La Grèce a 24 heures pour sauver sa peau auprès de l’Eurogroupe

Conscient qu’il a sans doute un peu tiré sur la corde, Alexis Tsipras, le Premier ministre, a donné une interview en Allemagne pour indiquer que son gouvernement était prêt à certains compromis. Sauf qu’il dit cela à la presse allemande. En Grèce, il reste campé sur des positions dures vis-à-vis de ses électeurs. C’est lui qui, jeudi, a fait capoter un accord qui avait été préparé par son ministre des Finances.

En fait, l’ordre du jour de demain se résume à obtenir la signature d’un accord qui prévoit l’extension du programme d’aide actuel qui s’achèvera le 28 février afin de préparer le nouveau programme. Pour que cet accord soit signé demain, il va falloir que le gouvernement grec s’engage sur des réformes précises.

Pour beaucoup, la Grèce peut difficilement échapper à un bail-out de 50 milliards d’euros. Mais ce qui exaspère surtout la majorité des partenaires de la zone euro, c’est que ce coût-là intègre les 15 milliards dont la Grèce a besoin à la fin du mois, et qui sont en cours de discussions. En plus, il faudrait ajouter 35 milliards d’euros imputables à certaines décisions qui étaient dans le programme électoral de Tsirpas !

Les membres de la zone euro ne sont pas contre, mais encore faut-il être cohérent. Décider par exemple que le FMI, ne peut pas participer à la Troïka revient pour la Grèce à se priver de 7 milliards d’euros.  Tous les observateurs considèrent maintenant que la promesse électorale de mettre à la porte le FMI était complètement stupide. Vouloir remplacer le FMI par l’OCDE encore plus.

Autre poste de dépense, la promesse de desserrer un peu la norme budgétaire. Au lieu de travailler à un excèdent primaire de 3% cette année puis 4,5% l’année prochaine, Alexis Tsipras avait promis que la Grèce pouvait se contenter d’un excédent de 1,5%. D’où les dépenses supplémentaires. D’où des besoins de financement supplémentaires de 15 milliards d’euros sur les trois prochaines années.

Enfin, la décision d’arrêter le programme de privatisation va coûter environ 8,5 milliards d’euros sur les deux prochaines années. Soit, selon le FMI, une ardoise de 35 milliards supplémentaires pour cette année.

La demande des Européens est donc très simple. Il faut que, d’une façon ou d’une autre, la Grèce trouve des réformes qui génèrent de quoi financer le manque à gagner. Sinon, il n’y aura pas d’accord provisoire lundi et la mise en défaut de paiement pourrait intervenir très rapidement, c’est-à-dire le 28 février.

Yanis Varoufakis pourrait donc demain annoncer que la Grèce reviendrait sur sa décision de refouler le FMI puis, relancer le plan de privatisation. Les Russes et les Chinois mettent-là une condition pour contribuer au financement du plan de soutien. Les uns comme les autres avaient déjà entamé des négociations pour racheter quelques actifs importants quand ils ont été évincés. Maintenant, le gouvernement grec revient vers eux. Ils seront forcément plus exigeants.

Reste la question budgétaire dont l’équilibre est plombé par des nouvelles dépenses sociales. Les Européens n’excluent pas de trouver là les moyens d’un compromis. La retraite à 60 ans ou l’augmentation du salaire minimum coûtera un peu d’argent certes, mais moins que ce que rapportera l’aide du FMI ou les privatisations.

Moralité, en période de crise, la paix sociale et civile valent bien d’oublier quelques totems idéologiques. La Grèce ne sera pas le seul pays à le faire. La démocratie a besoin de croissance, d’excédents ou de crédit facile pour fonctionner. S’il n’y a, ni croissance, ni excédents, ni financement, la démocratie vaut bien de casser des tabous. C’est un refrain qu’on aurait joué en France depuis longtemps.

Les gouvernants se font élire en défendant des symboles, mais les électeurs votent souvent pour protéger leurs intérêts, leur niveau de vie, leur confort, leur job. Ce sont les électeurs qui ont raison.

Chargement des commentaires ...