La nouvelle envolée des prix de l’énergie va peut-être donner des idées aux candidats à la présidentielle

Les prix des carburants à la pompe ont à nouveau battu des records historiques cette semaine. Ce qui relance les risques d’inflation et surtout de grogne sociale. Les candidats à la présidentielle auront peut-être la solution miracle.

Une fois de plus, le gouvernement va se retrouver coincé par la question des prix de l’essence. Les prix des carburants ont à nouveau flambé cette semaine et Bercy en est même venu à confirmer que jamais les prix à la pompe n’avaient été aussi chers.

Le gazole dépasse en moyenne 1,63 euros. L’essence sans plomb super est montée à plus de 1,75 euros. Ce qui met les pleins moyens à un niveau insupportable, entre 50 et 80 euros pour beaucoup de familles.

Cette envolée a surpris tout le monde parce que la dernière hausse de décembre s’était progressivement effacée au moment de Noël et on croyait être revenu à une situation plus normale. C’est reparti, avec grosso modo les mêmes facteurs de hausse, puisque les prix à la pompe dépendent du brut.

Première raison : L‘activité économique qui s’était tassée un peu avec la 4ème vague du variant Omicron, la demande s’était ralentie ; mais tout est reparti avec le recul du variant.  Et cela dans le monde entier, après les fêtes.

Deuxième raison : Des pays producteurs spéculent un peu mais il existe surtout des régions pétrolières qui sont un peu bousculées par les risques géopolitiques, donc les robinets sont menacés. L’Ukraine, la Russie, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et le Yémen.... la sécurité n’est pas assurée.

Enfin, il fait froid, on consomme beaucoup d’énergie et certains pays producteurs ont du mal à maintenir leur niveau de production.  Le Canada, par exemple, dont les champs pétroliers sont pris dans la glace... Tout cela déséquilibre le marché international.

Tous ces facteurs font monter le prix du brut, le brut est à 85 dollars le baril. Il pourrait continuer à monter, Goldman Sachs prévoit le brut à 100 dollars cette année. Un peu beaucoup, mais ça doit arranger certains traders de l’espérer.

Dans ces conditions le gouvernement ne peut pas faire grand-chose d’autre que ce qu’il a déjà fait. Le gouvernement pourrait évidemment réduire les taxes sur les carburants, parce dans un litre d’essence, on paie plus de la moitié en taxes. Mais franchement, réduire les taxes sur l’essence serait suicidaire. Le gouvernement perdrait une grande partie de ses recettes fiscales qui sont plus importantes que l’impôt sur le revenu.

Alors, le gouvernement peut toujours soulager la facture en distribuant de l’argent, des chèques carburant, des chèques énergie, des primes à l’électricité, mais ça coute un prix exorbitant et ça n’empêche pas le prix du brut de monter. En 2021, on a dû cramer près de 30 milliards d’euros pour calmer la grogne des automobilistes. On va sans doute continuer.

Il y aurait pourtant une solution plus durable, qui serait de dépenser cet argent pour accélérer le passage à l‘électrique. Investir dans les voitures, les batteries, les stations de recharge qui sont très rares et aussi relancer la production d’électricité nucléaire.

On ne voit pas, dans les programmes présidentiels, l’affirmation d’une ambition très forte pour régler la situation. Même les écologistes sont très frileux. Ils hésitent beaucoup parce qu’ils savent que, si on passe au tout électrique, il faudra fabriquer de l’électricité et donc relancer du nucléaire, ce qui ne serait pas très populaire. Les gouvernements sont un peu piégés. Les automobilistes aussi.

La vraie question pour les économistes est d’essayer de savoir si cette remontée des prix du carburant peut relancer l’inflation généralisée.

La réponse fait débat au niveau des partis politiques qui voit un levier pour soulever les électeurs. Cela dit, le débat restera très politicien. Les hausses de prix sont très localisées ; les carburants, à cause du pétrole et gaz, l’électricité parce que son prix dépend du pétrole et du gaz. Il y a ensuite quelques produits alimentaires et des composants industriels qui sont bloqués en Asie, l’immobilier un peu... Mais pour le reste, il n’y a pas de contamination aux autres produits et surtout aux salaires.

Il y a assez peu de hausses de salaires, les syndicats ne sont pas vindicatifs, les seules hausses de salaires ont lieu dans les secteurs en tension avec des fortes productivités, le digital et le e-commerce.

Cela dit, on arrive en campagne présidentielle, on peut avoir un mouvement revendicatif à la hausse. Mais on ne voit pas un phénomène de contagion en Europe. Les États-Unis sont plus menacés que nous, mais ça restera limité.

L’économie est dominée par la croissance, l’investissement et l’emploi. Ces indicateurs sont bien orientés. Donc l’économie génère du travail et de la richesse. Ça n’est pas inflationniste.