La France peut faire faillite mais pas pour les raisons que l’on croit

C’est un fait, la France peut se retrouver en faillite. Mais contrairement à ce que l’on craint souvent, non pas parce que les marchés financiers bloqueraient, mais pour des raisons politiques. Par exemple, si l’Allemagne décidait de retirer la garantie qu’elle donne à toute l’Europe.

C’est un fait, la France peut se retrouver en faillite. Mais contrairement à ce que l’on craint souvent, non pas parce que les marchés financiers bloqueraient, mais pour des raisons politiques. Par exemple, si l’Allemagne décidait de retirer la garantie qu’elle donne à toute l’Europe.

La rupture, si rupture il y a, ne viendra pas des marchés mais des gouvernements de l’Europe du Nord. En théorie, il serait tout à fait plausible que les marchés financiers prennent peur et refusent de souscrire aux emprunts d’État que la France est obligée de lancer tous les mois pour financer sa dette. Cela représente environ 1 milliard par jour.

Pour les financiers, la dette française, qui approche les 100% du PIB, le manque de perspectives, l’absence de compétitivité et par conséquent de croissance, nous mettent dans une position un peu désolante. Normalement, les marchés devraient nous laisser tomber et nous obliger à des redressements drastiques. La mansuétude des épargnants parait d’ailleurs étonnante. Les taux d’intérêt sont extrêmement bas : en toute logique le système devrait craquer.

Une entreprise moyenne en situation de surendettement, avec un management  incompétent et sans aucun business plan, serait mise hors-jeu très rapidement. Et bien la France tient en équilibre. On nous expliquera que les garanties patrimoniales sont importantes, que l’effet systémique d’un défaut de paiement fait peur à la communauté financière. Sans doute, mais la réalité est ailleurs.

Si la France se retrouve en défaut, sans pouvoir payer ses échéances, c’est parce que l’Europe du Nord le décidera. Depuis plus de dix ans, c’est l’Allemagne qui apporte les garanties financières au fonctionnement de l’euro. C’est l’Allemagne qui apporte aux financiers, la certitude que la France ne craquera pas. Quoi que l’on dise de l’Europe, il existe une solidarité à toute épreuve. Jusqu‘au jour où l’opinion publique allemande ne l’acceptera pas et demandera à ses gouvernants de nous laisser tomber.

Pour quelles raisons, les ouvriers de Stuttgart, accepteraient-ils de travailler 8 heures par jour jusqu’à 65 ans alors que leurs cousins de France font les 35 heures et partent en retraite à 60 ans ? Pour quelles raisons les fonctionnaires allemands devraient assumer un statut de concurrence alors que leurs collègues Français sont protégés à vie par un statut en béton armé ? Pour quelles raisons les pilotes de Lufthansa travailleraient-ils aux conditions allemandes alors que les pilotes d’Air France vivent comme des nababs de l’aérien ?

Pour quelles raisons surtout accepteraient-ils de leur gouvernement à Berlin que l’Allemagne paie pour que l’Europe du Sud fasse la fête et que les Français vivent à crédit ?

Le problème de la dette française dépend de la politique allemande et de la bonne entente franco-allemande.

C’est la raison profonde pour laquelle le Président français et les ministres vont si souvent en Allemagne, pour promettre d’être sages et bien élevés. Promis juré Madame Merkel, on va faire des efforts. Tout se passe comme si les Français, mais pas seulement, allaient faire allégeance à la Chancelière. A chaque fois, Angela va à la télévision allemande expliquer qu’elle a reçu des Français, des assurances à tout crin. Elle parle mais n’en croit rien. Ça fait plus de dix ans que les Français jouent ainsi du pipeau.

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Elle ne nous croit plus mais elle fait semblant de nous croire. C’est sa façon à elle d’apporter sa caution ou son hypothèque aux emprunts faits par la France. Parce qu’elle a besoin du marché français, elle accepte de financer son client.

Il arrivera un jour où le tissu politique trouvera que le coût de la dette française pour le peuple allemand est supérieur à ce que lui rapporte le marché français.

Ce jour-là, Berlin retirera le tapis rouge et sa garantie ou alors, à l’issue d’un psycho drame, l’Allemagne imposera ses conditions.

En 2010, c’est ce qu’elle avait fait avec la complicité de la France pour virer Berlusconi de la gouvernance italienne et le remplacer par un Mario Monti, avec un mandat de gestion précis.

Cela s’est passé en 24 heures, en marge d’un sommet international à Cannes. Dans les coulisses, la BCE, le FMI, la commission et la troïka, sponsorisée par Goldman Sachs, ont assisté au limogeage. Ça s’est passé un vendredi soir à la clôture des marchés. Les taux italiens dépassaient les 18%. Le lundi matin à l’ouverture, après l’installation de Monti, les taux italiens étaient tombés à 8 %. En 24 heures, Mario Monti a fait gagner 20 milliards d’euros au budget italien en frais de financement.

Un tel scenario n’est absolument pas impossible pour la France. Les marchés ne bougeront pas tant que les gouvernements européens tiendront. Les marchés s’effondreront au premier signe d’agacement de Madame Merkel. Tout cela parce que nous habitons une copropriété dont nous profitons de tous les avantages mais dont nous refusons de payer les charges et de respecter le règlement intérieur.