La France en récession : Les trois conditions pour que ça reparte très vite. Et ça peut repartir très vite.

Selon la Banque de France, lactivité économique française sest effondrée de 6% au premier trimestre. La récession est la plus forte depuis la 2e guerre mondiale, et pourtant ça peut repartir très vite, à trois conditions.

L’activité économique aurait, selon les premières estimations, chuté de 6% au premier trimestre de cette année du fait de la crise du coronavirus et des mesures de confinement qui ont été prises pour essayer d’enrayer l’épidémie. Selon les services d’étude de la Banque de France, chaque quinzaine de confinement ampute le PIB français de 1,5%. Ce qui veut dire que l’arrêt d’activité pendant le mois d’avril nous coutera encore 3% de croissance. Ce qui veut dire que leffondrement sur le premier semestre peut allègrement atteindre et même dépasser les 10%. Ce qui fera de cette récession la plus grave depuis la seconde guerre mondiale. Même 1968 où l’économie française avait plongé au mois de mai de 5%. Même en 2008-2009 avec les subprimes, l’économie française ne s’était pas effondrée dans ces proportions.

Avec le covid-19, la plupart de secteurs sont tombés et d’abord le bâtiment et la construction, l’automobile et surtout toutes les activités de commerce, de transport, d’hébergement, hôtels et locations, restauration.

Il n’y a guère que l‘agro-alimentaire, la production d’énergie, la santé et les services financiers, le digital qui ont tenu le choc et même en ont profité.

On estime que la perte dactivité représente environ la moitié du niveau normal. Cela étant, la France ne fait pas exception, lEurope toute entière a sombré avec des pays qui ont plongé encore plus gravement, lItalie et lEspagne par exemple.

Cette situation catastrophique est évidemment la conséquence de la pandémie, mais disons-le sans cynisme ou polémique qui serait indécente et inutile, cette situation est directement imputable aux effets du virus et aux mesures de confinement qui ont été prises pour lutter contre le virus.

Dans la plupart des grands pays du monde, on a fait le choix de protéger les populations et d’abord les populations à risque, plutôt que les économies. On a donc fait le choix de ralentir la circulation du virus pour permettre aux services de santé de pouvoir traiter les cas graves et éviter la mortalité des personnes à risque. Plutôt que de laisser le virus se propager très vite, ce qui aurait pu choisir un tout autre scénario sans confinement pour que la plus grande masse de population puisse contracter la maladie, se fabriquer des anticorps et se protéger ainsi mais c’eut été au prix de nombreuses victimes. 

Dans lhistoire de lhumanité, on a géré les grandes épidémies en acceptant de sacrifier les populations les plus fragiles, les personnes âgées et les classes défavorisées et toutes les grandes épidémies précédentes, la peste, la grippe espagnole, la rougeole, et même le sida ont fait des dizaines de millions de morts avant que la collectivité s’immunise ou que les médecins découvrent un traitement ou un vaccin.

Cest la première fois que le monde entier fait grosso modo ce choix du confinement. Alors il est plus ou moins bien accepté et vécu mais enfin, il domine les procédures et les attitudes. Il revient aussi à sacrifier les intérêts économiques. Le coût humain est contrôlé mais le coût économique va être gigantesque.

Les économies se sont donc arrêtées et vont enregistrer des récessions très douloureuses. Ça nest pas étonnant puisquon a arrêté les trois moteurs de la croissance :

- La consommation sest repliée sur l’essentiel de ce qui est indispensable à la survie : les biens alimentaires et la santé. Tout le reste est fermé.

- Les investissements ont été arrêtés, supprimés ou décalés. Les avions ne volent pas, les clients restent chez eux. Du coup, les compagnies vont décommander leurs achats chez Airbus ou Boeing.

- Le commerce international est évidemment lui aussi arrêté. Si les avions ne volent pas, les bateaux sont vides et restent au port.

Sans consommation, sans investissement et sans échanges internationaux, l’économie ne peut plus fonctionner.

C’était ce qui s’est passé lors de la dernière guerre de 1940 où tous les facteurs de production passaient dans l’effort de guerre et dans la destruction systématique des actifs.

En mai 1968, la France tombe dans la chienlit (comme disait le Général de Gaulle), l‘économie s’est arrêtée. En 2008, les banques se bloquent, l’économie s’arrête.

 

Dans le passé, les économies ont redémarré plus ou moins vite, grâce à des mesures de relance massive. L’après-guerre a été dominé par le besoin de reconstruction. Après mai 1968, l‘économie est repartie grâce à la relance spectaculaire des pouvoirs d’achat, et en 2010, c’est reparti plus lentement parce qu’il a fallu restaurer la confiance dans le système bancaire.

 

Aujourdhui, les économies pourront repartir très vite parce que les actifs nont pas été détruits ou abimés. Les moteurs sont arrêtés mais ils sont en bon état, il suffira de tourner la clef. Quant aux clients, ils existent et l’argent distribué leur permettra de satisfaire leur demande. Un scénario de reprise général en V, comme disent les économistes n’est pas exclu. Après une chute aussi brutale, on pourrait connaitre un rebond aussi spectaculaire. D’où le V. On pourrait donc sortir plus vite et en meilleur état que lors des grandes crises précédentes qui ont quand même imposé des rythmes plus lents.

 

Alors reprise rapide oui, mais à trois conditions.

 

Première condition, que la durée de confinement ne s’éternise pas au delà de deux mois. Parce qu‘au-delà, les dégâts risquent d’être plus difficiles à réparer. Pour que la durée du confinement soit relativement courte, il faut qu’il soit sévère et respecté. Difficile à réussir dans les pays qui défendent la liberté individuelle au prix parfois d’accepter le désordre et le risque collectif.

Deuxième condition, il faut nécessairement que la sortie du confinement permette dinstaller une sécurité sanitaire parfaite, sinon, la confiance ne sera pas restaurée. Il faudra donc que la population soit immunisée collectivement ou très protégée de ceux qui sont encore porteurs de la maladie. C’est très compliqué à mettre en œuvre. Ça passe par les masques, par le dépistage systématique, et même par l’intelligence artificielle qui autorise un traçage digital et une identification de tous ceux qui sont porteurs ou pas.

Troisième condition et ça va tenir du miracle dans les sociétés occidentales. Il va falloir que les populations adhèrent totalement aux mesures appliquées. Question de confiance collective. Alors ça va évidemment dépendre du comportement des classes dirigeantes.

 

Du côté des chefs dentreprises, ils ont parfaitement conscience quils ne peuvent pas travailler dans un écosystème où le doute sur les qualités de son état de santé serait omniprésent. Les chefs d’entreprises vont tout faire pour que la peur et la menace disparaissent au sein de leur entreprise. Ils ont déjà pris, pour la plupart, des mesures qui sont indispensables. Pas toutes les entreprises, mais celles qui sont conscientes que leur succès dépend de la réussite collective. Apres tout, la menace du covid- 19 na fait que révéler aux chefs dentreprise que la RSE n‘était pas quun concept théorique ou un levier politique et marketing. La RSE appliquée va être incontournable. Les chefs d’entreprise n’ont pas besoin de loi pour cela.

 

Du côté des hommes politiques, la conscience quil existe des enjeux qui dépassent les rivalités idéologiques et politiciennes, nest pas acquise. Quand on compile les discours, les programmes et les commentaires, on hallucine de tant de contradictions et de démagogie. Les procédures mises en place pour réussir le confinement nous font craindre le pire dans les débats politiques. Il ne s’agit pas de trouver des coupables, l’heure viendra de dépister les responsabilités, les « conneries » et les « fake news »...