La France coupée en deux : la France qui gagne est économiquement incontournable, la France qui pleure est politiquement inévitable

Le monde des affaires est véritablement coupé en deux. Entre ceux qui s’en sortent, qui gagnent et s’adaptent et ceux qui craignent le pire et sont obligés d’aller pleurer à Bercy. Les premiers ont le poids économique, les seconds dominent le jeu social et politique.

La France qui gagne est économiquement incontournable. La France qui pleure est politiquement inévitable. La France d’aujourd’hui est évidemment fracturée et cabossée de partout. Mais au-delà, il existe un clivage qui a une incidence incontournable sur l’avenir du pays parce qu’il rend la décision politique extrêmement difficile. Le potentiel économique est partagé en deux blocs.

D’un côté, la France a, encore aujourd’hui, un bloc très solide composé principalement de grandes entreprises très internationalisées, avec leurs sous-traitants et fournisseurs, accompagnées très souvent par des entreprises moins grandes mais très modernisées et très digitalisées. Ces entreprises représentent plus des 2/3 du PIB, l’essentiel du commerce extérieur. Elles opèrent dans presque tous les secteurs : l’industrie mécanique, l’industrie du luxe, les services financiers, la banque et l’assurance, la grande distribution et la distribution spécialisée, les transports et la logistique, les loisirs, les services digitaux etc… Ce bloc-là se porte bien. Il a géré la crise du Covid et profite des aides et des soutiens. Leurs actifs ont été protégés, leurs emplois aussi. Ces grandes entreprises ont profité plein pot du rebond de l'après-Covid.

La grande majorité des acteurs de ce bloc considèrent que les perspectives pour les années suivantes ne sont pas déprimantes. Au contraire. Les tendances lourdes sont plutôt bien orientées à moyen terme.

Le commerce extérieur va reprendre parce que les entreprises sont prêtes à s’adapter aux mutations. Le changement annoncé en Russie ou en Chine ne constituent pas des obstacles au commerce international mais des opportunités d’activités nouvelles avec des chaines de valeur différentes. Ces mêmes acteurs trouvent sur les marchés financiers les fonds nécessaires pour investir à long terme. Ils sont évidemment prêts à relever le défi écologique parce que leurs clients, leurs actionnaires et leurs salariés le leur imposent. L’investissement encore, pour innover et trouver des marges de productivité, de façon à amortir l’inflation inévitable parce que la lutte pour le climat va couter cher, la relocalisation aussi, sans parler des salaires. Bref, ce bloc-là ne pleure pas, ne se plaint pas.

Mais d’un autre côté, la France a un bloc d’agents économiques qui grognent, qui pleurent et qui ont des raisons de se plaindre. Ce sont pour la plupart des petites et moyennes entreprises, des artisans et des commerçants. Plus d’1 million d’acteurs qui ont beaucoup de difficultés. Ils ont mal vécu l’année Covid, ils prennent de plein fouet les coûts de l’énergie et la pression des salaires, et si l’après-Covid leur a donné un peu d’oxygène, les menaces sont réapparues avec la nécessité de rembourser les PGE, de payer l’URSSAF.  Ce bloc très inquiet en ce début d’année se compose de commerçants et notamment des artisans commerçants comme les boulangers, et derrière les boulangers, les entreprises de pressing, les pizzerias, certains restaurateurs se préparent.  Alors beaucoup ont fait preuve de résilience et ont réussi grâce à leurs économies et à leur intelligence à s’adapter mais leurs perspectives d’avenir sont floues, d’où l’inquiétude, d’où leur sentiment que l’Etat ne les a pas assez aidés.

Alors ce clivage est très dangereux pour la gouvernance, parce que cette France qui est en difficulté, qui ne représente pas un poids considérable au niveau du PIB, pèse très lourd politiquement et socialement. Ce bloc-là peut se faire entendre et peut enflammer l’ensemble du corps social.

D’où la réaction logique du gouvernement d’essayer d’éliminer les risques d’explosion en agissant, quoi qu’il en coûte, et en achetant une sorte de paix sociale. Mais en prolongeant le « quoi qu’il en coute », en branchant des perfusions un peu dans tous les secteurs, le gouvernement dépense l’argent public et prend le risque de déséquilibrer le bloc qui va bien.  En s’endettant, le gouvernement se prive de moyens pour financer des réformes de structure, des équipements, une réforme de l'État et de ses services régaliens qui sont bloqués sous les dépenses de fonctionnement. Bref, il ne travaille pas pour l’avenir, il colmate les trous du présent.

Le problème de la France est donc bien politique. Le gouvernement ne parvient pas à dégager une majorité qui serait cohérente face aux urgences. Donc il tergiverse. Sur l’assurance chômage, sur les retraites, sur les aides à supporter l’inflation, etc... pour éviter que la fracturation politique ne débouche sur une paralysie générale du modè