La formule magique de la compétitivité : baisser les couts sans baisser les salaires? Macron ne l'a toujours pas trouvée.

Emmanuel Macron a réussi beaucoup de choses depuis son arrivée à l‘Elysée. Il n’a pas encore réussi à redresser la compétitivité. Or, c’est la clef du futur.

 

Emmanuel Macron à passer le cap de ses six premiers mois de mandat sans fautes. Contrairement à ses prédécesseurs, son bilan est largement positif.

Alors bien sur, une moisson de sondages dresse un tableau de sa popularité en demi-teinte. Plus de la moitié des français interrogés serait plutôt mécontente de son action (sondage BVA de la semaine dernière), mais son image est largement plus positive que ses deux prédécesseurs. Près de 40% des français sont plutôt satisfaits de l’action du président et surtout le trouve compétent et capable de prendre des décisions qui s’imposent. Plus particulièrement, ils le considèrent comme fidèle à ses engagements de campagne.

Les français reconnaissent que l’image de la France s’est spectaculairement redressée à l’étranger, ce qui est quand même un facteur d’attractivité, ils estiment que le président a su habilement dégager le paysage politique pour avoir les moyens d’agir. L’opposition n’a plus de place.

A droite, les responsables reconnaissent qu‘il ne leur est pas possible de critiquer l’action du gouvernement puisque l’essentiel des réformes proposées et appliquées était dans les programmes de la droite qui a été incapable de les proposer depuis plus de 20 ans. La restructuration des Républicains sous la houlette de Laurent Wauquiez ne va pas créer de tremblement de terre sur le marché politique. Pour une raison très simple, Laurent Wauquiez ne se présente pas avec un corps d’idées politiques très précises, très cohérentes et très nouvelles. Les deux autres candidats à la présidence des Républicains n‘ont pas proposé de programme plus charpentés et plus denses.

A gauche, les perspectives ne sont pas meilleures. Entre la nouvelle gauche et la France insoumise, l’opposition de gauche ressemble à un champ de ruines. Jean-Luc Mélenchon occupe les plateaux de télévision mais reconnaît qu‘il n’a pas été capable de mobiliser une opposition solide.

Coté syndical, c’est la même impuissance. La plupart des syndicats est enfermée dans une logique de conflit pour protéger ce qui leur reste de militants. Le seul qui a délibérément décidé de transformer l’offre syndicale, c’est la CFDT avec Laurent Berger qui s’inscrit dans une logique de compromis avec le pouvoir patronal, et une logique de services pour les adhérents. Cette politique semble lui donner raison. Une grande partie des personnels le suit. Notamment dans le secteur privé.

 

Alors que la situation politique et syndicale lui dégage de la visibilité, Emmanuel Macron a pu réaliser l'essentiel des premières réformes qu’il avait annoncées lors de sa campagne. Plus de 70% des français ont parfaitement mémorisé les mesures prises. La loi travail, la suppression de l’ISF, la hausse de la CSG, la baisse des ALP, la prochaine réforme de la formation et la transformation du CICE.

Près de la moitié des français ont parfaitement compris que le programme Macron était inspiré par des concepts libéraux et ils l’acceptent. Ce qui est un vrai changement. Plus important encore, la majorité des français accepte l’orientation très pro européenne du président alors qu’il y a moins d’un an, la mode était plutôt à l’euroscepticisme.

Bref, les français font crédit à la modernité de Emmanuel Macron, mais ce crédit ne tiendra que si et seulement si le président délivre des résultats sur le front de l’économie.

La clef du futur pour Emmanuel Macron est de permettre aux français de ressentir une amélioration de leur situation. C’est à dire une baisse du chômage et une amélioration des salaires.

Or, il a fait un bon diagnostic, le pays est en panne de compétitivité, mais il n’a pas découvert la formule magique pour restaurer rapidement l’emploi, sans baisser les salaires.

Le déficit commercial ne s’est pas redressé d’un euro, malgré le regain de croissance. Plus grave, cette reprise de croissance améliore un peu les emplois de service, mais dope les importations.

C’est le maillon faible du système français, c’est le talon d’achille du président. Et personne, ni a droite, ni a gauche, n’a trouvé le moyen de sortir de ce piège tendu par la désindustrialisation.

En théorie, il n’y aurait que deux moyens.

Le premier est de baisser le cout du travail, mais comment baisser le cout du travail sans abimer le modèle social et baisser les salaires, ce qui est exclu. Ce problème n’est d’ailleurs pas exclusivement français.

Le deuxième moyen est de travailler sur l’innovation, et sur l’offre de qualité et de valeur. Le déficit commercial français est alimenté par la faiblesse de ses exportations. En dehors, de l’industrie du luxe (formidable succès), de l’aéronautique, de la construction navale, et de l'agro alimentaire, nous sommes assez pauvres en capacité d’exportation. Contrairement à l'Allemagne qui en a fait un axe stratégique pour assurer la puissance et sa prospérité.

C’est par l’offre, par l’innovation, la création de valeur, qu‘on réussira à créer des emplois avec des salaires de progrès.

Cette équation passe par le dynamisme des entrepreneurs et par la formation. Sur ces deux créneaux, on est mal. Nos entrepreneurs ne sont pas encouragés, ils commencent à être mieux considérés. Quant à la formation, ça demandera beaucoup de temps.