La France va peut-être (enfin) se réveiller

Tout ce qui se passe en cette rentrée, sur le front de l’économie et de la politique, montre que la France est peut-être en train de se réveiller. Cette France, partie en vacances avec le moral dans les chaussettes se dit que finalement ce pays est capable de prendre en compte la réalité.

La France rentre en classe aujourd’hui sur l’air du changement en se disant qu’après tout, le pays n’est peut-être pas foutu. Qu’il va se redresser et trouver des solutions pour sortir du piège dans lequel il s’est enfermé, ce chômage catastrophique, une inactivité chronique et modèle social tellement généreux qu’il nous conduisait à la ruine.

Au bord du gouffre le pays a peut-être collectivement compris qu’il devait se réformer en profondeur avant de crier sur l’Allemagne, la banque centrale ou l’économie de marché. Ce pays a peut-être enfin compris que le monde dans lequel nous vivons ne changera pas mais que c’était à nous de nous adapter.
Les plus convaincus de ce changement annoncé se sont les milieux d’affaires, les intellectuels et sans doute une grande majorité du personnel politique de droite comme de gauche. Les uns comme les autres voyagent beaucoup, ils savent que la réalité s’impose à tous et qu’il ne suffit pas de brandir des incantations politiques ou idéologiques pour s’en sortir.

Les plus lucides en France ont repéré trois signaux très forts de ce changement.

D’abord tout ce qui s’est passé au parti socialiste et au gouvernement : la reprise en main de la gouvernance par Manuel Valls, le fait d’assumer et de faire assumer au parti la réalité d’aujourd’hui, c’est-à-dire la mondialisation, l’Europe unie (et l’euro), la course à l’innovation et l’économie de marché. Tout cela représente un changement considérable vers une gouvernance sociale-démocrate ou sociale-libérale, comme il en existe depuis longtemps dans toutes les grandes démocraties du monde. Quoi qu’il arrive maintenant, Manuel Valls aura fait le job.

Prendre en compte la réalité, c’est arrêter de chercher des boucs émissaires pour s’exonérer d’un effort de réforme interne et continuer de protéger des avantages acquis mais financés par la dette. Prendre en compte la réalité, c’est tout faire pour améliorer la compétitivité de l’industrie française. Nos entreprises auraient des marchés considérables à investir, la demande mondiale est démesurée mais nous n’y répondons pas. Prendre en compte la réalité, c’est réduire les déficits publics pour réorienter l’épargne vers l’investissement et la consommation.

Reste à passer aux actes, le vote de la loi de finances, la mise en place d’un pacte de responsabilité. Cela demandera évidemment du temps, mais la promesse est tellement forte et crédible, que le monde des affaires ne pourra pas ne pas en tenir compte dans la confection des budgets d’investissement et de fonctionnement pour 2015. Ces budgets ont une chance d’être moins exsangues et moins contraints que les précédents parce que l’horizon est plus lisible.

Ensuite, ça bouge aussi dans l’opposition de droite à l’UMP ou deux personnalités ont commencé à écrire des programmes et affirmer leurs ambitions. François Fillon avec des options très libérales et Alain Juppé avec un rappel très fort des engagements européens ont commencé à travailler. L’ensemble de la droite ne pourra ne pas en tenir compte et rester au niveau des querelles d’ego. Nicolas Sarkozy qui prépare son retour ne peut pas revenir sans biscuits ou sans une offre politique très cohérente et très forte.

Enfin, troisième signal qui n’est pas passé inaperçu auprès des politologues et des spécialistes, l’opinion publique ne rejette plus les outils libéraux pour sortir de la crise. Les sondages qui ont été fait depuis quinze jours montrent clairement qu’une majorité des Français considèrent que les outils et les politiques habituellement taxées de libérales ne sont plus tabous. Environ 60% des Français comprennent le besoin de réduire les déficits publics et le besoin de revenir sur les 35 heures. La majorité des Français a très bien compris que la sortie de crise se fera par les entreprises qu’il faudrait laisser travailler beaucoup plus librement : moins de fiscalité, moins de tracasseries administratives…

Ces Français appartiennent à la gauche comme à la droite. Ce qui est intéressant c’est qu’il existe une majorité de Français issus des familles de droite et de gauche qui considèrent désormais que l’économie de marché s’est imposée au monde entier, qu’ il n’y a pas de système alternatif et que , bien utilisé et régulé, ce système d’économie de marché est le seul capable de créer de la richesse et par conséquent de produire de la valeur à redistribuer au plus grand nombre. C’est vrai à New-York, à Paris ou à Pékin.

Cette même majorité de l’opinion publique commence à admettre que l’on n’échappera pas à la globalisation, qu’il n’y a que des avantages à la mondialisation et que le nerf de la guerre économique dans cet univers concurrentiel c’est la recherche et l’innovation.

Le problème, c’est que cette majorité d’opinion plutôt progressiste, plutôt réaliste et pragmatique, ne constituera jamais une majorité politique capable de gouverner. Les progressistes se recrutent à droite comme à gauche. Les conservateurs, réactionnaires sont aussi bien à l’extrême gauche qu’à l’extrême droite.

Cette majorité très réaliste peut très bien contribuer à faire sortir du champ politique, idéologique tout ce qui touche à la politique économique de production. La mise en œuvre des facteurs de production ne se discuterait plus. En revanche, les questions de partage des richesses, de redistribution resteraient évidemment dans le cadre d’une offre politique ou électorale dans la mesure où la politique de partage n’hypothéquerait pas la mise en œuvre des fonctions de production. Une fiscalité trop lourde par exemple dissuade les entrepreneurs de travailler.

La politique de production de richesse serait en quelque sorte sanctuarisée. Cela parait complètement aberrant ou utopique, sauf que ça existe dans les démocraties avancées. L’institution de la règle d’or (qui existe aux États-Unis) et qui interdit au gouvernent de présenter un budget déséquilibré à l’excès ou un plan de refinancement de son endettement atypique relève de cette idée. Dans la plupart des pays angle saxons, la politique économique n’est pas un enjeu politique ou électoral. En Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Allemagne, en Europe du Nord, il y a un accord tacite pour ne pas polémiquer autour de la politique économique. Le principe étant de mettre en place la politique la plus efficace et la plus performante en terme de  création de richesse (donc d’emplois).

Il n’y a pas de politique économique de droite et une politique économique de gauche. Il y a des politiques  qui marchent et d’autres qui ne marchent pas. Manuel Valls n’est pas allé jusque-là dans son discours de La Rochelle mais il n’en était pas loin.