La guerre à J+2 : les Français découvrent que la récession économique n’est pas la conséquence de l’épidémie mais le moyen de l’éradiquer

La récession économique n’est ni un symptôme de la crise sanitaire, ni un effet du virus, c’est le moyen mis en œuvre pour en guérir. Pour la première fois dans l’histoire, on a mis les moteurs à l’arrêt pour les refroidir et nettoyer les soupapes et les pistons pour que ça reparte. Très difficile à comprendre. 

Personne n’est sûr que la potion magique mise en place fonctionnera, mais il n’y a sans doute pas d’autre solution. N’ayant ni vaccin, ni traitement, il faut tout faire pour que les Français puissent se soigner seul ou presque. Alors on peut toujours débattre à l'infini du bien-fondé des doses injectées ou du timing, on peut reprocher aux uns d’avoir été trop lents ou trop naïfs et aux autres trop brutaux. On peut, mais ça n’est vraiment pas le sujet. Le sujet est d’appliquer cette potion, de respecter les protocoles et pour ceux qui sont croyants, prier pour que ça marche. 

Parce que soyons honnêtes, jusqu'à lundi, la majorité des Français n’avait rien compris à ce qui se passait. Ce virus, venu d’un pays qui a l‘habitude de les fabriquer, ne pouvait pas nous atteindre. Et même s’il se glissait chez nous grâce avec cette mondialisation capable de tout et de n’importe quoi, on saurait très rapidement le dompter. 

Il a pris les Italiens par surprise, oui mais ce sont des Italiens. Ensuite les Espagnols. Nous, Français, étions intouchables. Et si certains d’entre nous étaient affectés, il fallait très vite trouver des boucs émissaires. Des touristes chinois ? Sans doute. Les expatriés ? Pourquoi pas. Les administrations égoïstes, les gouvernants, les chefs d’entreprises… Alors armés de ces boucs émissaires, on pouvait quand même vivre comme avant n’est-ce pas ? Avant lundi, les Français, pour beaucoup, avaient continué de danser sur un volcan. Les gestes qui protègent étaient ridiculisés. 

« On pourrait quand même continuer à se faire la bise. »

« Vous viendrez bien diner à la maison un soir de la semaine prochaine ». 

Les sermons n’avaient pas été écoutés. Normal, on n’écoute plus les sermons, les consignes du président n’avaient pas été entendues, normal parce qu’elles étaient encore floues. Les médecins avaient beau crier, pleurer, haranguer, geindre et parfois se désespérer. On n’allait quand même pas changer de vie. 

Le week-end dernier a été surréaliste avec ces fêtes de la mort improvisées un peu comme quand on a découvert le sida. Surréaliste et criminel.

Depuis lundi, tout a changé. Nous sommes en guerre. Le président de la République l’a dit douze fois. Et après 2 jours, la majorité des Français, plus de 60%, ont semble-t-il accepté les mesures de confinement, c’est à dire d’isolement forcé. La majorité des entreprises se sont arrêtées. Et pas seulement au niveau des activités que l’on peut assurer par le télétravail mais aussi au niveau des ateliers de production. Si les entreprises invitent leurs cadres dirigeants à se confiner confortablement dans leurs résidences secondaires tout en empêchant leurs personnels d’exécution à s’isoler là où ils le pourront avec leur famille, ces entreprises ne seront pas dignes de survivre. Et heureusement, beaucoup de chefs d’entreprise ne vont pas ajouter à la crise sanitaire et financière, le scandale d’une crise sociale. Il en va non seulement de leur image, mais de leur survie. 

 

1er point : La majorité des Français a compris que le confinement n’avait pas seulement pour effet de limiter les contacts physiques, mais il avait pour but de gagner du temps, de diminuer le nombre de cas graves afin de ne pas engorger les centres hospitaliers... afin de créer un taux de rotation qui permette d’accueillir un plus grand nombre de malades qui ont besoin d’une assistance médicale pour se soigner et fabriquer des anticorps. Parce que, qu’on le veuille ou non, n’ayant ni vaccin, ni traitement, il faut compter sur ses propres forces. Forts de cette connaissance, il semblerait que les Français ont compris que la survie dépendait avant tout de leur comportement individuel. Et comme nous sommes dans des pays de liberté, cette discipline dépend principalement de notre responsabilité individuelle. Nous ne sommes ni en Chine, ni à Singapour, ni même en Corée du Sud.

 

2e point, la majorité des chefs d’entreprises ont compris que le 1er semestre de l’année était perdu. Plus sérieusement, ils ont compris qu’ils devaient le perdre.  Ils ont donc fermé les bureaux, les ateliers et les usines pour faciliter le confinement des personnels. Il faut dire qu’on leur a promis d’être dédommagés, qu’on va les aider.  On va d’ailleurs prendre conscience que les impôts servent à quelque chose. « Mais nous sommes en guerre, et nous ferons ce qu’il faut faire pour la gagner ; quoi qu’il en coute ». 

Quoi qu‘il en coute ? Les chefs d’entreprises l‘ont compris. Leurs actionnaires, eux, ont du mal à l’accepter. D’où l’effondrement des bourses. 

 

3e point, la quasi-totalité des chefs politiques ont cessé de débattre sur le bien-fondé des décisions prises. Les polémiques qui leur servent de pain quotidien ont été étouffées. Les poursuivre eut été non seulement ridicule mais indécent, insupportable. Nous sommes en guerre...et la crise a rendu intelligents ou discrets la plupart des responsables, même Jean-Luc Mélenchon qui, à gauche, a pu inspirer une certaine sagesse et surtout une responsabilité. Il faudra malheureusement oublier très vite les sorties de François Ruffin, Edwy Pleyel ou Agnès Buzyn qu’on mettra sur le compte de la crétinerie adolescente, pour le premier, du trotskisme commercial pour le second ou de l’erreur de casting pour la troisième. 

 

4e point, ce qui sera très difficile à comprendre c’est que ces moyens forts reviennent à organiser un endormissement de la société et une récession. Arrivera le jour où l’économie entrera en chambre de réveil, le jour où les factures seront présentées. Ce jour, il faudra confiner les dettes, étaler les dommages. Mais si tout est compris, ces dépenses hors normes seront considérées comme des investissements. Et les investissements sérieux sont toujours rentables, dit-on.