie vante une Europe à deux vitesses qui romprait avec la doctrine officielle et politiquement correcte diffusée par Bruxelles d’une Europe très large. Emmanuel Macron dit sans hésiter qu’il faut imaginer deux Europe. Ce qui existe déjà dans les faits.

Il y aurait d’un coté une Union européenne de 29 membres et de l’autre une zone euro, c’est-à-dire une Europe à 19. Dans l’esprit de Macron, il faut évidemment que l’Europe de la zone euro évolue vers plus solidarité, donc d’intégration et donc vers plus de fédéralisme.

Cette zone euro plus homogène au niveau des modes de gestion, des fiscalités et des modèles sociaux et plus contrôlée au niveau budgétaire, aurait donc une capacités d’endettement commune, c’est-à-dire la possibilité de lancer les fameuses euro-obligations.

Emmanuel Macron précise qu’il défend cette option fédéraliste à titre personnel. Ceci étant, cela ne trompe personne. Emmanuel Macron fait équipe avec Manuel Valls en défendant des réformes de la modernité. Emmanuel Macron est aussi un enfant de l’Elysée, dont le mentor est Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de la présidence. Macron ne peut pas sortir un tel projet sans en avoir informé au préalable les deux personnages les plus importants de l’Etat. Le président de la République et le Premier ministre.

Emmanuel Macron n’est pas le dernier ministre venu, il est porteur d’un mouvement de rénovation et il a la confiance de François Hollande.

Mais plus important encore, ce projet d’une Europe à deux vitesses, un groupe de tête fort et musclé d’un côté, un groupe de pays plus jeunes et moins solides derrière, dans une sorte de zone de libre-échange, tombe au moment où la Grande-Bretagne cherche à rénover l’organisation de l’Union européenne et au moment où la Grèce ne réussit pas à remplir les engagements de la copropriété.

Le week-end de négociation entre les institutions et le Premier ministre grec n’a rien donné. Le Premier ministre campe toujours sur des positions très radicales, ce qui paralyse tout mouvement de compromis alors même que les institutions créancières, le FMI, la BCE et la Commission de Bruxelles, sont allées au bout du bout de ce qu’elles pouvaient faire : allongement de la dette, acceptation de défaut partiel. Et surtout, promesse d’une aide supplémentaire conditionnée à un début de réforme que le Premier ministre refuse de proposer.

Au lendemain d’un week-end compliqué, on va donc tout droit vers le défaut de paiement. Ce défaut de paiement de la Grèce va la mettre au banc de la société financière mondiale. Le marché obligataire lui, est fermé. A partir de là, la Grèce peut très bien quitter l’Euro mais rester dans l’Union européenne.

Elle jouait en première division, elle sera rétrogradée en deuxième division. Moins d’obligations, mais aussi beaucoup moins de solidarité et d’avantages.

L’autre solution qui aurait été offerte au Premier ministre Grec, qui oppose en permanence le verdict des urnes, serait de l’inviter à retourner devant ses électeurs. Ce qu’il ne veut pas faire, évidemment.

Le peuple grec, à qui on a fait croire que l’on pouvait faire plier les instances européennes, ne pardonnera pas à cette majorité d’avoir fait des promesses irréalisables. Un projet d’Europe à deux vitesses a trois intérêts.

D’abord, un tel débat relance l’idée européenne en dégageant des facteurs de performances que tout le monde attend. Tout le monde sait que les disparités entre les membres fondateurs et les nouveaux adhérents de l’Est sont énormes. Le nombre fait que la gouvernance est très lourde et déléguée la plupart du temps à des fonctionnaires.

Ensuite, elle permet au noyau dur d’avancer plus vite.

Enfin, elle autorise les autres à faire leur apprentissage de la solidarité et de s’adapter aux règlements communs .

Cette idée a un autre avantage. Elle offre aux Etats les plus faibles une solution de repli en quittant la zone euro et en se récupérant dans l’Union européenne : ce n’est pas dégradant et sans doute moins contraignant. L’idée d’Emmanuel Macron correspond à ce que les fondateurs de l’Europe avaient eux-mêmes imaginé. De Jacques Delors à Valery Giscard d’Estaing. Cela dit, Macron sait très bien aussi que l’Europe a suscité des courants nationalistes très forts, y compris dans les rangs de la gauche.