La Hollandie n’ose pas affronter son aile gauche

Par Jean-Marc Sylvestre. La panique a cette semaine envahi la Hollandie. Pas d’une façon hystérique comme le jour ou Jérôme Cahuzac a avoué son compte en Suisse. Ce jour-là, le ciel est tombé sur la tête des habitants de la Hollandie, champions de la vertu et de la morale. Cette semaine, ce n’est pas le ciel qui leur est tombé dessus, c’est la terre qui s’est dérobée sous leurs pieds. Entre les résultats économiques qui sont désespérément mauvais, les chiffres du chômage, le mur des « cons » découvert dans les locaux du Syndicat de la magistrature et qui dévalue complètement l’image et le sérieux du pouvoir judiciaire, en passant par le voyage en Chine qui se révèle catastrophique pour l’image de la France, la Hollandie ne s’en sort pas, au point de se demander ce qui va lui arriver la semaine prochaine. Elle devrait être consacrée aux entrepreneurs. C’est-à-dire à l’essentiel.

« La situation est tellement désastreuse qu’elle pourrait théoriquement permettre à François Hollande d’annoncer lundi des vrais changements dans son organisation et surtout dans sa politique. Il n’aura pas le choix, et les troupes ne pourront pas s’y opposer ». Ce proche du président, grand baron de province, qui a, comme quelques autres, refusé récemment de rentrer dans un gouvernement remanié, se veut optimiste. Il voudrait y croire mais un brin désabusé, il reste réservé sur sa probabilité : « Comme le président n’agit toujours que sous l’empire de la nécessité et attend que les décisions deviennent évidentes, on a une petite chance… » Puis d’ajouter aussitôt que « la situation n’est peut-être pas encore assez grave ».

Et pourtant, la semaine été désastreuse dans tous les domaines, y compris à la communication présidentielle où les équipes ne s’entendent plus.

Claude Serillon a de plus en plus de mal à faire marcher les différents collaborateurs, parce que tout le monde a son idée, ses recettes et ses entrées chez le Président. Lequel ne dit jamais non !

En début de semaine, il pensait être sorti de ce qui était devenu une galère – la loi sur le mariage pour tous – et d’annoncer non sans soulagement « qu’il fallait désormais se consacrer à l’essentiel, c’est-à-dire à l’économie ». Mal lui en a pris, les milieux de gauche ont assez peu apprécié que l’une des réformes les plus emblématiques du quinquennat soit désormais rangée au magasin des accessoires, puisque « l’essentiel est ailleurs ».

D’autant que « l’essentiel », comme il a dit, lui promet un débat violent au sein même de sa majorité. Il le sait et il l’appréhende. Depuis quelques semaines, la gronde contre l’austérité est montée au sein du parti, relayée par certains de ses ministres et notamment Arnaud Montebourg… Lundi dernier, le Premier ministre a cru bon d’organiser un séminaire avec les députés socialistes, mais ça s’est très mal passé. Le rapport avec les élus socialistes souffre d’un malentendu difficile à résorber. Les élus sont convaincus que nous vivons sous l’emprise de l’austérité et que cette austérité étouffe l’activité. Le malentendu vient qu’il n y a pas véritablement d’austérité en France. On en parle beaucoup mais on ne la fait pas. Ce n’est pas la rigueur ou l’austérité qui étouffe la croissance, mais la surfiscalité et l’excès de règlements.

Jean-Marc Ayrault a essayé une fois de plus de vendre la boite à outil pour créer des emplois de François Hollande, mais il n’a convaincu personne.

Au point que Marie Noëlle Lienemann, sénatrice socialiste pure et dure, en est sortie en annonçant sur tous les plateaux de télévision qu’il existait une autre stratégie économique fondée sur un plan de relance de plus de 40 milliards financés par un emprunt national. Ce plan, mal vendu et surtout mal ficelé parce que totalement surréaliste et inefficace, n’a pas résisté 24h à l’analyse. Même au Parti socialiste, on sait bien que la crise a définitivement tué Keynes.

Le Parti communiste et le Front de gauche, dont l’ambition est purement politique, ont néanmoins embrayé sur la critique de l’austérité mais ils n’ont surtout pas digéré l’abandon de l’amnistie des syndicalistes coupables de violence.  « Encore une trahison », disent-ils. Alors qu’ils savent très bien que le gouvernement leur fait payer la non-signature par la CGT de l’accord sur la flexibilité de l’emploi. Si quelqu’un n’a pas tenu ses engagements dans cette affaire, c’est la CGT.

Ceci étant, le coup de colère passé, la CGT va sans doute passer à autre chose et renouer le dialogue.

Le premier syndicat, dans une période aussi trouble, ne peut pas prendre le risque de déstabiliser le système ou de se mettre à l’écart. C’est un peu la mission du nouveau secrétaire général que de ramener le syndicat communiste dans le jeu social normal et responsable.

Du côté des écolos, ce n’est pas non plus la joie. Ils ressortent du débat sur le mariage pour tous un peu cabossés. Et gênés aux entournures. Ils y ont participé parce qu’ils sont en colocation avec la gauche, mais beaucoup d’entre eux reconnaissent qu’ils ont du mal a défendre l’idée d’une procréation assistée, ou à revendiquer l’autorisation des mères porteuses, alors qu’ils s’y opposent dans l’agriculture. Pas très naturelles toutes ces méthodes.

Les écolos sont beaucoup plus à l’aise avec le débat ouvert cette semaine sur la transition énergétique.

Ça participe à l’idée que demain, il faudra utiliser une énergie renouvelable et surtout consommer moins. Derrière ce charabia post soixante-huitard se cache en réalité le débat sur la place du nucléaire dans le mixte énergétique et surtout, l’avenir possible de l’exploitation du gaz de schiste. Le débat a démarré à l’assemblée nationale mais il est biaisé dès le départ. Comment s’opposer à l’énergie propre et pas chère (comparée au gaz importé) que nous offre le nucléaire français sinon par des arguments purement idéologiques ou en agitant des peurs ancestrales ?

Comment refuser la seule expérimentation du gaz de schiste, qui permet aujourd’hui le redressement et l’indépendance de l’économie américaine, sous le seul prétexte que la méthode d’extraction porte un risque de polluer les nappes phréatiques ? Les chefs d’entreprises concernés, les pétroliers, les gaziers , les distributeurs d’eau sont montés au créneau cette semaine pour réclamer au minimum le droit de mesurer le potentiel que ça représente.

Ce déficit de connaissances fait que les uns comme les autres parlent sans savoir de quoi ils parlent.

Les écologistes raisonnables et responsables au contact de nos voisins européens, José Bové et Daniel Cohn-Bendit, qui sont au Parlement européen, reconnaissent qu’on n’est pas très sérieux de discuter sans chiffres ni études, quand on voit le profit qu’ en tire le système américain. Entre les attaques contre le nucléaire (la fermeture de Fessenheim) et le rejet des expérimentations du gaz de schiste, beaucoup de socialistes commencent à dire tout haut que l’alliance avec les écologistes leur coute très cher en termes de croissance et d’activité.