La lutte contre le réchauffement climatique est-elle compatible avec la croissance et le progrès économique ?

Si la planète a autant de difficultés à se mettre d’accord sur un plan de lutte contre le réchauffement climatique, c’est bien parce que les pays n’y trouvent pas le même intérêt. La protection de l’environnement et la lutte contre le réchauffement relève de la quadrature du cercle. A priori, cette entreprise est impossible à mettre en œuvre.  Non pas parce que les gouvernements ne le veulent pas, non pas parce que ces gouvernements sont habités par des incultes qui n’auraient pas conscience du danger. Au contraire, les experts mondiaux savent que l’on court à la catastrophe dans 40 ou 50 ans. La situation est donc très compliquée pour des raisons évidentes que l’on ne peut pas ignorer sauf à tomber dans l’utopie ou l’angélisme.

D’abord, les phénomènes climatiques et de l’environnement concernent la planète toute entière. On ne pourra traiter ces phénomènes que par une politique qui s’exercerait à l’échelle du monde. Or, il n’échappe à personne qu’il n’existe pas (encore) de gouvernement mondial. Le gouvernement mondial n’est pas impossible mais pour l’instant, il ne fonctionne que dans la gestion du football international, et encore ça n’est parfois pas très brillant. Les décisions ne peuvent se prendre que dans la confrontation de différents gouvernements. Lesquels retombent très souvent dans la défense de leur intérêts propres et c’est logique.

Ensuite, le réchauffement climatique et la  détérioration de l’environnement sont étroitement liés au développement économique et à la croissance. Par conséquent, si les pays développés sont prêts à changer de modèle, à consentir certains efforts ou certains changements, les pays émergents, eux ont une priorité, sortir leur peuple de la misère et accéder à un niveau de vie décent. Or, pour accéder à ce niveau de vie occidental, il leur faut produire et consommer. Pourquoi leur interdire, un modèle économique dont l’occident a bénéficié.

Enfin, les échéances sont urgentes mais lointaines. Elles sont urgentes parce que les tendances lourdes sont gravement orientées et que l’humanité sait que dans 50 ans, les changements climatiques entraineront des déséquilibres catastrophiques. Mais au regard du temps politique, 50 ans c’est tellement loin. Dans une démocratie moderne où  la durée d’un mandat est de 5 ou 10 ans en moyenne, pourquoi faudrait-il prendre des décisions douloureuses à faire accepter aux électeurs pour des effets qui ne se feront sentir que dans 50 ans ? Comme le disait Keynes, sur le long terme, nous serons tous morts. Alors à quoi bon !

Dans ces conditions, on voit mal pourquoi et comment un accord international pourrait engager tous les pays. La nature de l’accord n’est pourtant pas difficile à définir. Il s’agirait de s’engager à ce que la température ne dépasse pas 2°. Sur les objectifs, il n’y a pas débat. En revanche sur les moyens à mobiliser c’est beaucoup plus compliqué. En gros, et pour faire simple, il y a trois stratégies.

La première, une stratégie de croissance zéro. Il est évident depuis les travaux du club de Rome dans les années 70 que si on arrête la croissance partout dans le monde, on stoppera les émissions de gaz carbonique et on préservera les ressources. Les altermondialistes et les mouvements écologistes radicaux alliés à l’extrême gauche très anticapitaliste défendent ce modèle. Il faut être très riche et très arrogant pour défendre un tel modèle. Les riches restent riches, les pauvres restent pauvres et l’humanité vieillit. Parce que s’il faut freiner la croissance pour consommer moins, il faudra commencer par freiner la démographie.

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Ensuite, une stratégie d’innovation et d’investissement qui consiste à découvrir des processus de croissance propre et qui économisent l’énergie. C’est évidement sur ce modèle que tous les pays voudraient travailler. Encore faut-il le financer, parce que pour l’instant, ce modèle coute extrêmement cher en investissement et ils ne sont pas rentables.

Enfin, une stratégie de financement de l’investissement pour une croissance écolo-compatible. Cette stratégie serait évidement idéale mais elle implique des choix à très long terme que ni les marchés ne peuvent financer, ni les contribuables en l’absence de courage héroïque de la part des hommes politiques.

En fait, les marchés ne bougeront que si et seulement si, ils s’aperçoivent d’une rentabilité. Ce n’est pas exclus à la marge.  Les entreprises qui, sous la pression de leurs clients et de leurs actionnaires font des efforts, sont plus nombreuses qu’on ne le dit.

Par ailleurs, les hommes politiques ne bougeront que devant l’urgence. C’est assez malheureux, mais il a fallu quelques catastrophes écologiques gravissimes, au Japon, en Russie pour que ces gouvernements commencent à réfléchir sur des réformes du modèle. En France comme ailleurs, on ne décrète l’état d’urgence qu’après la tragédie. Que cette tragédie soit liée au terrorisme ou à un phénomène naturel.