La méthode grecque s’invite dans le conflit des agriculteurs

C’était couru d’avance, les élus des départements agricoles s’étonnent de voir un gouvernement aux petits soins pour la Grèce alors qu’ils affrontent sans retenue les éleveurs qui bloquent la façade Ouest de la France. Résultat, ces manifestations vont encore coûter plus de 100 millions à l’Etat pour calmer une douleur mais pas pour soigner le malade.

Le président de la République a passé, mardi, une bien mauvaise journée. Comment expliquer, en effet, qu’il ait bataillé la semaine dernière aussi dur, contre la moitié des pays membres de la zone euro pour obtenir un plan de sauvetage de la Grèce et qu’il puisse laisser pourrir dans l’indifférence générale une protestation des agriculteurs-éleveurs contre la baisse des prix des viandes françaises. Les Français consomment moins de viande et dépensent moins d’argent. C’est leur droit. On ne va quand même pas les culpabiliser en plus.

Comment expliquer que la France se précipite au chevet d’Alexis Tsipras et lui débloque près de 100 milliards pour financer un 3eme plan d’aide  et ne trouve pas un sou pour venir en aide aux éleveurs de bovins et de porcs. C’est la question politiquement difficile à résoudre.

Quand la situation de blocage devient insupportable aux Français qui arrivent en vacances sur les côtes bretonnes, le gouvernement se bouge. Le président de la République parle, parle. Manuel Valls promet des solutions et le ministre de l’Agriculture retrouve les clés de sa voiture pour aller visiter les barrages routiers du coté de Caen alors qu’il avait toujours dit qu’il ne se ferait pas imposer un agenda.

Stephane Le Foll a simplement oublié qu’un gouvernement affaibli est un jour ou l’autre, obligé de céder. Quant au ministre de l’Economie, il a trouvé quelques centaines de millions pour venir béquiller les entreprises agricoles les plus fragiles.

C’est terrible, le gouvernement ne sait jamais offrir autre chose que de l’argent à des entreprises ou à des secteurs en difficultés. Il pourrait réfléchir à la cause des difficultés, pallier certaines insuffisances ou construire un autre modèle économique que celui qui passe par des subventions permanentes. Il pourrait mais il ne le fait pas. Dans ce sens, la France ressemble à la Grèce. Elle paie les frais de fonctionnement et s’endette. Elle évite de régler les problèmes.

Il doit y avoir d’autres solutions. L’Allemagne, encore elle, a bâti une filière d’élevage équilibrée et compétitive au niveau mondial avec des efforts de productivité, une fiscalité adaptée et des priorités d’achats public par les cantines scolaires et les hôpitaux. Les jeunes Allemands et les malades mangent de la viande allemande. Comme les jeunes Français d’ailleurs puisque la viande française sort a un prix trop élevé pour les collectivités. Cherchez l’erreur.

Les exploitations agricoles allemandes sont considérées comme des entreprises comme les autres, elles travaillent dans un univers beaucoup plus souple et fertile. Qu’attend-on pour en faire autant ?

La crise des producteurs de viande bovine et porcine prouve trois choses dans le fonctionnement du modèle français.

Tout d’abord, que les acteurs du secteur ont raison de protester puisqu’ils obtiennent gain de cause. Ils ont vécu tellement d’années sous perfusions des subventions agricoles  qu’ils ne savent pas comment vivre seuls dans la compétition mondiale.

<--pagebreak-->Ensuite, le gouvernement  ne demande même pas aux acteurs de la filière de lancer des réformes de structures. François Hollande dans un effort d’imagination débordante a lancé un appel pour que les consommateurs consomment français. C’est une évidence, mais les Français achèteront du « made in France » si il est compétitif. C’est ce que n’ont jamais compris les amis d’Arnaud Montebourg ou les dirigeants  du Front National. Pour tous les protectionnistes, le « made in France » ne pouvait fonctionner qu’avec le maintien  d’un modèle non concurrencé. C’est-à-dire avec des mesures coercitives aux frontières.

Enfin, la subvention reçue ne va pas résoudre le problème. Dans un, deux ou trois ans, il faudra recommencer. Plus grave, le gouvernement dans son incohérence se retrouve en contradiction avec lui-même.

Comment demander aux éleveurs de vendre de la viande plus chère quand, par ailleurs, il fait tout pour que la grande distribution fasse des efforts sur le prix. C’est à l’hypermarché de tout faire pour vendre le moins cher. Et pour vendre moins cher, il doit acheter moins cher. C’est tout simple.

Une politique low-cost permet de distribuer du pouvoir d’achat mais tue la production si la production n’est pas organisée pour sortir du low-cost. C’est vrai dans le transport aérien et l’automobile. C’est vrai aussi dans l’agriculture. Si on interdit la construction de vastes centres d’élevages bovins ou porcins, on interdit du même coup le petit exploitant à sortir de la viande plus chère, il sera condamné lui à faire du low-cost alors qu’il aurait le talent pour faire de la haute couture. Sauf exception, les exploitants font du « pas cher » contraint et forcé et ils en crèvent. Sans  pouvoir d’achat, les consommateurs demanderont toujours plus de baisses de prix. Une spirale qui tue l’exploitation.

En Allemagne, les viandes sont vendues beaucoup plus chères qu’en France. Mais en Allemagne, les clients gagnent du pouvoir d’achat sur le bulletin de salaire et pas sur les rabais qu’ils obtiendraient sur facture.

La crise agricole va abimer la campagne française. Les professionnels ont moins besoin de subventions que d’une politique de filière où les acteurs resteraient libres de gérer leurs intérêts. Ils ont aussi besoin d’une coordination à l’échelle européenne. Le gouvernement n’est pas sur cette longueur d’onde. Le Président en a même oublié ses projets d’une Europe plus fédérale et pourtant ce serait le moment. Le gouvernement n’a qu’un objectif : faire en sorte que les tracteurs rentrent à la ferme et que l’on puisse circuler sur les routes de Bretagne. En bref, et comme en Grèce, toujours remettre à plus tard, ce qu’il faudrait faire le jour même.