La fin des billets de 500 euros annonce la fin de l’argent liquide et la mort des Tontons flingueurs ...

Les billets de 500 euros ne seront plus imprimés nulle part en Europe dès le mois d’avril. La fin des « Ben Laden », comme on les appelait, préfigure la disparition prochaine de l’argent liquide.

La Banque centrale européenne avait déjà convaincu 17 pays, sur les 19 de la zone euro, d‘arrêter la fabrication des billets de 500 euros. Les deux derniers qui faisaient de la résistance ont à leur tour cédé. L’Allemagne et l’Autriche s’arrêteront de les imprimer fin avril. Les billets de 500 euros ne seront donc plus officiellement fabriqués dans aucun pays de la zone euro le mois prochain.

Ces grosses, très grosses coupures, qui avaient été baptisées les « Ben Laden » parce qu’elles étaient, disait-on, destinées à financer le terrorisme, vont conserver leur valeur et continueront d’avoir cours légal. On pourra donc les utiliser comme moyen de paiement mais on pourra aussi les échanger dans les banques centrales de la zone euro sans limite de temps.

Cette procédure d’échange organisera sans doute leur disparition progressive et totale de la circulation monétaire. Que tous ceux qui en ont encore dans leur bas de laine ou sous leurs matelas se rassurent. Ils ne seront pas ruinés. Les banques centrales vont garantir leur valeur.

En réalité, tous les pays européens ont arrêté de produire des billets de 500 euros depuis 2014, c’est à dire bien avant qu’ils en annoncent officiellement la décision. Ce qui veut dire que les billets qui sont encore en circulation aujourd’hui sont déjà des billets en stock imprimés avant 2014. A noter que les banques centrales vont en revanche émettre de nouveaux billets de 100 et 200 euros avec 6 dénominations de sécurité (des signes distinctifs) à partir de cette année. Avec 100 ou 200 euros, on pourra encore pratiquer le paiement en cash, même si la législation française n’autorise plus les espèces pour un montant au-delà de 1000 euros.

 

Ceci étant, avec des coupures de 100 ou 200 euros, la fin des billets de 500 euros signe la fin prochaine des paiements en liquide. On a tué les billets de 500 euros pour des raisons de sécurité. Ces billets qui avaient été mis en circulation en 2002, ont été, c’est vrai, accusés de tous les maux. On aura imprimé au total plus de 500 millions de billets de 500 euros, soit près de 260 milliards d’euros en valeur. Mais ces billets étaient devenus indisponibles dans beaucoup de pays. Ils étaient thésaurisés (notamment en Italie), ils étaient très souvent refusés par les commerçants qui craignaient une fausse monnaie fabriquée dans des pays périphériques à l'Union européenne, et ils avaient été retirés des distributeurs pour dissuader les casseurs et les pilleurs.

Et du terrorisme (d’où son surnom). Europol, la police des polices en Europe, avait indiqué que le paiement en billets de 500 euros permettait de verser 1 million d’euros dans une valise de 2 kilos seulement.

« Les cons, ça ose tout, et c’est même à ça qu’on les reconnaît ! » On se souvient de cette réplique célèbre dans les Tontons flingueurs, en parlant de l’argent liquide. Il faut revoir l’extrait de ce film culte :

                 

                  https://www.youtube.com/watch?v=gwwrNVj6oCQ

 

La fin des billets de 500 euros va donc tuer pour la deuxième fois les Tontons flingueurs, mais au-delà, va signer aussi la disparition des paiements en liquide.

La montée en puissance des modes de paiement alternatifs ne va pas s’arrêter : les paiements mobiles, PayPal, les virements de banque à banque, les prélèvements automatiques, les crypto monnaies et les cartes sans contact vont progressivement remplacer les espèces.

D’abord pour des questions de coût. Parce que le coût du paiement en cash est plus élevé pour le système que les moyens électroniques. L’argent cash, il faut le fabriquer, imprimer les billets et fondre les pièces. En moyenne, une transaction en cash coute, en prix de revient, dans les 30 centimes. Quand on achète une baguette de pain à 1,20 euros, le coût est donc considérable. Alors, pour le consommateur ou le commerçant, il est invisible, mais pour le système bancaire, il pèse très lourd. D’où l’encouragement des paiements électroniques, y compris pour les toutes petites sommes. D‘où le développement frénétique des paiements sans contact, des formules d’abonnement etc.

L‘Italie, par exemple, vient d’arrêter la production des pièces de 1 et 2 centimes et a déconseillé aux acteurs économiques d‘inscrire des prix non arrondis. Dans les parcmètres, ou les péages par exemple.

Globalement en France, le paiement sans contact représente déjà 12% des transactions effectués dans les supermarchés, les boulangeries, les garages, sur les marchés et même à l’église.

Qu’en sera-t-il avec l’arrivée des applications bancaires et de systèmes qui seront offerts dès cette année par les grands réseaux sociaux, Facebook, Twitter, Apple (Apple pay) ou Samsung.

La question principale restera celle de la confiance. La monnaie, c’est un contrat de confiance et une garantie de valeur. Et cette garantie est apportée par le rattachement à une banque centrale ; elle même garantie par un ou des Etats et des contribuables. La force du dollar ou de l’euro vient de la puissance économique et politique des Etats-Unis ou de l’Union européenne.

L’arrivée du Bitcoin, de l’Ethéréum et de toutes les autres crypto-monnaies ont pu offrir une alternative aux monnaies nationales, mais en s’affranchissant de la tutelle d’une banque centrale ou d’un Etat, elles ne disposaient plus de garanties légales, d’où la méfiance qui s’est installée et qui freinera longtemps leur développement. D’autant que ces monnaies (sans tutelle et sans contrôle autres que le marché des offreurs et des demandeurs) ont été bien souvent utilisées comme instruments spéculatifs.

Les monnaies officielles peuvent perdre leur support papier ou métal, la circulation cash peut disparaître... Les arguments qui plaident pour leur effacement sont nombreux : le coût, le risque de contrefaçon, la fraude fiscale etc. Mais toutes les alternatives auront besoin de cette garantie de valeur que procure la Banque centrale.

La Banque centrale européenne considère que la circulation d’espèces est difficilement prévisible. Sauf qu’elle se prépare à sa disposition à horizon de 10 ou 20 ans. Ce jour-là, les Tontons flingueurs auront vraiment disparu. Heureusement restera le film.